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Philip K.Dick : démiurge et loser magnifique

Publié le 25 octobre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

dick.jpgOn en revient toujours à ses premières amours littéraires, en l'occurrence pour moi Marcel Aymé et Philip K. Dick. Quand je sens monter en moi de la rancœur, de la désillusion, ou la tentation stupide de la jalousie, je pense à la vie de cet auteur, qui a toujours couru après l'argent, toujours fauché, à la fois mesquin, après ses divorces, et prodigue, qui n'a eu que vers la fin, juste avant sa mort, un peu d'argent grâce à l'adaptation de « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » soit « Blade Runner ». Ce n'est pas si grave de ne pas connaître les ors des salons et les conversations mondaines si l'on s'évertue à continuer de développer ses dons. Mais comme à notre époque, la célébrité même pour rien, même pour un crime, s'avère être le nirvana de la confusion des valeurs, l'on ne comprend plus cela. Et Internet y encourage, grouillant de génies méconnus en quête de la reconnaissance du plus grand nombre tout en se flattant de ne pas en faire partie. C'est normal de rechercher la reconnaissance du plus grand nombre, c'est légitime, mais ce n'est pas le but. Souvent le désir de reconnaissance provoque des bouffées d'agressivité nauséeuse et de haine rance qui ceux qui n'atteignent pas leur but. S'ils ne réussissent pas dans le domaine dont ils rêvaient ce n'est pas de la faute de leurs talents mais celle des autres, tous les autres, c'est la censure, ou alors on invoque le politiquement correct, qui a bon dos. Ou bien enfin, on trouve que le reste du monde est vraiment trop con.

Philip K. Dick écrivait sans cesse, c'était vital pour lui, comme respirer, boire ou manger. Je ne sais pas si c'est l'addiction au blog mais pour moi c'est devenu important d'écrire chaque jour, et d'être un peu lu. Bien sûr, l'on accuse souvent cet auteur d'être un fou, un déjanté du fait de son originalité qui, de nos jours, se comprend par « ressembler à tout le monde en ayant l'air de ne ressembler à rien ». Qui est-ce qui est fou ? Le trader irresponsable qui risque le budget d'une nation pour s'en mettre plein les poches, ou celui qui sait faire preuve d'imagination et ouvre par celle-ci des portes sur l'univers et les autres. Cela ne fait pas très longtemps que les pseudo-réalistes, les gens raisonnables se sont imposés autant rejetant tous ceux qui leur semble être différents. Pour ma part, je ne suis pas vraiment un fanatique de mai 68 mais il y avait encore dans les années 70 et une bonne partie des années 80 des restes d'idéaux qui volaient un peu plus haut que le bitume, des utopies qui faisaient encore un peu rêver les adolescents.

Le poster « Why », ou celui qui montrait un militant des Brigades Internationales fauché pendant un assaut, que beaucoup d'ados avaient dans leur chambre étaient peut-être un peu ridicule parfois, un peu naïf certes, maintenant il fait ricaner cyniquement ceux pour qui le but de leur vie est de se trouver une planque et de se faire du fric, ceux qui n'y arrivent pas devenant fous, un tiers des français souffrent d'affections psychologiques ; ceci explique peut-être cela. , mais maintenant, l'on justifie des guerres au nom de l'intérêt de l'Ouest et on tremble surtout pour son confort matériel et intellectuel. Il faut dire que maintenant les adolescents jouent à la guerre parfois cinq heures par jour sur l'ordinateur, la guerre c'est devenu cool, on apprend à la faire pour de vrai également sur consoles, et ils se fichent complètement de savoir ce qui s'est passé pendant la Guerre d'Espagne, de l'expérience de Catalogne à la communion de sensibilités parfois à l'opposé les unes des autres mais unies par l'amour de la liberté.

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Pour Philip K. Dick, le mal ultime, c'était une espèce de clone de Nixon mâtiné de Georges W. Bush, le fameux Ferris F. Fremont qu'il imagine dans un de ses romans, "Radio libre Albemuth", un de mes préférés. C'était la fin de la guerre du Vietnam, en attendant le débâcle de Saïgon, et la société préconisée par Nixon avant sa démission et par Ford ensuite, tournée vers l'argent, la spéculation à outrance, le commerce affranchie de toutes limites, mais puritaine et étriquée intellectuellement, notre société de 2008 en somme. Même si c'était à Berkeley dans la baie de San Fransisco chez ceux que les réalistes ont considéré longtemps et encore maintenant comme des parasites poétiques, des personnes infantiles. Il faut bien reconnaître que ce sont les rêveurs qui avaient raison quand il décrivaient leurs cauchemars sur le futur possible du monde dans lequel il vivait. Et ce que vivent les personnages d'« Ubik », ou du « Dieu venu du centaure » ressemble beaucoup à ce que nous vivons. Le présent semble perpétuel, personne ne se soucie du passé, encore moins du futur, seul compte la satisfaction égoïste des désirs du moment, que ce soit une impulsion grégaire ou individuelle. Dick l'écrit en décrivant des mondes délirants et absurdes. Cela ne semble pas sérieux car peu savent vraiment percevoir le néant qui les agite, comme si ils étaient manipulés par un demi-dieu débile comme Philip K. Dick en imaginait. Lire Dick, se renseigner sur sa biographie, c'est aussi essayer de comprendre ce qui est réel, ce qui ne l'est pas, ce qui fait que l'on est vivant, et ce qui fait que l'on est déjà mort.

site dickien

Deux photos : Dick jeune, dans la maison que l'on retrouve dans "Confessions d'un Barjo", et un simulacre électronique de l'auteur ; je suis certain que l'idée lui aurait plu tout en l'effrayant.


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