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# Un cas de la génération Y : Guilhem Bertholet

Publié le 24 juillet 2008 par Maxime Garrigues

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Creative Commons License photo credit: superbez

Lorsque Guilhem m’a annoncé en Novembre dernier qu’il intégrait Microsoft, je suis tombé des nues. Lui, jeune sérial entrepreneur, instigateur de l’AJEL, et créateur de Lucy et Valentin rentrait dans l’une des plus grosses entreprises au monde… Huit mois après, Guilhem tourne la page et décide de quitter Microsoft laissant un poste qui ferait rêver n’importe qui… Pourquoi ce choix ? Peut-on y voir un cas typique de la génération Y ? Pour obtenir quelques réponses, j’ai demandé à Guilhem de répondre à quelque unes de mes questions !

Bonjour Guilhem, pour commencer peux tu te présenter en quelques lignes ?  

Bonjour Maxime, bonjour à tous. Je suis donc Guilhem, j’ai 26 ans, et suis passionné d’entrepreneuriat. J’ai commencé des études en école de commerce à l’EM Lyon, et ai créé plusieurs entreprises pendant mes études : une entreprise de cours particuliers, une agence événementielle, une agence de communication par la bande-dessinée… Même si toutes n’ont pas connu le même succès, j’y ai à chaque fois appris beaucoup de choses. J’ai également eu la chance de coacher plusieurs jeunes entrepreneurs et de monter une association de jeunes entrepreneurs à Lyon. J’ai un vrai besoin de rencontrer des créateurs et de faire partager ce bonheur d’entreprendre aux autres, les jeunes notamment. Et puis j’ai également lancé une idée un peu folle de bande-dessinée de sensibilisation à la création d’entreprise pour les classes de 3ème : Lucy & Valentin… créent leur entreprise ! On espère bien la diffuser à 850.000 élèves !

Pourquoi as tu choisi / rejoins Microsoft ? Quelles étaient tes motivations ?

Il y a quelques mois j’ai connu un passage à vide, avec un projet qui se terminait et un autre qui stagnait un peu. J’avais alors 25 ans, et je n’avais jamais touché un salaire supérieur à 1000€. J’avais également passé une année à travailler tout seul dans mon salon et je commençais à me démotiver un peu. Et puis la pression sociale a eu le dessus, le besoin de stabilité, de visibilité, de rendre un CV “compatible avec les attentes des recruteurs”, tout ce genre de réflexions. 
Alors j’ai pensé à rejoindre une structure déjà établie pour apprendre à mieux structurer les choses et combler quelques faiblesses (la rigueur, les processus, certaines pratiques de management et de gestion d’équipe notamment) . Et puis un ami qui travaille chez Microsoft m’a proposé d’appuyer ma candidature. J’ai dit banco, et le recrutement est allé à son terme. J’ai été embauché comme responsable marketing de l’écosystème de partenaires, au sein de la division en charge de toutes les nouvelles technologies.
Avec le recul, j’y allais donc vraiment pour continuer à me former, (re)trouver un peu de confort, et voir de l’intérieur l’immense réussite qu’est cette boite. Je n’ai pas vraiment choisi Microsoft, mais son histoire m’a fait dire que c’était la meilleure des grosses boites dans laquelle aller. Ou la moins pire, en tout cas.

D’entrepreneur à salarié, une transition impossible ?

Hmm… bonne question. Je pense que c’est possible, il faut bien connaître la structure dans laquelle on arrive et savoir ce que l’on n’est pas prêt à sacrifier. L’environnement joue beaucoup : l’équipe, le secteur d’activité, le management - tout comme la mission et les moyens qui nous sont confiés. Je pense qu’un entrepreneur est fait pour… entreprendre. En tout cas pour créer et prendre des risques. Certaines boites sont prêtes à jouer le jeu et faire travailler en mode projet. 
L’égo est aussi quelque chose de difficile à gérer. Une entreprise, quand on ne la dirige pas, demande quelques notions et qualités “politiques”. Certaines choses ne se font pas, ou se font d’une manière bien précise. Et puis il faut comprendre qu’on n’est plus au centre de tout, qu’il faut parfois obéir même si on est en désaccord.

