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Tête de train et miette de pain

Publié le 23 juillet 2008 par Cahri Cahri

Tête de train et miette de pain

C'était un drôle de périple mené piano piano dans la poussière, la foule et le graillon. Une balade de 12 heures, depuis les hauts plateaux jusqu'à la côte, à travers les 170 kilomètres, 17 gares, 48 tunnels et 67 ponts qui jalonnent cette traversée inoubliable sur l'un des chemins de fer les plus raides du monde, après la Birmanie et l'Equateur.

Il n’y en a qu’un. On ne peut pas se tromper. Il s’appelle le FCE. Ou le Fianar’/Manakar’ pour ceux qui préfèrent, parce que ce serait trop long de dire Fianarantsoa/Manakara, du nom de ces deux villes reliées par des rails allemands récupérés en France à la fin de la première guerre mondiale. De toute façon, depuis Antananarivo, la capitale, il n’y a pas 36 façons de rejoindre le Canal des Pangalanes. Il y a bien l’avion, mais après avoir frôlé la mort en atterrissant sans train d’atterrissage, on a jugé plus prudent de grimper dans le plus vieux train du pays. Et on n’a pas regretté. Le paysage est littéralement sidérant. Aussi varié que les plats qui défilent à chaque gare.

La terre est rouge comme les écrevisses de Manampatra, la montagne encore plus raide que l’alcool de riz, et le souvenir de ces 5000 ouvriers morts sur le chantier aussi noir que le café.

Le train avale les kilomètres et moi les cochonneries, tandis que le wagon commence à s’emplir. D’odeurs, de cochons, de poussière et de trucs bizarres. Comme cette poule dont le regard en coin me fait moyennement rire. Je me méfie de ces bêtes à bec depuis que j’en ai vu une s’acharner sur un serpent apeuré que j’aurais presque pris en pitié face à la hargne de l’arrogante poulette.

"Les gens continuent à monter"

Tous les sièges en bois sont occupés maintenant. On commence à se serrer poliment, en se disant qu’au prochain arrêt, on ne pourra plus prendre personne. Mais finalement, les gens continuent à monter et nous à nous serrer. Et ça passe. Toujours. C’est l’un des mystères africains qui m’a toujours fascinée.

Il fait de plus en plus chaud. Le 8e beignet banane était peut-être de trop. Je me concentre sur le paysage, la descente est vertigineuse. 600 mètres de dénivelé sur 20 kilomètres. Les rizières, les forêts d’eucalyptus et les plantations de thé s’estompent cahin-caha pour laisser la place à des collines clairsemées. Il y a toujours quelqu’un à arpenter ces espaces immenses. Parfois juste une tête, une femme en général, avec un petit paquet accroché dans le dos, ou à son sein qui n’en finit pas de pendouiller à force de donner du lait depuis des années. Et puis, au détour d’une piste rouge sang, une voiture surgit. Pleine à craquer. De paniers en vacoas, de biquettes, de bananes, de poulets, de cafés, d’enfants, de fruits à pain, de riz, de vieux et de pistaches. La micheline se met alors à courser la Peugeot, oubliant l’espace d’un instant que les 20 kilomètres/heure qui s’affichent au compteur ne suffiront pas à gagner la course. Tout le monde rigole jusqu’à ce que la vieille tire nous sème dans un nuage de fumée ou de poussière, je ne sais pas.

Je ne sais plus très bien la suite, en fait. J’ai oublié l’odeur de la poule et le bruit des rails. Je me souviens à peine de l’arrivée à Manakara et ses hordes de rickshaw. La seule chose dont je me souviens, c’est de m’être jurée de ne plus jamais toucher à un beignet banane.

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