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Saint François relooké

Publié le 25 novembre 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

Saint%20Francois%20et%20les%20oiseaux.gifSaint François d'Assise, on l'aime bien encore maintenant dans la société. Il est mieux vu que Saint Paul ou Saint François de Sales. On retient de lui les petits oiseaux, les petits n'enfants, les petites fleurs. On en fait un saint aux bonnes joues rouges, une sorte de hippie avant la lettre qui mendiait et s'amusait avec ses disciples. J'ai horreur de ses images des saints sortis d'une légende dorée confortable. Je constate également toujours une différence majeure entre les photos de Sainte Thérèse de Lisieux et ses représentations diverses, la plupart du temps d'une mièvrerie sans pareil. C'est ce genre d'image qui permet de ne pas trop approfondir, de pas aller vraiment plus loin que ça. Ceci posé, il ne faut pas non plus trop mépriser la spiritualité parfois kitsch des petites gens, elle a certainement autant de valeur que les procrastinations intellectuelles ou se voulant telle de l'un ou l'autre théologien moderne et distingué.

Un auteur, Sébastien Lapaque, que j'ai défendu sur zazieweb ou ici, dont j'aime bien les nouvelles, ses livres sur Bernanos, ou encore sur le bien vivre gastronomique ou oenologique, le fait revenir à notre époque et réagir à l'interdiction de la mendicité dans sa ville, Assise. Personne ne l'écoute et ne s'en soucie, il s'adresse alors aux fusées et aux oiseaux. C'est très beau, un beau vitrail cependant. Ce genre de livre, je l'aurai beaucoup plus facilement il y a quinze, vingt ans, maintenant, peut-être ais-je mûri, peut-être suis-je plus cynique ?

L'interdiction de la mendicité est scandaleuse, c'est vrai et parfaitement inverse à la spiritualité du saint, mais il faudrait se demander d'où elle vient. La ville n'est plus gouvernée par des institutions chrétiennes, Saint François y fait partie du commerce et du paysage, ce n'est qu'un élément de la chaîne financière, comme à Jérusalem, les monuments saints font tomber une manne surtout financière. L'instinct de lucre, l'appât du gain, la cupidité, la sottise des nantis, cela existait déjà de son temps et la mendicité y était souvent considèrée comme un délit puni, excepté certains lieux autorisés et à certaine occasions religieuses. Et de son temps, pour ses contemporains, François était un fou, un fou qui refusait de s'enrichir et de ne vivre que pour être bien considèré des puissants ou de ses voisins. Croire qu'elle est encore plus scandaleuse maintenant car nous serions plus évolués sur le plan intellectuel et sociétal, c'est croire qu'il y a eu un progrès des consciences et de la nature humaine gràce au christianisme entre autres, réduit à une idéologie, alors que celle-ci n'a pas vraiment progressé même si il y a eu quelques progrès formels.

Nous pouvons nous voir certainement comme moins hypocrites que les privilégiés du Moyen Age puisque notre société actuelle n'a plus comme valeur que l'argent et ce qu'il permet : réussite sociale, statut enviable et consommation toutes voiles dehors. Il y a aussi que la foi n'est pas quelque chose de social, n'est pas une idéologie, qu'elle ne s'arrête pas à la sortie de la messe, que donner une ou deux piécettes au pauvre à l'entrée de l'église, ou pendant la quête, c'est bien, mais insuffisant. Saint François est surtout, avant d'être une sorte de clochard poètique, un modèle de radicalité évangélique, et humaine ; et que loin des belles images marquées de sensiblerie, il a vécu les mêmes souffrances que son modèle. Ce n'est pas la voie que tout le monde peut choisir, tous ne sont pas faits pour vivre les mêmes choses. Ce qui pose problème actuellement c'est la désagrégation du lien social, communautaire et spirituel puisque bien souvent, et malheureusement, la foi n'engendre plus de sentiment d'appartenance à une communauté (il ne faut pas rappeler ce simple fait qui est souvent raillé surtout car il met en lumière le profond égoïsme...des railleurs loin du personnage qu'ils s'autorisent à jouer). Enfin, François n'est pas un pur esprit, comme on nous le montre souvent à travers la spiritualité désincarnée de notre époque, parfois même évaporée, François devient une sorte d'ado rebelle assexué et gentillet ; il connaissait le sens profond de l'incarnation et ceci, Rossellini le montre bien dans son adaptation des "Fioretti" (voir extrait ci-dessous). La radicalité évangélique des "Fioretti" c'est aussi de montrer que la foi n'est pas seulement un beau discours, c'est la proximité avec ceux que l'on aime, voire avec ceux que l'on a plus de mal à aimer, et que rien de ce qui est humain ne devrait être étranger à un chrétien.


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