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Sans-abri chassé au petit jour - ça se passe à Evreux

Publié le 18 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

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A l'intention des lecteurs qui ne sont pas normands, je précise qu'Evreux est la préfecture de l'Eure, à 100 kilomètres de Paris, et que l'on y souffre politiquement de deux problèmes : le repli sur soi, le complexe vis-à-vis de Paris...

Tous les samedis, à l'entrée du marché, j'emprunte comme d'autres le petit passage (du même nom) qui fait la jonction entre la rue et la place où s'installe les marchands de fruiits et légumes entre autres choses délectables, j'y croise un sans-abri avec qui j'ai fini par discuter au moins un petit peu quand je le vois. Il est discret, il n'a pas l'air de trop picoler, excepté de temps à autre un ou deux gorgeons de rosé quand il fait un peu trop froid, mais il n'est jamais ivre, et jamais agressif et son hygiène est aussi bonne que quelqu'un comme lui peut se permettre. Pour lui, je suis "le petit monsieur du samedi". Et en discutant avec lui, j'ai compris qu'il avait tout à fait conscience de sa situation, de la honte qu'il subit et du regard des braves gens. Ce matin, à 7 heures, la police municipale lui a demandé de dégager parce que sinon il serait embarqué par la police nationale. Ils lui ont dit d'aller dans un lieu d'hébergement d'urgence, le genre où les personnes, j'insiste sur le mot, sont traitées en animaux. Connaissant un des policiers municipaux, un monsieur qui fait des conférences pour les jeunes dans la région sur la sécurité routière, j'ai eu le fin mot. Des habitants, dont l'un m'a-t-il dit qui lui a affirmé avoir "des valeurs de gôche mais que bon...faut pas déconner non plus" se sont plaints que ce sans-abri gêne leurs moments de détente quand ils vont au marché et qu'ils n'aillent pas avec le côté pittoresque d'un petit marché de province. C'est vrai, les pauvres ça dépare la vue quand on veut se détendre. Je compatis. Les pôvres gens !

Je n'ose croire que parmi les gens qui ont demandé l'intervention de la police municipale il y ait des électeurs de gôche dont les valeurs (de gôche) sont la base du programme de la nouvelle équipe à la mairie. Je dois dire que "le petit monsieur du samedi" con-chie ces abrutis sans coeur, ces petits bourgeois sans âme pour qui la vue d'UN seul pauvre est insupportable même quand ils ont des "valeurs de gôche".


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