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Shuntarō Tanikawa – L’ignare

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Shuntarō Tanikawa – L’ignareL’extrémité de mes pieds me semble étrangement loin de moi
Mes cinq orteils comme cinq inconnus qui n’auraient jamais été présentés
se serrent, faussement indifférents, les uns contre les autres

Près de mon lit le téléphone, lien terre à terre avec le monde,
mais je n’ai envie de parler à personne
Ma vie ? Du plus loin que je m’en souvienne, des occupations à ne plus savoir qu’en faire
Ni mon père ni ma mère ne m’ont appris à parler de la pluie et du beau temps

Quarante ans d’écriture incessante avec mes versets pour seul appui
Si l’on me demande : « Au fait, tu fais quoi dans la vie ? « Poète » est la réponse la plus rassurante
Cela dit, c’est curieux
Quand je larguais une femme est-ce que j’étais poète ?
Quand je mange les patates grillées que j’aime, est-ce que je suis poète ?
Des hommes d’entre deux âges comme moi, poètes ou non, on en trouve à la pelle

Je n’ai fait que poursuivre des papillons de mots splendides,
rien d’autre
Gamin ignare
Mon âme de nouveau-né,
toujours candide au point d’ignorer qu’elle a blessé les autres,
s’achemine vers le chiffre cent

La poésie ?
Ridicule !

***

Shuntarō Tanikawa (né à Tokyo, Japon en 1931)L’ignare (Cheyne,1993) – Traduit du japonais par Dominique Palmé.


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