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On va voir ce qu'on va voir à la rentrée

Publié le 25 août 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

t-m_Manif1111.gifSur pas mal de blogs, je lis que la rentrée sociale va être agitée et que l'on va voir ce qu'on va voir. Vous voulez dire que les profs ne vont pas faire leur rentrée, les élèves investir les collèges et lycées, les salariés bouffer du saucisson et boire du rouge dans les usines et les bureaux avec les jeunes filles en fleur qui passent, les chômeurs se révolter ? J'aimerais bien que le peuple se réveille un peu, que les leaders de l'oppostion, où est-elle au fait ?, arrêtent de se bouffer le nez entre eux, que les électeurs comprennent enfin pour quoi ILS ont voté à 54% sans réfléchir. J'aimerais bien que les gens comprennent que quand la maison brûle, il faut ou aider l'incendie à s'étendre ou à s'éteindre, ou bien encore à protéger les plus faibles des flammes. Or, les fonctionnaires mettent eux-mêmes en place des réformes qu'ils rejettent (c'est quelque chose que je ne comprends définitivement pas, chaque personne ayant une conscience pour refuser de commettre un acte qu'elle juge abjecte), les salariés se demandent surtout s'ils auront assez de fric pour remplir le réservoir de la bagnole, les jeunes se passionnent plus pour deux ou trois crétins décérébrés enfermés dans un loft comme des rats de laboratoire, et les chômeurs comme les précaires se résignent à leur sort peu ou prou, et n'ont plus le courage de se battre.

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Quant à ceux que l'on appelle les "bobos", ils voudraient que ça change à condition bien sûr de pouvoir continuer à vivre sur Paris intra-muros sans croiser trop de banlieusards, de petites racailles ou de prolos. Ils feraient vite comme ces riverains du Canal saint Martin qui trouvaient "hypêêr sympa" les premiers temps les tentes des "Enfants de Don Quichotte" installées le long des rives, puis au bout de quelques semaines ont pétitionné pour virer ces "squatters" parce qu'un pauvre ça boit du mauvais pinard, ça a du mal à se lever et ça se fout complètement de la dernière expo nombrilisite de Sophie Calle (la prochaine fois que nous racontera-t-elle, sa coloscopie ?). Comme tous les bourgeois, de droite comme de gauche, ils se soucient surtout de leur petites personnes. Les "bobos" justement trouveraient cette constatation "paternaliste" et "réactionnaire" (est paternaliste ou réactionnaire ce qui les arrange pas ou les empêche de s'adonner à leurs névroises distinguées), mais avant dans les familles il y avait toujours une assiette pour un pauvre ou quelqu'un qui n'a rien à manger, je connais aussi des familles où l'on invitait ces pauvres à entrer et se restaurer.

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Nous ne parlerons pas bien sûr du clientèlisme roi et du népotisme hallucinant de notre société française que certains voient encore comme le phare des nations développées, tu parles. On me rétorquera que les jeunes se sont battus contre le CPE et qu'ils ne sont pas si indifférents, alors que ce CPE n'est qu'un épiphénoméne et que le problème est global. Des étudiants de lettres, d'arts ou de sciences humaines se sont aperçus en maîtrise que leur formation ne mène à quelque chose en France qu'à condition que PapaMaman aient des relations, ou un Tonton ou une Tata gâteau (un exemple : chacun sait que c'est pour leurs "talents" littéraires que Lolita Pille chez Flammarion ou Virginie de Clausades chez Grasset trouvent des éditeurs). Il faut dire qu'en France, les créatifs sont considèrés comme bien sympathiques mais tout à fait inaptes à autre chose, qu'il faut des matheux bien dociles qui voient le système en équations et théorèmes, suivant des chemins tellement balisés que c'est toute l'Éducation qui finit par s'embourber. De toutes façons, les jeunes savent très bien ce qui leur arrivent quand ils bougent un minimum (voir photo). On leur envoie les CRS ou on leur colle des "casseurs" dans les pattes.

