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Saint Coluche au Panthéon des petits gros

Publié le 18 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

Saint Coluche au Panthéon des petits gros comiques mais torturés

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Depuis le film de de Caunes, « biopic » lisse et sans trop d'aspérités soutenu par son interprète, François-Xavier Demaison, on reparle de Coluche, des Restaus, de sa campagne à la présidentielle en 1981, et peu de son humour en fait. D'un côté on en fait un saint laïc, une figure inattaquable, de l'autre un histrion parfois lugubre, parfois pathétique, je me souviens encore de l'article de Christine Clerc dans « le Figaro », alors que maintenant elle l'encense se prétendant presque coluchienne (...de garde, ah, ah, ah suis-je donc spirituel). Je l'écoutais il y a vingt-cinq ans avec des copains de classe quand nous étions au collège, nous nous répétions ses blagues pas d'un humour d'une folle élégance, moins littéraires que Desproges, moins fines, mais qui faisaient rire souvent sans trop de prétentions. On avait tous regardé son « Droit de réponse » dont nous n'avions pas perçu le grotesque, pour nous c'était un adulte qui se déguisait et se moquait des gens qui se prenaient au sérieux, ce que nous avions également compris pendant sa campagne à la présidence. Son émission était bordélique, c'était souvent n'importe quoi mais ça nous suffisait. Je me souviens de celle où il a parlé la première fois des « Restaus du coeur ». Au début d'ailleurs, l'idée était certes de nourrir les pauvres, mais aussi et surtout de frapper du poing sur la table et provoquer une réaction des gouvernants, réaction qui n'a pas eu lieu, ceux-ci se satisfaisant maintenant de l'institutionnalisation des Restaus qui suppléent à leur incompétence en matière sociale, ou à leur cynisme maintenant carrément affiché, et à l'indifférence profonde du reste des bonnes gens qui finalement s'en foutent des pauvres.

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Je me fous un peu que Coluche ait pris des drogues, ait bu un peu trop d'alcool ou se soit laissé aller à des beuveries voire des orgies. C'est un peu le problème de tous les créateurs qui sont tous des ogres qui ne veulent pas un ou deux verres mais plusieurs bouteilles de Champagne, qui ne mangent pas un ou deux huîtres mais douze douzaines. Personnellement, j'ai plus de tendresse pour les ogres que pour les gentils elfes qui chipotent sur la bouffe. Cela ne donne pas plus de talent, cela n'en enlève pas. C'est souvent trompeur quant au talent, son interprétation dans « Tchao Pantin », excellent film noir français et non classique platement filmé comme j'ai pu lire sous la plume de mon beau-frère maniaco-dépressif mormon, celui qui écrit dans les « Inrocks » toutes les semaines sa petite chronique à la fois méprisante et méprisable. Les autres films de Coluche, dans sa veine comique, ne sont pas si nuls qu'on l'a dit. C'était l'émanation d'une époque, en les revoyant dernièrement, j'ai trouvé qu'ils avaient un ton curieusement désuet de nos jours, un ton moins cynique que les comédies actuelles où l'on se croit obligé de faire de la dérision à trois francs six sous.

Toute la révérence autour du personnage m'emmerde prodigieusement, et l'aurait certainement bien emmerdé. Cette révérence obligatoire c'est un peu la revanche des minables ordinaires ou des cuistres quotidiens, des enfoirés quoi, qui se ménagent leur petite place bien à eux dans un coin, leur antre confortable, et qui sont surtout bien obéissants envers les puissants et les riches, ceux qui disposent du pouvoir, qui ne remettent jamais rien en cause par peur de devoir abandonner leur planque. Il y en a pour dire qu'ils nous manquent et qu'il faudrait un nouveau Coluche (un nouveau Desprogres, un nouveau Le Luron...etc). Il était comme il était, avec son originalité, plus drôle au début qu'à la toute fin, au moment des émission sur Canal, « Coluche-Un faux » qui devenaient parfois franchement gênantes, pour lui, excepté les deux émission avec Denisot, l'une effectuée sous l'eau dans la piscine du Martinez et l'autre costumé en starlette aguicheuse. Et bien sûr, le mariage avec le Luron était un grand moment de foutage du monde qui était vraiment irrévérencieux et excellent. On est loin des types qui veulent faire rire, en ayant l'idée de changer le monde et de sortir des blagues concernées derrière : Je suis un comique mais je suis aussi un citoyen d'élite fédérant aussi bien les chrétiens de gauche dépressifs que les bourgeois bohèmes du Xème voire les libéraux-libertaires rurbanisés.

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On dit souvent que des humoristes comme Stéphane Guillon, Christophe Alévêque sont les héritiers de Coluche (comme ils sont aussi selon les médias ceux de Bedos, en viager quant à lui, mais aussi de Desproges qui s'en retournerait dans sa tombe). Ils sont bien fades au bout du compte et finalement totalement en connivence avec le pouvoir et les puissants comme d'autres. On oublie souvent en plus de parler de Choron quand on parle de Coluche, à mon avis bien plus impertinent et jamais là où l'on l'attendait. Ce n'est pas pour rien que Choron s'est fait courser par les huissiers toute sa vie et ne comptait plus les contrôles fiscaux. Maintenant les comiques ne prennent plus de risques, on passe à la télé, on montre son cul, on pète en direct, on rote ensuite (quelle audace !), on fait un film drôle visant la cible des ados décérébrés post-pubères, ensuite on fait son film sérieux et on finit chez Arthur à ricaner d'un type qui glisse sur une merde dans son jardin. Bien sûr, on ne se risquerait pas à mettre les pieds dans le plat pour de bon. Les « colucheries » des descendants se sont normalisées, même « les Nuls » ou « les Robins des bois ».

Seulement voilà, prendre le risque de sortir du rang, en temps de crise, c'est moins bien vu. Le troupeau bêlant ne veut pas voir une tête qui dépasse. Il veut que tout le monde soit aussi conformiste que lui et ait les mêmes rêves étriqués : pavillon, chien, bagnole et pîscine gonflable dans le jardin de trois mètres carrés. Je ne sais pas, peut-être qu'un jour j'entrerai moi aussi au panthéon des petits gros....

Ci-dessous mon sketch préféré de lui, "l'arabe philosophe"


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