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Galères de femmes

Publié le 14 décembre 2008 par Vanillette
Le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, construit au cours des années 60, est aujourd’hui en situation de surpopulation, ce n’est pas un secret. Selon le Ministère de la Justice (bizarrement, je n’ai trouvé que cette source), 3800 personnes seraient détenues dans cet établissement pour une capacité d’accueil de 2855 places. L’établissement compte la Maison d’Arrêt pour les Hommes, la Maison d’Arrêt pour les Femmes (la MAF) et le Centre des Jeunes Détenus (CJD) pour les jeunes de moins de 21 ans.
Fleury-Mérogis a notamment été créé pour désengorger le centre pénitentiaire de la Santé et pour proposer un modèle de modernisation en France. Nous connaissons aujourd’hui l’état général des prisons en France et nul besoin de préciser que Fleury-Mérogis n’a pas été l’exception espérée. En effet, surpopulation, mauvaise formation du personnel, manque de reconnaissance, concentration des individus, etc… ont finalement fait de Fleury un sujet à documentaires, suivi de près par des sociologues ou des journalistes pour dénoncer, une fois de plus, la "honte de la République[1]".

Galères de femmes
Jean-Michel Carré
Les films Grain de Sable
Pendant deux ans au cours des années 90, Jean-Michel Carré a suivi sept détenues de la prison Fleury-Mérogis, taisant son propre commentaire pour laisser la place à un langage fort et véritable.
Laurence, Cathy, Isabelle, Sylvia, Christiane, Fouzia et Sylvie... Elles sont toutes passées par Fleury-Mérogis et racontent dans ce documentaire le quotidien banal de la prison, les difficultés de la réinsertion, les espoirs de "l'après", les erreurs de "l'avant".
Il y a celles qui, après plusieurs passages en milieu carcéral, racontent les espoirs déchus ; l'inaliénable retour à la toxicomanie dès la sortie, à celui des trottoirs de Paris, aux vols ou autres voies de survie. Il y a celles qui vivent leur(s) première(s) incarcération(s) et qui, parce que le temps paraît immobile en prison, ont décidé de s'en sortir et témoignent d'envies de reconstruction. "Plus jamais ça" disent-elles.
Sans jugement, la caméra nous fait aborder la notion de réinsertion avec une réalité frappante. Ce documentaire a été tourné dans les années 80 ; les visages ne sont pas ceux d’aujourd’hui, la bande-son est vieillissante, les rues de Paris paraissent anciennes… Pourtant, les mots (oserais-je dire « les maux » ?) sont les mêmes. Malheureusement. Et je crois que c’est ce qui m’a le plus frappé dans ce documentaire.
En effet, pour certaines de ces femmes, il a été possible de rencontrer des personnes humaines au sein du centre pénitentiaire, de pouvoir travailler et s’atteler à une tâche qui occupe et mobilise ou encore de bénéficier d’un traitement de substitution. Reconstruire de maigres bases pour envisager un avenir, une construction de quelque chose… On s’aperçoit qu’à un instant au moins, il y a eu un espoir de reconstruire. Qu’à un instant au moins, ces femmes se sont vues ailleurs, autrement. Et pourtant, parce que ce reportage a été fait sur deux ans, on peut voir de manière très appuyée la fatalité de la rue. Ou plutôt, devrais-je dire, la fatalité de l’errance et de l’absence.
Parce qu’à nouveau, les voilà seules. Et que la prison ne prépare pas à la sortie.
Devons-nous parler d’insertion en prison, pour la différencier de la réinsertion (en société) ? En effet, il me semble important de faire la différence. Toute bonne volonté à l’intérieur n’a pas de poids face à la rue et aux problématiques dans lesquelles sont engorgées ces personnes.
Problématique de l’absence et de la solitude, les repères d’autrefois ont vite fait de rassurer ces femmes qui n’existent souvent qu’à travers leurs addictions. Et la spirale de l’incarcération s’enclenche vite. Tellement vite qu’une d’entre elles a fini par accepter son sort, comme une fatalité. Parce qu’elle a compris qu’à elle seule, elle ne pourrait pas briser le cercle de la marginalité.
Dans ce documentaire, j’ai vu la réinsertion effleurée du bout des lèvres, comme une sensibilité à laquelle on n’ose pas se frotter. Et c’est toujours d’actualité…
Je vous conseille donc vivement ce documentaire de qualité, réalisé par Jean-Michel Carré pour Les films Grain de Sable.
Le DVD propose également un certain nombre de bonus :
  • Les enfants des prisons
  • Les matonnes
  • Laurence (et son parcours troublant, poignant)

Les sources

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[1]
Terme évoqué dans un documentaire diffusé sur Canal + le 14 novembre 2006 « Prisons, la Honte de la République » (Bernard George) et repris par France 5 le 9 novembre 2008 après l’explosion des suicides en prison.

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