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Jamais plus comme avant !

Publié le 24 juillet 2008 par Perce-Neige
Un jour viendrait où tout serait oublié… Le ciel, amouraché de nuit ; l’horizon dépareillé de fauve ; les arcs en ciel, nimbés de transparence dans la rosée du printemps. Et d’autres mystères autrement dérangeants. Comme ce qui entourait les circonstances exactes de leur rencontre. Le pourquoi du comment. Tout, vraiment tout. Sans doute parce qu'une part de lui même s’acharnerait à effacer la faiblesse dont il avait fait preuve. Car c’était être faible que d’avoir ignoré la vérité ! Une vérité dont la moitié au moins du campus se gaussait. Stéphanie Labouré traînait en effet derrière elle, au moment où son destin allait croiser celui de Paul Flament une réputation pour le moins sulfureuse. Et légèrement infondée, d’ailleurs. Car la jeune fille qui s’était vue attribuée par l’appariteur, dans le tiers le plus sombre de la salle d’examen, la place immédiatement voisine de celle de Paul Flament avait un talent inimitable pour laisser colporter sur son compte les rumeurs les plus extravagantes. Tout était dans le sourire à peine esquissé dont elle vous gratifiait. L’œil satisfait et la frimousse des meilleurs jours. Et peu importait, au fond, que ce dont vous l’accusiez se révèle, en réalité, une pure construction de l’esprit, l’essentiel était que quelqu’un l’ait un jour imaginé capable de cela… Oui, l’essentiel était que vous pensiez Stéphanie Labouré capable de tout ! Car elle l’était. Capable, par exemple, d’avoir embobiné Jean-François Lemercier lui-même. Et d’être parvenue à se faire inviter chez lui, un soir, avec tout le gratin de l’université. Et d’avoir dansé à demi nue jusqu’au milieu de la nuit sur la terrasse en marbre qui dominait la vallée de Montmorency. Et d’avoir collé ses lèvres encore adolescentes à celles un peu moins fraîches, du professeur de sociologie du langage dont toutes les étudiantes ou presque étaient secrètement amoureuses. Oui, tout à fait capable d’avoir repoussé du pied la porte de la cuisine des Lemercier juste avant que ne se profile, dans la perspective désolante du couloir, la silhouette empâtée de madame. Tout à fait capable d’avoir étouffé un rire délibérément assez niais mais riche de promesses tout en feignant de réaliser que le décolleté de son chemisier, à cet instant précis, offrait à celui dont les ouvrages théoriques commençaient à se vendre assez bien, une vue saisissante sur la partie de son corps dont, à la réflexion, elle était la plus fière. Et il y avait de quoi ! Personne au monde n’avait des seins pareils, aussi parfaitement arrogants et, pour cette raison, dotés d’un prodigieux pouvoir hypnotique sur les regards masculins. Voilà ce que Stéphanie Labouré se disait quand elle s’essayait à jauger objectivement le galbe de sa poitrine devant la glace de la salle de bains. Nul doute que Paul Flament aurait volontiers partagé ce jugement si l’occasion lui avait été donnée de la faire. Car, quand elle s’était penchée vers lui, d’une manière d’ailleurs assez audacieuse, il faut bien le dire, dans les murmures consternés qu’accompagnait la lecture des premières épreuves de philo de l’année, Paul Flament avait immédiatement pensé que, pour une fois, le ciel lui était favorable. Qu’une fille comme elle, au physique pour le moins avantageux, s’intéresse à quelqu’un comme lui, voilà qui était proprement inespéré. Il suffit parfois de peu de choses pour qu’une brèche s’ouvre brusquement dans l’immensité de l’espace-temps. En l’occurrence Stéphanie Labouré s’était – à ses risques et périls – tournée dans toutes les directions possibles avant de croiser le regard bienveillant de Paul Flament. La manière qu’elle avait eu de s’adresser à lui, dans un chuchotement à peine audible, avait fait le reste. Là, sans qu’ils sachent l’un et l’autre, ce qu se jouait, tandis que s’échangeraient bientôt des griffonnements et des sourires, le monde avait soudain basculé. Paul Flament ne serait jamais plus tout à fait le garçon timide qui ne cessait de martyriser son visage constellé de boursouflures disgracieuses qu’il tripotait régulièrement jusqu’à ce qu’en jaillisse un liquide répugnant. Paul Flament, ce soir-là, dans les miroirs des vitrines serait mystérieusement plus indulgent envers lui-même qu’il ne l’avait jamais été. Car si Stéphanie Labouré lui avait bien dit quelques mots dans la cohue du couloir, tandis qu’ils sortaient tous les deux de concert, surtout, oui surtout, elle lui avait, quelques secondes, touché le bras, ou l’épaule, avant de le remercier d’un baiser sur la joue et de rejoindre, sans se retourner, cette fois, un petit groupe qui l’interpellait à grand renforts de vivats. Non, Paul Flament ne serait plus le même… Quant à Stéphanie Labouré, elle gravirait ce jour-là – mais qui pouvait le croire – la première marche d’un escalier qui la mènerait à la gloire. Et, pourquoi le nier, à une certaine forme de bonheur…

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