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Enseignement du "creative writing": the good, the bad and the ugly

Par Lise Marie Jaillant

Creative_writing Mieux vaut tard que jamais! La presse française s'intéresse enfin aux cours de creative writing, qui sont devenus incontournables au sein des universités anglo-saxonnes (voir l'article du Monde ICI, et le dossier complet LA).

Comme vous le savez, je me suis confrontée de près au sujet, puisque j'ai suivi des cours d'"écriture créative" à Birkbeck College, University of London. Disons-le tout de suite: je n'ai pas été satisfaite de l'expérience. L'article du Monde, qui cite abondamment Russell Celyn Jones (le directeur du Master de creative writing de Birkbeck), est parfaitement trompeur sur plusieurs points:

  • Sur l'exigence du cours. On peut très bien obtenir un diplôme de creative writing à Birkbeck en n'ayant rien écrit en un an. Les exigences sont tellement faibles - deux/ trois nouvelles sur trois semestres - que certains ne se fatiguent même pas à produire du neuf. Une de mes amies a ainsi refilé des nouvelles qu'elle avait écrites l'année précédente, en les retravaillant un peu. Bref, on ne peut pas dire qu'on se tue à l'effort!
  • Sur la qualité des enseignants. J'ai rarement des enseignants si peu impliqués. Russell Celyn Jones est très occupé à écrire ses articles au Times et au Guardian, sans oublier ses extras au Booker Prize. On sent que l'écriture tient une place très secondaire dans sa vie. Quant l'enseignement...ah oui, c'est sympa Birkbeck, on a un bureau bien chauffé à Bloomsbury...Le reste du corps enseignant est du même calibre: aucun travail, aucune pression pour écrire. Un roman tous les cinq ans, ça suffit largement pour rester prof de creative writing.
  • Sur la sélection des étudiants. R.C. Jones prétend qu'il opère une sélection drastique pour garder 30 étudiants. Bullshit! Je ne connais pas un seul candidat qui ait été refusé dans son cours. Il suffit de sortir sa carte de crédit pour rentrer (et les frais ne sont vraiment pas donnés: £ 6690 pour un an d'enseignement, soit environ 7930 euros).
  • Sur la publication. Encore des mensonges (que la journaliste du Monde ne s'est pas donné la peine de vérifier). Il suffisait pourtant d'aller sur le site de Birkbeck pour se rendre compte que la liste des anciens élèves n'est pas vraiment fantastique: quatre ex-étudiants ont été publiés depuis 2004 (dont un dans la maison d'édition qu'il a créée...) Donc quand Mr Jones prétend que six étudiants sont publiés chaque année à Birkbeck, je me marre!

En lisant ça, vous allez penser qu'après une expérience pareille, je déteste maintenant le creative writing. Pas du tout! J'aime toujours autant me plonger dans un bon manuel, comme celui écrit par Bob Mayer. Et je pense - j'espère - que certaines universités font un vrai travail d'enseignement de la discipline: par exemple, East Anglia (Angleterre) ou Iowa Writers' Workshop (Etats-Unis).

Bref, le creative writing est une matière encore jeune, qui doit se professionaliser. Et je croise les doigts pour qu'un véritable enseignement de l'écriture apparaisse bientôt en France (et que les pathétiques "ateliers d'écriture" à la François Bon soient relégués aux oubliettes...)

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