Ce serait trop dangereux aux yeux des décideurs et ça leur colle une trouille bleue visiblement d'embaucher des personnes sortant du cadre. Il ne faut pas trop critiquer les américains sur le sujet, l'université d'Harvard avait l'an dernier un budget de 35 milliards de dollars à elle seul soit le budget total de l'enseignement supérieur français. A ce propos, hier Darcos et Fillon m'ont fait bien marrer à la télé en expliquant pourquoi ça allait mieux en supprimant des postes dans l'Éducation Nationale  et en diminuant les budgets. Cette époque c'est un peu la revanche du minable qui était en fond de classe il y a vingt-cinq ans, qui se passionnait pour sa mob transformée, pour le fric qu'il gagnerait plus tard, qui n'écoutait pas de musique, ne lisait pas de livres et n'allait jamais au cinoche, en 2008, maintenant qu'il est trentenaire tout le monde raisonne comme lui. Il y en a un peu trop qui mettent tout sur le dos de Sarkozy, qui écrivent des livres, dont certains défendus sur ce blog, pas si mal (décevants un peu plus tard quand on découvre un de leurs textes dans un magasine défendant le même Sarko becs et ongles), mais ce n'est pas Sarko le problème. Sarko n'est qu'un opportuniste qui a ramassé le pouvoir qui était à terre et profite d'une société apathique et complètement sclérosée (c'est très dangereux la sclérose de ce genre, ça précède souvent la crise finale) perdue dans ces vieux démons.

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On s'autoglorifie tous dans la célébration de la Libération (qu'est-ce qu'on était bien quand même !) en sachant très bien que les vrais résistants furent rares, on traite les adversaires de pétainistes ou de staliniens (ça revient à la méme connerie), on cite l'un ou l'autre mais bien sûr on ne fait rien pour que ça change, et l'on continue à balancer dans la gueule des cathos la Saint Barthélémy ou l'Inquisition alors qu'il y a des catholiques qui auraient certainement quelque chose à apporter à la société ne serait-ce que par la doctrine sociale de l'Église : au lieu de cela malheureusement on a d'un côté des tradis qui jouent à la poupée en rêvant d'un passé révolu ou des progressistes qui ne croient plus en grand-chose sauf en une sorte de syncrétisme panthéiste sans intérêt. Sur les rapports entre protestants et catholiques, je rappelle quand même que les deux confessions chrétiennes se sont réconciliées en 1994 à l'initiative de Jean-Paul II. Cela vaut bien certes ces cathos de droite, on me dira, qui s'inquiète du retour des dictatures communistes alors que c'est surtout le nationalisme arrogant le danger, qui accusent le gauchisme de "soissantuite" de tous les maux feignant de ne pas comprendre l'influence beaucoup plus néfaste du consumérisme.

Il y a aussi la frilosité remarquable des banques dans notre pays. Celles-ci investissent dans ce qui n'est pas risqué, dans le long terme pas trop angoissant. A une personne qui veut créer une micro ou une moyenne entreprise, on préfèrera prêter à quelqu'un qui offre des garanties, pour construire une baraque. Tant pis si le créateur d'entreprises créaient aussi deux ou trois emplois, de deux ou trois emplois en deux ou trois emplois on finirait par résorber le chômage endèmique et qui dynamiserait l'économie. Non, on donne le fric à un couple de retraités ou un couple de profs. C'est d'ailleurs une contradiction remarquable du libéralisme français qui favorise démésurément le capital en lieu et place du travail comme ces patrons incompétents (Alcatel, Société Générale, LCL et Bernard Tapie...) qui se paient avec largesse et font couler leur entreprise. A ce propos je suggère à tous les clients de banque de demander une commission de médiation à l'amiable dés que la banque les embête pour un découvert, comme ça juste pour voir. Je crois que la France est encore un pays insouciant, qui croit encore être un pays sans problèmes ; car bien sûr on ne parle jamais des 900 000 SDF, ni des 7 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, on ne montre les bidonvilles (hé oui, il y a des bidonvilles en France) que sous l'angle de la dangerosité sociale, la justice laisse dehors des gens qui auraient besoin de soin, en enferme d'autres pour des broutilles.

Il y a trop de Mûnich sociaux, il serait temps que la France se réveille de son passé..


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