Qu’est ce qui t’as le plus manqué par rapport à une petite structure ?

Beaucoup de choses ! Pêle-mêle : l’ambiance (clairement moins start-up, j’ai détoné avec mes converses-jeans-teeshirts !), la rapidité d’exécution (énormément de process à suivre et de reporting à générer), la diversité de mon travail au quotidien (on devient un super spécialiste d’un point en particulier), l’impression d’influencer vraiment les choses (le paquebot est bien lancé, difficile de voir son impact) et enfin les relations franches et directes (dans une grande entreprise, tout le monde a ses propres objectifs et reste assez politique…).

Qu’en retires tu ? Expériences ? Connaissance de soi ?

Je ne regrette rien de l’expérience, et effectivement j’en retire plein de choses. C’est d’ailleurs le cas avec n’importe quelle expérience, même dans le cas des échecs, l’important est de savoir analyser et comprendre. Et ne pas reproduire ses erreurs ! L’expérience Microsoft m’aura apporté effectivement plus de rigueur : j’ai bien été obligé de travailler sur des choses qui ne me plaisaient pas toujours. Avant, en freelance ou auto-entrepreneur, j’avais tendance à gérer les choses suivant mon propre plaisir, pas en regardant l’importance ou l’urgence des situations !
Et puis c’est une boite qui a réussi grâce à son organisation interne, il y a des choses surprenantes et intéressantes. Pas forcément pour les reproduire telles quelles, mais certains process ou suivis de reporting sont à garder en mémoire pour ma prochaine expérience. 
Par rapport à mon travail, j’ai également appris/amélioré quelques techniques marketing et de communication. Et puis j’ai surtout été subjugué par l’approche “Ecosystème” qui a fait le succès de Microsoft. C’est vraiment LE modèle du genre, ça me donne plein d’idées pour la suite.
Sur l’aspect personnel, enfin, j’ai surtout compris qu’il ne fallait pas que je m’éloigne du monde des start-ups. Et que je devais rester passionné par ce que je fais. Ca m’a été impossible de me motiver sur le long terme pour une mission qui ne me prend pas aux tripes.

Et la génération Y dans tout ça ?

Je crois que c’est un mouvement qui est en train de vraiment arriver. J’ai rencontré, chez Microsoft mais aussi dans d’autres boites du CAC40, plusieurs autres jeunes qui se sont sentis blasés par les jobs et les ambiances offerts dans ces grands groupes. Plusieurs ont choisi de partir d’ailleurs, pour aller vers des jobs qui leur semblent avoir plus de sens à leurs yeux. je crois que les jeunes générations sur le marché de l’emploi ne travaillent plus pour un salaire ou un statut social. C’est fini, on veut plus, on veut s’épanouir. Et ne pas faire que travailler non plus. Si ça ne nous convient pas, on part, on ne s’accroche plus 3 ans en se disant “c’est normal, je suis junior et je dois en baver”. En tout cas c’est un phénomène qui explique sûrement que de plus en plus de jeunes se lancent dans la création, voire l’auto-création.

Ton conseil : La world company c’est pour qui ? Un profil type ?

Non, finalement pas de profil type. C’est un excellent passage, on y apprend beaucoup de choses et cela apporte du confort. Mais c’est forcément en contre-partie de quelque chose. A mon sens, les jeunes devraient tenter plus, la sortie de l’école, c’est le meilleur moment pour tenter des choses. Au pire on se casse la gueule, mais on a appris beaucoup plus et beaucoup plus vite. C’est toujours possible de retourner ensuite dans le circuit “classique”. Je pense qu’on a trop inculqué aux étudiants, surtout dans les écoles de commerce ou d’ingénieurs, que l’important c’est le salaire à la sortie et les “marques” sur le CV. Cela va juste dans le sens des écoles, pas des jeunes ! 

Finalement, après ces diverses expériences qui m’ont toutes faites grandir, je pense avoir trouvé le job de mes rêves, celui qui me permette de vivre au quotidien avec des entrepreneurs, de sensibiliser des jeunes, et de gérer un projet qui n’est pas très éloigné d’une petite entreprise. Plus de news dans quelques semaines

;)


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