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L'emploi chez les Khadafi c'est sévices compris

Publié le 25 juillet 2008 par Francisrichard

L'emploi chez les Khadafi c'est sévices comprisUn des fils de Muammar Khadafi se prénomme Hannibal. Dans le civil il est conseiller de la Compagnie libyenne de transport maritime, une entreprise étatique qui permet à son dictateur de papa de vivre sur un grand pied pendant que son peuple trime. Car si papa Khadafi n'a pas d'idées, il a du pétrole, qui représente 98% des ressources du pays.
Hannibal et sa femme, Aline, viennent passer du bon temps à Genève. Ils séjournent à l'Hôtel Président Wilson, où descendent, c'est bien connu, tous les damnés de la terre. Dans leurs bagages ils emportent, il n'y a pas d'autre mot, deux domestiques, une Tunisienne de 25 ans et un Marocain de 36 ans. Si leurs patron et patronne sont là pour rigoler, ils sont là pour servir de souffre-douleur quand le couple Khadafi  a besoin de passer ses nerfs.
Le problème c'est que le couple libyen ne peut pas se comporter sur le territoire genevois de la même façon que sur le territoire libyen. Là-bas il peut se permettre des privautés sur ses domestiques qu'il lui est interdit de pratiquer ici. Il doit sans doute penser que sa suite au Président Wilson jouit de l'extra-territorialité à partir du moment où il la paie en espèces sonnantes et trébuchantes.
En bon musulman Hannibal est un grand buveur devant l'Eternel. Il consomme un ou deux litres par nuit de Château Margaux 1998. Les mauvaises langues disent que cela le met de méchante humeur. Elles ne disent pas la même chose d'Aline, qui ne semble pas avoir besoin de ce carburant pour se mettre entrain ... de frapper sur tout ce qui bouge, sous le moindre prétexte.
Trop c'est trop. Les deux malheureux domestiques n'en peuvent plus d'être employés chez les Khadafi sévices compris. Ils portent donc plainte. En Suisse on ne badine avec ce genre d'affaire. Ici La Fontaine a tort. La loi du plus fort n'est pas toujours la meilleure. Les lois helvétiques s'appliquent à tout contrevenant, qu'il s'appelle Bollomey ou Khadafi. Personne n'est au-dessus des lois. Ce qui, comme on va le voir, est incompréhensible pour un Khadafi à qui il suffit de claquer dans les doigts pour obtenir tout objet qu'il veut, êtres humains compris.
Quand ils frappent, Aline et son auguste époux n'y vont pas de main morte. Valéry Duby raconte dans Le Matin
du 18 juillet ( ici ) : « La jeune femme, engagée à Dubaï il y a un peu plus d’un mois, porte encore les traces des sévices subis sous son œil gauche. Un coup de poing de monsieur suivi d’un coup de cintre de madame pendant leur séjour genevois ».

L’homme n’est pas mieux loti : « Le Marocain, poursuit Valéry Duby, soulève son T-shirt pour montrer les traces d’un coup de couteau sur la poitrine et de ceinturon dans le dos. Probablement de plus vieilles blessures ». Il est en effet à leurs sévices depuis cinq ans.

Le 12 juillet les deux malheureux domestiques sont libérés par la police genevoise dans leur chambre d’hôtel et conduits en lieu sûr. Le 15 juillet une vingtaine de policiers armés – on ne sait pas combien il y a de gardes du corps – arrêtent Hannibal et Aline sous l’inculpation de maltraitance sur leurs domestiques. Le 17 juillet ils sont libérés sous caution de 500 000 francs et quittent Genève et la Suisse, où décidément on ne peut pas s’amuser tranquille.

La réaction de Muammar Khadafi ne se fait pas attendre contre la Suisse, où l’on a osé s’en prendre à son fiston chéri. Le 19 juillet deux cadres suisses qui travaillent en Libye, dont l’un chez ABB, sont arrêtés sous l’inculpation bidon d’infractions sur l’immigration et le séjour. Le chargé d’affaires libyen en Suisse est rappelé à Tripoli, de même que des délégations officielles libyennes en visite en Suisse. La délivrance de visas aux ressortissants suisses est suspendue. L’accès aux ports libyens est interdit aux navires battant pavillon suisse.

Après ces mesures d’intimidation apéritives, le dictateur fou de Tripoli passe à de plus lourdes menaces si la Suisse ne présente pas d’excuses et ne retire pas ses accusations contre Hannibal, le fils à son papa. Le robinet du pétrole pourrait être coupé. Si le pétrole libyen représente la moitié du pétrole brut importé en Suisse, il ne représente heureusement que 1/6 du pétrole consommé. Via Tamoil la Libye possède tout de même ici 320 stations service et l'une des deux raffineries du pays, à Collombey dans le Valais. Les avoirs libyens dans les banques s’élèvent à près de 6 milliards de francs. Ils pourraient être retirés.

Comme on le voit il ne faut pas emm..... Muammar, qui a les moyens de vous faire trembler. Il est à espérer que le Conseil fédéral ne se laissera pas intimider par ce dictateur en djellabah, et en quête d’honorabilité, mais qui, au naturel, quand celui-ci revient au galop de son chameau, reste décidément infréquentable.

D.S. Miéville dans Le Temps du 24 juillet ( ici )conclut son article par une réflexion qui montre à quel point la presse occidentale peut baisser son pantalon quand elle a affaire à de tels tyranneaux : « ces événements pourraient fournir un utile sujet de réflexion aux artisans et aux partisans de l’initiative contre les minarets sur les dégâts potentiels de leur entreprise ». Sans commentaires…

Francis Richard


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