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Gainsbourg est encore classieux - Sous-entendus mineurs

Publié le 21 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

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L'exposition à la Cité de la Musique m'a donné envie de reparler de Gainsbourg...

C'est bien de partir de cette biographie de Gainsbourg qui n'est pas la plus scabreuse, la plus scandaleuse, la plus cul ou la plus musique. Elle englobe un peu de tout en renseignant sur le processus de création chez cet auteur, qui inspire, comme tous les gens d'esprit, et il en avait beaucoup. Il fait croire cependant à certains, artistes ou pas, qu'il suffit de dire des grossièretés, sortir des horreurs phallocrates et singer les libertins pour passer pour un "outsider", sans oublier la barbe de trois jours qui devient à la mode chez les penseurs actuels, ça fait génie incompris.
Chez Gainsbourg, on se fiche du conjoncturel, de l'engagement, y compris libertaire de son époque (il refusa la traduction de "Hair"), par contre, on expose les tourments personnels les plus intimes : la laideur difficile à vivre (l'homme à tête de chou, la beauté cachée..., Docteur Jekyll et Mister Hyde), l'angoisse de l'amour que l'on entretient voluptueusement (ce mortel ennui, la chanson de Prévert...etc), les vertiges de la passion, l'alcool. Tout cela serait très commun comme thèmes sans le traitement qu'il réserve à ces thèmes. En parlant d'engagement le petit Lulu Ginzburg état à la fois un petit bourgeois balzacien et un poète du micro.
Il chantait des chansons stupides et guillerettes quand tout allait mal, pleines de malheur lors des trop-pleins de bonheur. Comme tout les cyniques, Gainsborug angoissait surtout. Pour lui, on repense à la citation de Swift que John Kennedy Toole met en exergue de "La conjuration des imbéciles": "Quand un génie apparaît en ce monde, on le reconnaît au fait que tous les imbéciles sont ligués contre lui". Gainsbourg était de la même espèce que Kennedy Toole il est vrai, de ces artistes sensibles de manière suraiguë incapables de s'adapter à un monde où dominent la médiocrité et la fadeur. Mais il y aussi le fait que parfois le imbéciles invoquent cette phrase pour expliquer leurs échecs : "c'est parce que je suis génial que je n'ai pas de succès". Gainsbourg n'était tout le temps un génie, il lui arrivait d'être très con, il revendiquait lui-même le droit à la connerie de temps en temps. Quand il pond des ritournelles pour France Gall, il ne se foule pas trop, encore faut-il avoir le talent d'atteindre cette simplicité. Il a dû recycler la musique des "coeurs verts"  et du "Jardinier d'Argenteuil" au moins une dizaine de fois, de "Je t'aime moi non plus" à "Tenue de soirée".

Dans notre société, la reconnaissance c'est vendre des tombereaux d'albums, des quintaux de bouquins, des kilos de peintures, on oublie que Julien Gracq, par exemple, ne vendait que peu d'exemplaires à chaque livre. Ce n'était pas un écrivain "bankable" qui disait en plus des horreurs ensuite à la télévision pour se faire encore un peu plus de fric, quitte à se plaindre de ne jamais être invité. Mais plus tard, on se souviendra de Gracq pas des ex-informaticiens ou des philosophes en col claudine. Je pense que Gainsbourg était assez fin pour le savoir, de là son obstination à répéter que la chanson est un art mineur. A la fin c'était une épave, "le seul génie qui ressemble à une poubelle et qui aime ça" et ses chansons sombraient dans l'anecdote.


Titre : Gainsbourg sans filtre | Auteur : Marie-Dominique Lelièvre | Editeur : Flammarion

Ci-dessous une belle chanson avec Anna Karina (A propos ce sera quand que France Télévisions se décidera à sortir le dévédé de la comédie musicale "Anna" ?


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