Magazine Cinéma

Sybil. Quelques mois de la vie d’une femme

Par Balndorn
Sybil. Quelques mois de la vie d’une femme
Résumé : Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d'écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu'elle cherche l'inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l'acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu'elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s'accélère à une allure vertigineuse…
La première scène de Sybil, le nouveau film de Justine Triet présenté en Sélection officielle à Cannes, donne le ton. Un éditeur, quadra blanc sûr de lui, déroule son discours sur la fameuse « crise du livre » dans le seul but de dissuader – et de réduire au silence – Sybil, qui, après dix d’absence, revient à l’écriture romanesque. Entre comique et tragique, la vie d’une femme qui, en dépit de son statut de CSP+ blanche, subit encore et toujours l’éternel joug du patriarcat.
Zweig et Triet : la perception féminine du monde social
Quoi que courte, Sybil est une œuvre intense. Par bien des aspects, elle évoque l’ardeur de Vingt-quatre-heures de la vie d’une femme. Bien que le statut social des femmes de la bourgeoisie européenne ait évolué depuis Stefan Zweig – à la différence de l’héroïne de la nouvelle, Sybil (Virginie Efira) ne cache pas sa passion amoureuse avec Gabriel (Niels Schneider) –, l’esth-éthique qui gouverne ces œuvres demeure assez semblable. Dans les deux cas, il s’agit de donner à sentir la perception qu’ont des personnages féminins du monde social. Zweig comme Triet partagent ce plaisir de la passion brûlante, franchement taboue pour le premier ou secrètement coupable pour la seconde (surtout dans la deuxième partie du film). Les deux adoptent en effet une narration assez similaire, bien qu’à des degrés différents dans l’expérimentation. Zweig se contente du récit d’une vieille lady enchâssé dans le récit d’un narrateur masculin : la structure, intégrant la surprise de ce dernier, rehausse la passion adultère qui raviva la dame. Triet, quant à elle, bouscule davantage les temps : passé et présent s’interpénètrent, flash-backs et tissu du présent se mélangent sans qu’on distingue l’un de l’autre, les vieilles cicatrices mal soignées et les joies de l’instant se contaminent mutuellement.
Le piège du care
De cette narration globalement linéaire mais fragmentée, qui privilégie la puissance des moments vécus à la continuité spatio-temporelle, ressort comme une vague d’intensité éminemment cinématographique. Comme une plongée dans un continuum affectif. Davantage qu’au récit, c’est aux raccords que s’intéresse Justine Triet, car ce sont eux qui confèrent à l’ensemble des perceptions éparses de Sybil sa cohérence psychologique.Et d’éparpillement, Sybil ne manque pas. Tour à tour maman, psychanalyste et écrivaine, elle n’a de cesse de répondre à des sollicitations diverses et variées : deux filles qui se plaignent de ne pas la voir assez, une sœur (Laure Calamy) qui geint sur sa vie ratée, une actrice (Adèle Exarchopoulos) en crise qui la harcèle jour et nuit, un acteur (Gaspard Ulliel) plein de suffisance qui drague tout ce qui bouge sur le lieu de tournage… Bref, Sybil ne chôme pas.Et au milieu de ce maelstrom d’appels à l’aide et de besoins de care, comment faire pour exister ? quelle place pour le plaisir ? Tels les personnages de son roman, eux-mêmes tirés de ses aventures quotidiennes, Sybil s’invente une vie, une fiction apte à remodeler ses désirs, à donner un sens à ces myriades de sensations qui s’enfuient dans les stridences des sollicitations.
Sybil. Quelques mois de la vie d’une femmeSybil, Justine Triet, 2019, 1h40
Maxime
Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à me soutenir sur Tipeee !  

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Balndorn 391 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine