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Tant d'égards d'Egar Tant pour Saint-Pol-Roux-le-Magnifique

Par Spiritus
Alors que je travaille au prochain numéro du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, qui sera un essai de reconstitution de la bibliothèque du poète, je déniche sur un site internet ce recueil, que j'ignorais et dont le vendeur a eu la judicieuse idée de préciser dans sa notice qu'il comportait une dédicace imprimée à Saint-Pol-Roux. Voilà qui suffit à me pousser à la dépense. D'autant que le nom de l'auteur ne me semblait pas complètement inouï. Qui fut Edgar Tant ? D'après les rares informations glanées çà et là, il fut poète ; né en Belgique en 1889, s'adonnant essentiellement au vers - du genre plutôt régulier - et au théâtre. Voici, d'après le catalogue collectif de France et quelques bibliothèques belges, les titres qui composent sa conséquente bibliographie :
  • L'Extase Fatidique, Editions de la Belgique artistique et littéraire, Bruxelles, 1911.
  • Les Feux-Follets, C.H.J. Van Benthem Jutting, Pays-Bas, 1915.
  • L'Exil à Veere, deux actes en prose, S. L. van Looy, éditeur, Amsterdam, 1916.
  • Quelques poèmes, imprimerie de A. N. Govers, La Haye, 1917.
  • L'Ombre sur notre âme, imprimerie A. N. Govers, La Haye, 1918.
  • Exode, octobre 1914, J. Lebègue et Cie, Paris, 1919.
  • Le Roman d'un Gantois, Paris, 1919.
  • Quatrains, Editions de La Revue littéraire et artistique, Paris, 1923.
  • Le Rythme de la Vie, R. Chiberre éditeur, Paris, 1924.
  • Les Désirs et les Regrets, poèmes, imprimerie de L. Van Melle, Gand, 1927.
  • La Sagesse du poète, La Renaissance du livre, Bruxelles, 1928.
  • Les Précurseurs, drame, chez l'auteur, Laethem-Saint-Martin, 1930.
  • Cent quatrains, imprimerie L. Van Melle, Gand, 1930.
  • Trois drames : Les Précurseurs, la Pitié suprême, le Chant du cygne, avant propos d'Hector Rabier, imprimerie de L. Van Melle, Gand, 1932.
  • Trois nouveaux drames : le Rouet, la Méprise, Nuit d'orage, chez l'auteur, Laethem-Saint-Martin, 1933.
  • L'impromptu de Saint-Bon, farce en 1 acte, chez l'auteur, Laethem-Saint-Martin, 1934.
  • Trois drames : Télépathie, le Bonheur perdu le Poison et Trois comédies : le Nuage, la Visite, un Mécène, chez l'auteur, Laethem-Saint-Martin, 1934.
  • Drames et Comédies, Les Editions de Belgique, 1937.
  • Le Poème de la Lys, chez l'auteur, Laethem-Saint-Martin, 1939.
  • Choix de poésies, La Renaissance du Livre, Bruxelles, 1943.
  • Un grand poète : Iwan Gilkin, imprimerie de L. Van Melle, Gand, 1945.
  • Le Dernier Chant, imprimerie de L. Van Melle, Gand, 1946.
  • Dix-sept chansons. Maeterlinckades, A. Hoste, Gand, 1951.
  • La Muse pensive, imprimerie de Vyncke, Gand, 1953.
  • Le Crépuscule des Soirs, édité par Mme Berthe Brevée-Copijn, slnd.
Quantitativement, c'est pas rien... pour un inconnu. Mais à y regarder de plus près, on serait tenté de conclure que la plupart des titres cités furent publiés à compte d'auteur. C'est vrai pour ceux qui le spécifient en toutes lettres ; c'est vrai aussi, sans doute, pour tous ceux sortis d'imprimeries (Van Benthem Jutting, Van Melle, de Vyncke) ; c'est vrai, à coup sûr, pour notre recueil - l'éditeur Chiberre, associé ou non avec Sansot, étant spécialisé dans le compte d'auteur - recueil modestement intitulé : Le Rythme de la Vie.

