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Chapitre 3 : Gratuité payante

Publié le 29 juillet 2008 par Anne-Caroline Paucot

2 octobre 2018 à 14 h 18. Linus Mei prend dix ans en quelques secondes en découvrant les fabriquantes ou imprimantes qui créent des objets. Il s'emmêle aussi les neurones en essayant de comprendre comment CinqS peut gagner de l'argent en vendant du gratuit.

A l'issue de son envolée iconoclaste, Fred se remet à clignoter. En l'espace de moins de temps qu'il faut pour l'écrire, elle s'entretient avec les uns de la dernière cartographie des collaborations, un système qui géolocalise les acteurs d'une mission. Elle tente ensuite de convaincre d'autres d'intégrer trente mots supplémentaires dans le chindish, la langue véhiculaire des affaires. Ses interlocuteurs désapprouve cet enrichissement en considérant que pour les échanges évolués on utilise la traduction automatique contextualisé présent dans tous les systèmes de téléprésence. Dans l'élan, elle accorde une interview à la télé de la société sur les travailleurs, victimes du numérique.

Tout en s'animant, elle me confie à Capucine, l'animatrice de l'usinarium. En arrivant dans ce nouvel espace, je m'aperçois que je ne connais pas encore l'activité de CinqS.

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Nous produisons des fabriquantes ou si vous préférez des imprimantes qui impriment des objets, répond Capucine.

CinqS travaille sur plusieurs modèles d'imprimantes. La première, basique, ressemble à une imprimante laser d'hier et fabrique des objets simples pour la maison. La deuxième intègre l'impression de mini robots qui vont assembler les différents éléments imprimés. La troisième produit des objets éphémères. Quand ils sont utilisés, il suffit de les jeter dans la fabriquante qui les réutilise pour en fabriquer d'autres.

Les chercheurs et les techniciens n'ont pas chômé pendant mes dix années d'absence. En 2008, même si les imprimantes 3D commençaient à se développer et les prix tombaient, il aurait fallu être visionnaire pour imaginer que cela serait un bien d'équipement courant dans les familles européennes.

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Ici, nous avons un modèle de fabriquante qui crée une réplique d'elle même, dit Capucine.

En voyant la construction d'un modèle cloné, j'ai l'attitude du gobeur de mouche et ne peux pas m'empêcher de m'exclamer :

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C'est de la folie. Vous cassez votre propre boutique.

Après s'être amusé de mon étonnement, Capucine dresse la liste des règles actuelles du marché.

Un. Les entreprises doivent rivaliser d'imagination pour vendre du gratuit. Avec la musique, les films, les jeux gratuits, les jeunes d'hier ont grandi dans une culture de la gratuité. Aujourd'hui, elle a imprimé une marque dans la société avec laquelle les entreprises doivent composer si elles veulent survivre.

Deux. Tout ce qui est numérique est copiable et n'a donc aucune valeur marchande.

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Même, si à votre époque on essayait encore de lutter contre les copies de films, disques, livres, l'industrie a fini par se rendre compte que rien ne pouvait endiguer le phénomène et qu' il fallait donc intégrer cette donnée dans la réflexion stratégique.

Trois. Les entreprises doivent inventer et réinventer des modèles économiques innovants.

Une fois encore, la référence incontestée de ce principe est Google. Au début du siècle, alors que les acteurs du Net tentent de gagner de l'argent en faisant des portails susceptibles de générer un trafic suffisant pour vendre des espaces publicitaires, l'entreprise californienne se démarque.

Outre créer un moteur de recherche performant qui devient incontournable, elle comprend que 1% de 1000, c'est plus que 10 % de 100. Forte de cette réflexion, elle imagine un système de vente de mots clefs basés sur des micro-paiements effectués par les millions de propriétaires de site.

Pour gagner de l'argent, CinqS jongle en permanence avec différentes composantes.

La première est le zéro défaut de ses produits, car la moindre défaillance peut obliger l'entreprise à mettre la clef sous la porte. Un concurrent de CinqS a connu une fin tragique parce qu'un couple de jeunes mariés a failli périr étouffer en imprimant sa liste de mariage. Les objets étaient tous cinq fois plus grand que prévu.

En quelques minutes, le récit de l'aventure avait fait le tour de la planète. La deuxième est la proposition d'un juste prix. Comme le prix des fabriquantes est dérisoire, CinqS se rémunère sur le téléchargement de modèles d'objets. L'entreprise a créé des plateformes de création où créateurs, techniciens, clients échanges. A l'issue de subtiles négociations entre savoirs, compétences et désirs, des prix sont fixés. Ils s'avèrent par exemple que originalité et la rareté d'un modèle a un coût que des consommateurs sont prêts à payer.

La troisième est la mise en place d'un marketing responsable. CinqS s'est clairement opposée au neuromarketing et streetmarketing qui polluent esprits et rues. Elle communique à travers du co-développement solidaire. Elle a par exemple imaginé en collaboration avec les Africains des fabriquantes sanitaires qui permettent de fabriquer dans la brousse tous les objets nécessaires aux soins de la population. D'autres fabriquantes ont été distribué aux réfugiés climatiques afin qu'ils puissent imprimer le minimum. CinqS ne communique pas sur ses actions. Elle espère juste que les bénéficiaires de ses générosités créent un buzz positif. Les retombées sont assez positives pour que l'entreprise ne remette pas en cause cette stratégie.

Pour compléter le dispositif, CinqS participe à des compétitions sportives responsables comme le marathon durable des plages où les coureurs doivent pendant l'épreuve récupérer sur le trajet le maximum de sacs et déchets plastiques laissés par les générations précédentes. Alors que Capucine termine son inventaire, Fred Meylan met de nouveau son grain de sel dans la conversation ;

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Notre atout, c'est surtout que rien ne nous interdit de changer d'activité du jour au lendemain si elle n'est plus rentable. Il y a trois ans, notre business central était le rapatriement des personnes blessées ou malades lors de leur voyage. Il y a deux ans, nous avons développé dans cette logique de la télémédecine à distance. Le problème étant le manque de matériel dans ces contrées pour opérer dans de bonnes conditions, nous avons lorgné du côté des fabriquantes… Hier, les entreprises avaient un cœur de métier qui alimentait différents canaux. Aujourd'hui, nous avons plutôt un ou des flux de métier qui irriguent différents cœurs d'activité. Cette configuration nous autorise à faire battre des nouveaux cœurs.


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