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Another World (aka Out Of This World)

Publié le 23 juillet 2008 par Gameup

Editeur actuel : Elektrogames

Développeur : Eric Chahi

Type : Aventure / Plate-formes / Action

Sortie France : 1991

Support : Disquettes, Cartouche, CD, Mobil, Grille-Pain…

Aaahh comme l’industrie du jeu vidéo a pu changer depuis que je suis petit. Il y a encore quelques années le joueur n’était pas considéré comme une poule aux œufs d’or, on ne revendait pas des rééditions de titres vieux de 15 ans ou 20 ans au prix fort juste pour pouvoir aligner les milliards. L’idée de licence elle-même était très vague et l’on n’avait guère droit à plus d’un jeu par “titre”. C’était l’age d’or des salles d’arcades et c’est là-bas que le joueur payait : imaginez la partie à 10 francs, à deux joueurs ça monte à 20… ouhlà, je me croirais sur le PSN.

Il fallait convaincre les joueurs sans se reposer sur ses lauriers, tout restait à inventer. C’est pendant cette période que furent créés les concepts qui encore aujourd’hui servent de moules aux développeurs de notre temps. On nous servait des jeux jamais vu auparavant, créatifs, nouveaux, parfois même artistiques.

La France, aujourd’hui sous-traitant mondial, était alors un pays noble du jeu vidéo. Elle inventait de nouvelles façons de jouer, Rayman était encore bébé… C’est pendant cette époque bénie qu’est sorti ANOTHER WORLD. Jeu qui allait créer un genre à lui seul, l’aventure plate-formes, rien que ça !

Sorti en 1991 sur Amiga, il a fait l’effet d’une bombe et a raflé toutes les récompenses possibles (dont le tilt d’or 1993). Profitons de sa ressortie en version 15ème anniversaire pour nous pencher sur ce titre d’exception qui révolutionna le monde vidéo ludique à la fois par son scénario et son moteur graphique inédit.

Là vous vous dites : oui, je connais ce jeu ! Souvenez-vous de l’histoire.

L’orage menace alors que vous, Lester, vous rendez dans les salles souterraines du labo qui vous a récemment engagé pour travailler sur la fission des particules. Tout se passe comme d’habitude, vous allez commencer votre prochaine expérience, en attendant vous ouvrez une canette et vous mettez bien au chaud devant votre ordinateur. L’accélérateur de particules démarre et rien ne semble pouvoir perturber une expérience déjà simulée par ordinateur. C’était compter sans les caprices de la foudre qui décide de frapper votre labo. Elle descend à travers les étages et son chemin finit par croiser celui des particules sur lesquelles vous travaillez, la machine surchargée explose !

Vous ne mourez pas mais êtes téléporté dans un canyon. Dans le ciel trônent maintenant deux lunes, une chose au moins est sûre, vous êtes dans un autre monde.

Il vous faudra survivre à la faune locale et vous n’attendrez pas longtemps avant d’être fait prisonnier par les humanoïdes du coin. Votre survie dépendra alors de vos réflexes, de votre intelligence et surtout de votre chance !

On plonge dans ce jeu comme dans un livre dont on serait le héros. Le secret ? L’intro ! Réalisée à l’époque en rotoscopie*, c’est un film en 3D qui pour l’époque laisse sans voix. Plusieurs fois, les mouvements du héros sont vus à la première personne et c’est donc nous qui tapons le code de l’ascenseur, nous qui ouvrons la canette… ajoutant encore à l’immersion.

Quand Lester se volatilise ne laissant derrière lui qu’un peu de fumée, on a envie que d’une chose, savoir ce qui s’est passé.

Le jeu à partir de là sera une succession d’écrans qui s’enchaînent sans scrolling. Chaque fond est un véritable tableau où les 16 couleurs disponibles sont utilisées avec un rare goût faisant oublier que le décor est souvent de la même couleur que celle du t-shirt du héros.

Le héros, parlons-en… son but : survivre, et là, même le père Freeman pourrait prendre des leçons.