De là à penser que M. Edgar Tant avait quelque argent qu'il investissait dans l'immortalisation de ses ébats avec les muses, il n'y a qu'un pas, qui est, désormais, franchi. Le souci bibliophile, ostensible dans le recueil de 1924, ne trompe pas. Le Rythme de la Vie fut tiré à 300 exemplaires numérotés et signés (sauf le mien, apparemment, n°179) sur (luxueux) Papier de Montval à la cuve et à la forme des fabriques (prestigieuses) de MM. Gaspard-Maillol et Pierre Térouane. Et c'est un grand format très aéré de 70 pages. Dommage que les vers y contenus ne soient pas à la hauteur de l'écrin. Le volume s'ouvre sur un quatrain de La Fontaine (Tant aimait beaucoup les quatrains), suivi d'un distique introduisant deux "Sonnets à Alfred de Musset" qui donnent le ton. C'est de la poésie sentimentale, nostalgique, un peu languissante, qu'épicent des pincées (et non : pensées) philosophiques de ce style :
"L'homme, toujours, partout va cherchant le bonheurMais il faut pour l'atteindre, être simple de coeur."
ou
"Quoi que l'on dise et que l'on fasse,L'homme est si triste au fond du coeur !L'espérance prend tant de placeQu'il en est peu pour le bonheur."
C'est beau comme... du Sully-Prudhomme, souvent. Heureusement, il y a parfois des accents de révolte, qui eussent griffé l'attention trente ans plus tôt, et qui ne sont que bienvenus en 1924.
"Pendant que, sans réponse, il implorait le ciel,Au mont des Oliviers, préface du supplice,L'heure vint, où Jésus repoussa le caliceQue le suprême doute avait empli de fiel.
Marqué par le berceau du signe originel,Il sentit tout le poids de son vain sacrificeEt le coeur lui manquer au bord du précipiceSans rien pouvoir, hélas ! pour son frère charnel.
L'orgueilleuse impudeur de la beauté parfaiteToujours se moquera de tes conseils, prophète,Pour qui tout ce qui fait la vie est malséant.
Avec tous les faux dieux rentre dans la poussière !La loi du rut, malgré tes assauts, reste entièreEt ta croix voit surgir un Priape géant !..."
Ce dernier tercet, et quelques autres vers, sauvent le recueil de l'indifférence littéraire. Que vient alors donc faire le nom de Saint-Pol-Roux en tête du Rythme de la Vie ? Hors un vague substrat philosophique, on ne voit guère ce qu'ils peuvent bien partager poétiquement. Mais je juge trop vite. La lecture d'un seul recueil ne permet de trancher. Il faudrait lire les drames - l'influence idéoréaliste s'y fera peut-être mieux sentir - car le bon Tant n'avait-il dédié son volume de 1924 - quelques mois après que Breton eut dédié à Saint-Pol-Roux son Clair de Terre, autrement décisif, -

Et il faudrait lire aussi cet autre recueil de deux cents quatrains philosophiques : La Sagesse du Poète (1928), qui figurait dans la bibliothèque du Magnifique, sans envoi d'Edgar Tant, mais avec cette autre enthousiaste dédicace imprimée :
"A Saint-Pol-Rouxle Magnifique,le Michel-Ange de la Poésie"
Qu'on se le dise. Alors qu'en France, les surréalistes s'insurgeaient contre l'oubli dans lequel les contemporains tenaient Saint-Pol-Roux, il y avait, en Belgique, un admirateur fidèle, un poète, dont j'aimerais en savoir plus, qui publiait des pièces et des vers, presque tous à compte d'auteur, et qui inscrivait à leur seuil des dédicaces définitives.
***
Nota/Appel à contributions : Le troisième numéro, "La Bibliothèque de Saint-Pol-Roux", du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, s'ouvre aux collaborations. Pour pallier l'impression fatale de catalogue, seront insérées dans la livraison des contributions sur les thèmes suivants : "Saint-Pol-Roux & le/un livre", "Saint-Pol-Roux & la bibliophile/le(s) papier(s)", "Saint-Pol-Roux lecteur/et la lecture", "Saint-Pol-Roux dédicataire", autour donc du livre comme objet et comme notion (mallarméenne, entre autres) ; autour de la lecture, comme activité et pratique individuelles, privées, et comme réception pouvant donner lieu à une production critique. Pour une question matérielle, les articles ne devront pas dépasser les 6000 signes, espaces compris. Toutes les formes, narratives, poétiques, critiques ou graphiques sont acceptées.
Les propositions (titre provisoire ou définitif, résumé en deux ou trois phrases) sont à envoyer, avant le 15 novembre 2008, à harcoland@gmail.com. Le n°3 devant paraître aux alentours de noël, les contributions seront à adresser avant le 10 décembre 2008. Pour plus d'informations ou de détails, envoyez-moi un courriel à : harcoland@gmail.com.

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