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"Valérie par Valérie", le livre bidon de la rentrée

Par Lise Marie Jaillant

Les confessions d'une belle blonde, ex-top modèle et star d'une émission de téléréalité, ça vous tente?

Si oui, "Valérie par Valérie" (ed. Al Dante) devrait vous intéresser. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une énième autobiographie d'une Loana et autre Katie Price. "Valérie par Valérie" a été écrit par un nègre, ou plutôt un collectif-nègre qui utilise le pseudo La Rédaction.

Et il suffit de faire un tour sur leur blog pour comprendre la logique de ce projet:

"...quand je voyais les bachelorettes s’exprimer, discuter (et pas seulement Valérie), la première chose qui me surprenait était leur très forte inclination à se qualifier elles-mêmes en public : « Comprenez-moi, je suis quelqu’un de très entier », « Je l’ai fait parce que je suis impulsive », « Je réagis comme ça parce que je suis très sensible ». La logique de ces énoncés de justification m’a tout de suite plu. Leur manière de se présenter comme une expérience de mise sous tension du rapport image privée-image publique de l’individu. Cette manière d’asseoir l’échange sur une image projetée de soi si pauvrement, la valeur de certitude conférée à ce type d’autoqualifications, etc. D’une certaine manière, on pourra lire ce livre comme une sorte d’agencement visant à démonter le fonctionnement de ce type d’énoncé, ces « Voilà comment je suis» (alors que vous me voyez tous exister), comment ils se constituent, s’échangent, se transforment."

En clair, vous avez là la vulgate du postmodernisme: tout discours visant à se définir est voué à l'échec, le monde est une réalité fluide, rien n'est certain ni définitif. Bref, "Valérie par Valérie", de l'aveu même de l'auteur, "ressemble un peu à un Madame Bovary refait par un Wittgenstein".

La question que je me pose: à qui s'adresse un tel projet? Pas à moi ni à mes semblables (si ça existe!): tous ces discours pseudo-intello me font bailler d'ennui. Je préfère encore lire un Marc Lévy plutôt que de me taper les délires de doctorants à Nanterre.

Mais si je parle de ce livre aujourd'hui, c'est qu'il est symptomatique d'une dérive des écrivains français: écrire sur l'écriture. Se torturer l'esprit pour déterminer ce qui constitue la réalité, et ce qui constitue la fiction. Tous ces écrivants auraient bien besoin d'un allez simple au Darfur ou au Pakistan, dans des coins où l'écriture est un luxe. Le luxe de pouvoir témoigner de la réalité.

"Valérie par Valérie", La Rédaction, ed. Al Dante, à paraître le 4 septembre


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