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"Que reste-t-il de la culture française?" (Réponse: pas grand chose!)

Par Lise Marie Jaillant

"La mort de la culture française", ça vous dit quelque chose? C'était le titre d'un article du Time de novembre 2007, qui avait valu à son auteur Don Morrison une volée de bois vert dans les médias. Eh oui, les Français ont le droit d'être masochiste et de regarder en face le déclin de leur culture (c'est d'ailleurs un des fonds de commerce de mon blog). Mais pas question pour un Américain de donner des leçons de culture aux Frenchies!

Don Morrison revient donc sur son lynchage médiatique dans "Que reste-t-il de la culture française?", publié chez Denoël. L'interview qu'il a accordée au Magazine littéraire (n°479) donne le ton:

"Peu [de livres français] auront la moindre chance d'être lu en dehors de la France. C'est une tragédie, due en partie au déclin du français comme langue internationale, et en partie à l'insularité des écrivains français. Trop de romans français sont des expérimentations introspectives et des autofictions nombrilistes déconnectées du monde réel. Où est le Zola d'aujourd'hui? Où sont les Balzac, les Hugo contemporains? Le seul écrivain français qui ait récemment conquis la scène internationale, c'est Irène Némirovsky, morte il y a plus d'un demi-siècle."

Et malheureusement, ce n'est pas l'attribution du prix Nobel à JM Le Clézio qui va changer grand chose à ce constat. Moins d'un mois après l'obtention du prix, les journaux britanniques et américains sont muets sur un auteur qui, il faut bien le dire, n'intéresse qu'une petite élite "déconnectée du monde réel".

Mais revenons à l'essai de Don Morrison. Sa contribution est suivi d'un texte d'Antoine Compagnon, professeur à la Sorbonne et à Columbia. Et comme tout Français qui a fait l'expérience de la vie à l'étranger, Antoine Compagnon a du mal à comprendre le nationalisme fermé de ses compatriotes. Après le scandale de l'article du Time, Le Monde lui avait demandé d'écrire un article, article qui lui a valu une série de lettres indignées:

"Je me suis rendu vite compte que j'avais été à peu près le seul à ne pas donner tout à fait tort au journaliste de Time, sans pourtant le suivre jusqu'au bout dans son argumentation. [...] De retour à Paris après la bataille, je trouvai dans mon courrier pas mal de lettres [...] qui s'en prenaient à ma critique du Monde. Pour la plupart, leurs auteurs étaient animés d'un anti-américanisme assez franc, endémique en France. Une de mes phrases les avait spécialement fâchés, celle où, donnant acte à Donald Morrison de l'attrait modeste du roman français contemporain, j'avouais que je lisais 'le dernier Philip Roth, Pynchon ou DeLillo plus volontiers que la dernière autofiction germanopratine, facétie minimaliste, ou dictée post-naturaliste'. La moutarde en était montée au nez de mes interlocuteurs, mais c'était surtout l'allusion à Philip Roth qui les avait indignés - je fais l'hypothèse que les deux autres noms ne leur disaient rien -, et ils m'opposaient tel ou tel écrivain rare, gentil et innofensif, au nom de la défense de la langue française: 'Je donnerai tous les pavés indigestes de Roth, dont je n'ai jamais pu finir aucun, pour quelques pages touchantes de Paul Maçon sur un crépuscule de Châteauroux', m'écrivait l'un deux."

Un crépuscule de Châteauroux? Effectivement, ça ne risque pas d'enflammer la jeunesse lettrée new-yorkaise. Le déclin français a des beaux jours devant lui...

Si vous voulez lire un extrait plus long de "Que reste-t-il de la culture française?", rendez-vous ICI (format PDF).

Donald morrison, "Que reste-t-il de la culture française ? suivi de Le Souci de la grandeur" par ANTOINE COMPAGNON, traduit de l’américain par Michel Bessières, septembre 2008, 210 pages, 13,00 €


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