Magazine

Les petits bourgeois chez Simenon

Publié le 12 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

medium_simenon_filmo_gabin_bardot.jpgAlors que je m'ennuyais avec application dans un endroit pourtant rempli d'une foule de bonnes gens de la bonne société, il m'est venu l'idée que finalement Simenon est très juste quand il décrit ce style de petits bourgeois sans trop de cervelle, égoïstes, égocentriques et qui ont le souci constant du convenable, de ne pas déparer à leur milieu, de ne pas avoir plus d'ambitions intellectuelles ou spirituelles que les autres. De la religion on retient surtout la morale, on oublie généralement l'éthique, gênante car elle ferait prendre conscience de l'iniquité de la société actuelle telle qu'elle est construite ("Mon pauv'monsieur, on ne peut pas faire la charité tout le temps, il faut bien penser à soi") : quelques privilégiés profitant d'avantages auxquels les autres n'auront jamais accès, même fugacement. Tant pis si ce convenable n'est qu'une apparence, un paravent, l'essentiel est de garder la considération de ses voisins et de profiter de son magot. Dans les enquêtes de Maigret, la victime d'un crime est souvent un personnage qui en a eu assez de ces faux-semblants, de ces on-dits multiples, de cette hypocrisie, et qui paye ses vélléités d'indépendance par sa mort, ou sa déchéance. Les filles qui font le trottoir, les putains, les ouvriers, les mythomanes minables sont parfois tout autant marqués par les mêmes faiblesses et l'envie d'atteindre à la même félicité douillette d'un intérieur feutré que les familles cossues qu'ils peuvent rencontrer parfois.

librematch13.jpg
Chez Simenon, les prostituées ont souvent des envies conjugales plus marquées que les bonnes dames de la bonne société. Le but de la plupart des personnages que décrit Simenon est de survivre en se planquant de l'adversité et des prédateurs supposés, sans chercher surtout à s'élever ; et puis de cultiver leur hédonisme minable de primates lamentables, le faux apitoiement, la componction et la charité bruyante en faisant partie. Les poètes, les artistes, les esprits libres n'y ont pas leur place, ils sont étouffés à feu très doux toute leur vie, on leur ôte une par une leurs illusions, on croit devoir les libérer de leurs rêves de s'élever un tout petit peu plus. Bernanos l'avait bien compris, il aimait beaucoup Simenon, sachant très bien que ce fatras d'apparences brille comme des soleils trompeurs mais que ce n'est pas là que le bonheur ou la vérité des sentiments se cachent. C'est la raison pour laquelle il écrivit "Un crime", au départ un livre qu'il considérait comme mineur appelé à devenir le premier d'une série qu'il espérait fructueuse, à la fin de sa rédaction, un roman qui préfigurait "Monsieur Ouine", décrivant par le menu la vacuité d'un monde où l'argent et la réussite matérielle et sociale sont les seuls vecteurs d'appréciation d'une personne. Simenon était juste dans les annnées 30, 40, 50 et 60, il l'est encore maintenant bien que ces milieux qu'il décrivait se passe maintenant de leur morale de pacotille depuis "Maissoissantuite".

Photos : "En cas de malheur" (voir extrait ci-dessous), Gabin, Bardot ; Simenon en famille, bourgeoisement aussi, ce qui n'empêche pas la lucidité...


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog

Dossier Paperblog