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Faut-il tenter les ateliers d'écriture?

Par Lise Marie Jaillant

Atelier ecriture Dans la catégorie "cimetière des blogs", je regrette la disparition de Brise Marine (alias Galadrielle), qui me faisait bien rire avec ses histoires d'atelier d'écriture:

"La journée n’avait pas été terrible ; les participants à l’atelier m’avaient particulièrement tapé sur les nerfs. 'Moi, j’écris à l’instinct, comme ça me vient. Je me laisse guider par l’émotion. Je ne suis pas cartésienne, moi', avait expliqué une des nanas pour justifier la mauvaise construction de son histoire."

Disons-le tout de suite: les ateliers d'écriture en France n'ont pas le niveau de professionalisme des cours de creative writing proposés par les universités anglo-saxonnes. Quand on voit que des pointures comme Jeffrey Eugenides, Edmund White et Joyce Carol Oates enseignent l'"écriture créative" à Princeton, on a un aperçu du sérieux et de l'exigence de la discipline.

Rien de tel en France. Les ateliers d'écriture, c'est un peu comme le yoga ou l'aquarelle: expression personnelle, réalisation de soi, et surtout pas de règles trop contraignantes. Il suffit de se plonger dans "350 techniques d'écriture créative " (ed. Eyrolles) pour comprendre cette philosophie new age:

"Vous voilà entré en écriture. Et c'est un territoire si immense qu'il y règne aux premiers abords le grand silence de la page blanche. Imaginez!" (p. 13)

"Pour avancer dans l'écriture, vos bagages sont on ne peut plus légers: un crayon, un stylo, une plume ou un clavier d'ordinateur, des feuilles de papier. Si le crayon n'accroche pas, si la plume glisse toute seule, c'est mieux: dans la spontanéité de la pensée qui chemine sur la page, le passage doit être aisé. Quant au papier, si vous écrivez à la main, une vraie feuille blanche, format A4, 20 g, genre papier photocopie ou un cahier exempt de lignes ou de petits carreaux sont l'idéal: les carreaux sont parfois des petits barreaux qui encadrent et de fait, enferment la pensée." (p.5)

Des carreaux qui enferment la pensée? Qui peut gober ce baratin new age, à part quelques mémères ménopausées décidées à s'exprimer créativement? Tout le guide est écrit sur ce registre "libère-toi, libère ton écriture". Il y a même un exercice "écrire une lettre au père Noël" (p. 374). Affligeant...

Dans un genre un peu différent, vous avez aussi "Ecrire pour le théâtre " (toujours aux éditions Eyrolles). L'auteure consacre les deux tiers du guide à faire un historique des genres théâtraux, avant de se poser la question "Existe-t-il des lois, recettes, règles, ficelles, etc.?" (p. 133) Et sa réponse est en substance: oui, il y a des règles, mais je ne vais pas vous les dire ici car "se moquer des règles peut générer des oeuvres majeures du répertoire".

Et c'est précisément là où est l'ambiguité de ces guides et ateliers d'écriture. Si on refuse toute règle, pourquoi organiser un atelier? S'il n'y a pas de critère objectif pour différencier une bonne oeuvre d'une mauvaise, pourquoi faire des exercices d'écriture? J'ai bien peur qu'il n'y ait qu'une solution pour Galadrielle et les autres déçus des ateliers d'écriture: se tourner vers un bon manuel de creative writing (celui de Bob Mayer, par exemple...)

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