ROA GROU GROU

Très vite on ramassera une arme, un pistolet laser de la même facture que celui des gardes ennemis. Il sera capable de tirer (délire !), de créer une barrière de protection qui stoppera les tirs ennemis et disposera d’un tir chargé qui fera voler en morceaux le bouclier de vos ennemis. Ce ne sera pas de trop face à l’IA des autochtones qui vous surprendra souvent pour peu que vous lui laissiez deux secondes pour s’organiser. Ainsi si vous entrez dans un écran et tirez de suite, le garde n’aura pas le temps de bouger et vous ne croiserez qu’un petit tas de cendres, mais si vous posez une barrière, il en fera autant tout en vous canardant et en appelant du renfort. Heureusement vous ne serez pas seul pour lutter. Vivant l’histoire de manière parallèle, un prisonnier de la même race que vos ennemis vous fera avancer là où votre frêle corps d’humain montrera ses limites. Et vous ne pourrez survivre qu’en l’aidant quand lui sera bloqué ou pris au piège. On en vient à considérer comme un ami ce compagnon d’infortune dont on ne comprend pas la langue.

Je l'aime ce mec !!!

Si il n’y avait que les soldats votre duo de choc aurait la belle vie mais dans Another World, c’est le monde qui veut votre mort et l’erreur ne sera pas permise. Ainsi on devra toujours échapper de justesse à la mort dans des phases de gameplay plate-formes/action. Pourchassé par des trombes d’eau, il faudra sauter au-dessus d’un trou puis faire un pas en avant, sauter au-dessus du deuxième et éviter si possible de tomber dans le troisième. Autant dire que les joueurs nerveux passeront leur chemin. Ici on apprend par cœur le rythme du gameplay réglé comme du papier à musique en répétant 15 fois les mêmes gestes et 15 fois la même mort frustrante.

Cela n’est pas sans rappeler le jeu dont s’inspire Another World, Prince of Persia, sorti deux ans avant. On y retrouve les même rendus et les mêmes phases de sauts au poil de … la bête. Cependant Prince Of Persia est plus comparable à un Maze Game où le scénario reste accessoire.

A la fois défaut et qualité, cette difficulté rajoute tout de même de la durée de vie. Ainsi le joueur novice mettra bien 6h à 10h pour faire le tour du soft qui peut être fini en 30min une fois qu’on le connaît par coeur. 21ème siècle oblige, au jeu lui-même s’ajoutent les nombreux bonus compris dans la version 15ème anniversaire.

Au menu, un niveau en plus par rapport à la version Amiga. Celui-ci avait été rajouté dans les versions 16bit et insiste sur la coopération avec votre ami à tête de pierre.

Avec ce niveau avaient été rajoutées des musiques au jeu, présentes dans le jeu et sur un CD bonus que l’on trouvera à coté de celui du jeu. La version disquettes ne comprenait que deux musiques, au début et à la fin. Cela n’avait rien de gênant tant l’ambiance du jeu est travaillée. Heureusement pour les puristes, le menu des configs vous laissera le choix. Avec musique ou sans, remixées ou non.

15 ans après Lester n'a pas pris une ride, au contraire !

Là où la différence avec le jeu original est la plus flagrante, c’est au niveau des graphismes. Passés en HD, tous les décors ont été redessinés, adieu les pixels. On se rend alors mieux compte du talent d’Eric Chahi qui réalisa ce jeu en seulement 2 ans. Je ne vous parlerai pas ici des avancés en termes de programmation car cela ne ferait que vous gâcher l’intérêt du making-of présent sur le CD bonus, avec croquis en images s’il vous plait. Résumons cependant en disant que Another World est l’un des premiers (sinon le premier) jeu à utiliser des polygones, rendant des animations 2D parfaites. Les cinématiques quant à elles utilisent la technique du rotoscoping*. Tout cela vaut bien un CD me direz-vous. Nenni ! A sa sortie, le jeu tenait sur deux disquettes !

Another World avait tout pour marquer son époque et le prouve aujourd’hui quand on voit qu’il aura été la principale inspiration de l’Odyssée d’Abe et que l’on entend que c’est lui qui a donné envie au créateur d’Ico de démarrer dans le jeu vidéo. La boucle est bouclée.

Il faut bien l’avouer, le jeune joueur ne trouvera rien de bien excitant dans ce titre d’un autre âge mais le nostalgique fera vite le calcul. Chef d’œuvre à l’ambiance et à la poésie rare + Making Of + Musiques remixées dans le jeu et sur un CD à part + le bonus mystère pour ne pas tout dévoiler… le tout à 10€ ! Tout est dit.

On ne peut que remercier Eric Chahi de si bien servir la communauté vidéo-ludique et saluer ce gentleman de la programmation. Chapeau bas.


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