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La vérité du père-noël

Publié le 23 décembre 2008 par Vanillette
Il venait d’entrer et il n’en croyait pas ses yeux. Tout son univers de petit garçon aux yeux pétillants venait de s’évanouir dans une sombre trahison. Il se tenait devant la porte, interdit, effaré par ce qu’il voyait. Les débris d’une boule de Noël gisaient à ses pieds et reflétaient dans la fenêtre de la chambre, le plongeant ainsi dans une atmosphère féerique. Ce qu’il voyait là était la pire des choses qu’il avait pu voir dans son infime existence. Il n’aurait jamais du entrer dans cette pièce, il n’aurait pas du…
Les paquets brillaient de serpentins multicolores, il y en avait des gros, certains plus petits mais ils jonchaient la pièce comme une montagne de trésors. Il aurait pu être content, mais non, la vision de cette horreur lui apparaissait comme une violente vérité. La vérité du Père Noël ! Il n’existait pas, l’homme barbu de ses rêves ; il n’existait pas le monsieur à la voix grave qui le faisait frissonner tous les ans ; il n’existait pas le gros monsieur qui rendait les enfants heureux…
Pourtant il se souvenait… L’année dernière, il avait attendu ce moment merveilleux avec un frisson d’impatience. Ce 25 décembre de l’année 1988, ça avait été le plus beau jour de sa vie. Il ne l’oublierait jamais. Il y avait du monde, les verres tintaient au rythme de la joie de Noël, maman riait, il pouvait manger ce qu’il voulait ! Il était excité et heureux. Il était presque minuit lorsque le son s’était tut. Il avait vu les mouvements des invités défiler au ralenti sous ses yeux, il n’y avait plus de bruit… seulement un grésillement comme un appel au mystère. Il s’était dirigé vers la cuisine et s’était avancé vers la fenêtre. Il faisait nuit noire dehors, les étoiles étaient brillantes, éblouissantes. Il avait collé ses petites mains contre la vitre embuée… boum boum… son cœur battait la chamade et il avait appelé doucement, tout doucement : "Père Noël ! Père Noël ! Je t’aime". Une lumière rouge était apparue dans le ciel. L’appel, l’appel au merveilleux. C’était lui ! Les yeux du petit garçon étaient semblables à une paire de billes neuves mais il était temps pour lui maintenant. Il avait regardé une dernière fois la nuit étoilée avant de courir à toute hâte vers le salon où la vie avait repris son cours et où la danse folle des invités avait repris de plus belle. Quand il était entré, il s’était arrêté net. Qu’est-ce que c’était beau ! Sous le sapin éclairé, des centaines de cadeaux pleins de couleurs ; il s’était jeté dessus et avait déchiré les paquets avec la force d’un ogre heureux. Un robot ! Un garage pour ses voitures ! Une voiture télécommandée ! Essoufflé, il s’était tout à coup aperçu qu’il avait encore raté le plus beau :
« - Papa, Papaaaaaaa ! Le père noël, papa ! Comment fait-il pour entrer et sortir si vite ! Je l’ai encore raté… »
Il s’était alors recroquevillé dans les bras de son papa et avait plongé la tête dans sa chemise.
*
Il pleurait. Il comprenait tout maintenant. Tout le monde lui avait menti. Ses parents étaient des menteurs ! Et toute cette fête alors, pourquoi les adultes étaient-ils heureux eux aussi ? Il s’approcha du lit et d’un geste lent, il caressa la surface des paquets tendus sous le papier cadeau. Tout à coup, pris d’une fureur incontrôlable, il tapa des poings, des pieds, de la tête. Ça dura dix bonnes minutes comme cela, dix minutes de rage, dix minutes d’enfance volée. Quand il s’arrêta enfin, c’est parce qu’il était tombé à la renverse, de fatigue. Ses joues avaient rosi, ses yeux étaient rouges de colère et ses larmes l’empêchaient de respirer ; il suffoquait. Brusquement, il vit un voile noir recouvrir le spectacle déchiré qui le rendait si malheureux.
La lumière était rouge.
« - Non, non ! » criait-il en secouant la tête.
Mais plus il criait, plus la lumière s’approchait. Elle était tout près de lui maintenant et sans qu’il n’ait pu comprendre, le Père Noël était apparu, là, face à lui. Il lui tendait la boule réparée qu’il avait fait tomber plus tôt. Le petit garçon se redressa brusquement sur ses coudes :
« - Tu n’existes pas, va t-en, je ne veux plus jamais te voir ! » cria t-il finalement.
Le Père Noël éleva alors la voix, tellement fort que le petit garçon avait comme l’impression que cette voix venait de lui, de son corps exactement, voilà, à l’intérieur de son ventre !
« - Cher petit garçon, ne me vois-tu pas, là ?
- Si, mais c’est pas vrai ! C’est un rêve ! On m’a menti. En fait, il n’y a pas de père noël, rétorqua t-il dans un sanglot
- Et la lumière rouge l’an passé, alors ?
- C’était des étoiles, voilà tout ! Heu… mais comment tu le sais, toi d’abord ?
- J’étais là. A travers la buée, je t’ai vu, petit garçon. Tu m’attendais, j’ai même entendu ton cœur. Et là, tu me vois. Je te vois aussi. Tiens… »
Le Père Noël venait de tendre sa main à l’enfant.
« - Tu es poilu quand même.
- Oui, mon garçon, mes poils me tiennent chaud ; il fait très froid dans mon pays.
- Mais c’est vrai… tu es vraiment le père noël alors ?
- A toi de choisir, mon enfant. Ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans tes yeux. Et… »
Le Père Noël s’approcha du garçon, songeur.
« - Et tu as une lumière rouge dans les yeux. Un petit point brillant qui est presque éteint. Ne laisse pas les adultes enlever cette magie que je vois dans ton regard. Est-ce que tu peux me le promettre ?
- Oui, répondit le petit garçon, avec ce frisson qu’il connaissait si bien »
Et le Père Noël disparut.
Le petit garçon devint un homme. Il rencontra une belle dame avec qui il eut trois enfants. Et chaque année, à Noël, il faisait comme ses parents à qui il en avait tellement voulu ; il préparait les paquets de Noël qu’il cachait dans sa chambre en attendant le 25 décembre. Et chaque année, ses enfants accueillaient la venue du Père Noël avec un frisson magique.
Mais même si lui aussi avait pris la place de ses parents, même si lui aussi était devenu un adulte, il n’oublierait jamais que ce soir de décembre 1989, lorsqu’il avait collé son visage à la fenêtre de la cuisine, il y avait écrit dans le ciel : « Je t’aime aussi ». D’une couleur rouge et scintillante.

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