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La malédiction du wannabe: comment survivre quand personne ne veut entendre ce qu'on a à dire?

Par Lise Marie Jaillant

Glamour Décidément, ma rubrique "Les Conseils de Wrath" correspond à un vrai besoin: besoin de confier ses galères de wannabes, et besoin de reprendre espoir dans une (hypothétique) publication. Voilà ce que m'écrit Aude:

"J'ai 17 ans, et ça fait un sacré nombre d'années que j'écris. Au début, c'était très mauvais, un fourre tout imbuvable mais j'envoyais néanmoins mes petites histoires aux concours d'écritures pour enfants, que je ratais tous. A 13 ans, j'ai rencontré Alain Carrière à un salon, le manuscrit de mon premier roman, qui lui aussi n'était pas très bon sous le bras. il me dit qu'il serait heureux de le lire. Je jubile, avec ma mère on se dit: "ça y est, je serais éditée!". Et bien non, me dira une lettre plusieurs moi après. Inconsciente, je l'envoie ensuite à l'Ecole des loisirs, même réponse. Je découvre ton blog et m'aperçois que le monde de l'édition peut être très cruel, même pour les petites filles. Ma foi inébranlable que je serai publiée un jour disparait. Un petit éditeur libraire paraît interessé, mais ce n'est que du vent et le manuscrit, que j'ai réécrit des millions de fois moisit dans des cartons. Je ne sais pas si tu ressens ça mais une fois que tu finis un roman, c'est comme si tu avais mis au monde un enfant, c'est assez douloureux et passionnant, mais c'est terrible quand personne ne veut de ton enfant.

Ensuite je me suis mise aux nouvelles, j'ai gagné des concours. Après avoir abandonné le premier, déçue et persuadée qu'en fait il n'avait aucune qualité, j'ai écrit mon second manuscrit Triste Clown. J'étais suffisamment désespérée pour mettre dans ce roman suffisamment d'ingrédients qui le rendraient attirant aux yeux des éditeurs: du sexe, des ados, des riches, des personnages suffisamment divers pour que le plus de gens possibles puissent s'identifier à eux (de la femme aux foyer aux gays en passant par les athées profonds. [...]

Tu n'as pas de baguette magique mais tu donnes des conseils plutôt utiles: figures toi que cette semaine, et c'est un record, j'ai reçu trois lettres de refus pour ce roman, dont la plus "gentille" était celle des éditions Le Dilettante.

Inutile de préciser que je n'ai absolument aucun contact dans le monde de l'édition. Alors que penses tu de l'idée de créer un buzz autour d'un bouquin que personne n'a jamais lu, via divers medias comme internet (blogs, facebook, et autres)? Je crois que c'est la seule solution qu'il me reste!"

Ce que j'en pense? Un livre écrit uniquement pour séduire un éditeur, ou un public particulier, a de grosses chances d'être mauvais. Or dans la façon dont Aude présente son livre, on a vraiment l'impression d'une tentative désespérée et assez naïve pour attirer l'attention et obtenir une publication.

Si je reproduis ce message aujourd'hui, c'est que je crois que nous sommes beaucoup à partager cette "malédiction du wannabe". A mesure que l'on subit les refus des éditeurs, on a tendance à écrire de moins en moins pour soi et de plus en plus pour séduire les autres.

Mon conseil à cette jeune fille serait d'ouvrir un blog: pas tellement pour parler de son livre, mais plus pour satisfaire son besoin d'attention. Car ouvrir un blog, c'est rentrer dans la sphère publique. Et la publication d'un roman obéit au même besoin: celui d'être reconnu et entendu, celui de laisser une empreinte (même temporaire et vite effacée...)

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