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De ma Bibliothèque (2) : "Poète ! scène dramatique en vers" (Ghio, 1883)

Par Spiritus

C'est une des plaquettes dramatiques dont parle Ajalbert dans ses Mémoires en vrac. "Scène dramatique en vers", in-16 de 22 pages, signée Paul Roux, éditée chez Auguste Ghio (Paris), à compte d'auteur, elle est sortie de chez l'imprimeur typographe et lithographe F. Guy, installé à Laigle, à la fin de l'été 1883. C'est la quatrième publication parisienne du jeune Provençal. Du même auteur, ont déjà paru :
- Maman ! naïveté en vers, dits par Mlle Marie HAMANN, de l'Opéra, in-18. (Ollendorff, éditeur).- Garçon d'honneur ! odyssée en vers racontée par M. E. HOMERVILLE. (Dessins de Ricaud), in-18. (Ollendorff, éditeur).- Un drôle de mort, saynète bouffe, interprétée par GALIPAUX, du Palais-Royal, in-8. (Auguste Ghio, éditeur).
Par ailleurs, une autre plaquette, intitulée Je t'aime ! couplets, est annoncée "sous presse". Cette dernière n'est pas conservée à la BNF. A-t-elle paru ? Voilà qui est bien difficile à déterminer. Dans Garçon d'honneur !, outre Maman ! et Poète !, étaient également donnés "du même auteur" : Le vieux chasseur, récit dramatique en vers, et Raphaëlo le pèlerin, drame en 5 actes (nouvelle édition). De cette pièce de jeunesse, composée par Paul Roux au cours de sa scolarité au Collège des Minimes de Fourvières (Lyon), il existait déjà deux éditions anciennes; la première (1879), issue des imprimeries de H. Olivier, reproduisant le manuscrit autographe en fac-simile, est conservée à la BNF; la seconde, copubliée par Josserand, à Lyon, et Pinet, à Marseille, date de 1880; mais aucun indice ne permet de conclure que le poète, une fois sur Paris, réédita son drame de collégien. Quant au Vieux chasseur, je n'en ai, pour l'heure, trouvé aucune trace, ni dans les bibliothèques, ni ailleurs. Pas plus que des autres titres signalés "sous presse" ou "pour paraître prochainement" dans Garçon d'honneur ! : La Manche, opérette (musique de Trave); Les Cloches de Tolède, drame en un acte; Un bain de mer, pièce en un acte; Hussards et Voltigeurs, opéra-comique; Zouave et Moricaud, bouffonnerie musicale.
A cette liste, il faut ajouter la plaquette citée par Ajalbert dans l'extrait que je reproduisais en un billet précédent : Rêve de Duchesse, ballade, dite par Mme Worms-Baretta, de la Comédie-Française (Ghio, 1884). La BNF n'en possède pas d'exemplaire, mais j'en ai, il y a quelque temps, retrouvé un compte rendu dans une revue de l'époque, qui prouve sa parution. La liste des publications de jeunesse certifiées est donc la suivante :
- Raphaëlo le pèlerin (1879-1880)- Maman ! (1883)- Garçon d'honneur ! (1883)- Poète ! (1883)- Un drôle de mort (1884)- Rêve de duchesse (1884)
Mais cette liste reste ouverte...
Ce qui frappe à la lecture des descriptions qui précèdent, c'est l'intérêt, très tôt affirmé, de Paul Roux pour le théâtre et/ou la mise en voix du texte poétique. A l'exception de la première, toutes ces plaquettes sont des monologues; et si un mendiant intervient dans Poète !, c'est hors-scène, le protagoniste entendant son chant de la mansarde qu'il habite. Deux constantes de l'oeuvre future de Saint-Pol-Roux se dessinent donc déjà : l'ambition dramatique, dont La Dame à la Faulx, maintes fois remises sur le métier, constituera le symbole, et la conception du monodrame, dont les monologues de jeunesse forment les premières approches.
La Dame à la Faulx, cette "tragédie intérieure", le Magnifique voulait en faire l'Hernani du symbolisme, se référant à son premier maître, Victor Hugo. Poète ! lui est dédié : "A Victor Hugo/Au Maître,/le disciple reconnaissant,/Paul Roux." Le point d'exclamation du titre vaut cri, affirmation, revendication : avec cette plaquette, placée sous le signe tutélaire du grand romantique, Paul Roux se définit, une fois pour toutes, en tant que poète, délaissant toute dés-orientation de sa vocation - rappelons qu'il est alors étudiant en droit. La scène présente un poète en proie au manque d'inspiration, et à la misère. Il recherche, dans sa mansarde, un morceau de pain qu'il finit par trouver; mais, au moment de l'engloutir, il entend, venant de la rue, ses Stances aux Mendiants; il comprend alors qu'il est riche, sa poésie permettant au mendiant, à qui il cède son crouton, de gagner sa vie. Dès lors, oubliant sa souffrance, illuminé, il peut se remettre à écrire "avec vertige" :
"Un jour nouveau se fait... Je vois... Le dieu m'inspire...Je prends un libre vol... C'est du feu ! du délire !Dans mon cerveau brûlant un vin a fermenté.Le soleil soit béni ! Ma lyre va chanter."
L'influence de Hugo est évidente, dans cette scène dramatique en vers, riche en antithèses, mais la philosophie de la charité, nazaréenne, qui s'en détache, annonce déjà, promesse de chant, les poèmes à venir.

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