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Palestine : la haine et l'utopie

Publié le 10 janvier 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

Jerusalem2.jpgEn 1998, quand je suis parti à Jérusalem, on pouvait encore sentir comme quelques restes de douceur de vivre. Les palestiniens pouvaient se promener presque librement, les territoires étant rarement bouclés, et les israèliens allaient faire leurs courses à Gaza ou Ramallah. A l'époque personne n'imaginait que ça pouvait être pire. J'aimais bien aller à Tel Aviv sur le front de mer, flâner en humant l'air de la Méditerranée, écouter le ressac, admirer la beauté des filles qui sont un mélange de tous les peuples de la terre. J'aimais aussi aller à Jéricho boire un jus d'orange glacé (parfois avec un peu d'arak) sur la place et fumer un nargileh en appréciant le moment, sans se soucier du lendemain. Parfois j'avais presque le cafard, il me suffisait alors de grimper quelques marches et de regarder ce que je voyais de ma fenêtre, les collines de Judée, le dôme du rocher, les coupoles du Saint Sépulcre, et au-delà de la ligne d'horizon, il me semblait que tous ceux que j'aimais que j'avais laissé en France étaient tout proches, partageant cet instant précieux. A Jérusalem, à Tel Aviv, a Gaza, on voyait les mêmes constellations et l'air était doux.

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Malheureusement, la sottise, la connerie et l'ignorance crasse étaientt déjà bien implantées à Jérusalem, à Tel Aviv comme à Gaza. Des grosses filles occidentales, souvent le genre bonnes soeurs ratées, de communautés dites jeunes et dynamiques, appelaient la police israèlienne à la moindre parole qu'elle trouvait suspecte, avaient peur de ne pas pouvoir faire leurs dévotions et rameutaient l'armée pour les protéger. On parlait beaucoup de pauvreté, de partage lors de leurs montées au calvaire de manière hypocrite, il eût suffi de tourner la tête, de tendre la main pour pratiquer la charité mais ça elles ne voulaient pas. Il y avait ces prêtres présents depuis trente ou quarante ans, qui ne sortaient jamais de leurs couvents grands parfois comme vingt ou trente logements palestiniens. Elles étaient rares les communautés où de ces clercs s'ouvraient aux gens de cette terre. Il y avait aussi tout ce troupeau d'ignorants, qui chantaient "Evenu Shalom Alechem" en traversant Hébron ou Jéricho, devant des petits palestiniens, sans savoir que ce psaume est maintenant un hymne sioniste et que beaucoup des jeunes de Cisjordanie l'entendaient chanter en prison par leurs geöliers. Il y avait aussi ces occidentaux qui arrivaient de France, d'Europe ou d'Amérique, en clamant leurs opinions pro-palestiniennes et soutenaient finalement le Hamas par bêtise ou inconscience. J'ai le souvenir de ces soirées "spéciale Palestine", où des touristes altermondialistes montrent leurs diapos de voyage en ramenant parfois dans leurs bagages un palestinien qui fait alors office de bon sauvage que l'on expose comme une bête curieuse.

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Un des plus grands scandales étant les chrétiens d'Occident méprisants au dernier degré avec leurs frères d'Orient voire indifférents. J'ai entendu très souvent cette énormité qui voudrait que les églises arméniennes ou coptes soient des résurgences dues aux Etats Unis. Le plus souvent on confond le dialogue oecuménique et le dialogue inter-religieux dans un mode de raisonnement binaire dont la bêtise m'effare à chaque fois : ceux qui ne sont pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous, sont des ennemis, ceux qui ne sont pas catholiques romains exactement comme nous ne sont pas chrétiens. Beaucoup trop également ont de très bonnes intentions, de grandes et belles paroles grandiloquentes mais aucun acte ne suit de manière tangible. C'est de plus toujours une manière de rabaisser un peu ces peuples dans ce qui n'est qu'un néo-colonialisme pleurnichard.
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A Tel Aviv, il faisait bon vivre, mais les marinas ultra-modernes n'étaient que des décors de théâtre, des trompe-l'oeils, je préférais Haïfa, ville où la fraternité entre les deux communautés existaient depuis les grèves des dockers juifs de 1923 en faveur de leurs camarades palestiniens pour qu'il n'y ait pas de ségrégation sociale. La seule et unique solution c'est un état bi-national, il n'y en pas d'autres. En France, on a tort de soutenir la création d'un état palestinien qui serait à ce jour une victoire pour les intégristes musulmans. L'autre question c'est celle du partage équitable des richesses et en l'occurence de l'eau : la nappe phréatique de Jéricho est exploitée aux trois-quart par les israèliens, il y a des piscines olympiques dans les colonies israèliennes pendant qu'à côté des paysans palestiniens perdent des récoltes par manque d'eau. Le blocus empêche l'approvisionnement des territoires qui s'asphixient progressivement et sombrent dans le désespoir. Pour moi le problème palestinien n'est pas un problème abstrait, un cas d'école géopolitique, ce sont des visages, des prénoms, des deux côtés car j'aime ces deux peuples. C'est aussi le fait que je connaissais deux des kamikazes qui sont allés à se faire exploser avec des ceintures d'explosifs aux chek-points israèliens, des filles qui avaient soif de culture, de connaissances et de liberté, l'une d'elles fleurtait pendant mon cours avec un garçon, c'était le seul moment possible. Là-bas, boire un pot entre amis est un geste des subversion aux yeux des plus religieux ou du moins des religieux les plus haineux.

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Depuis que je suis rentré, j'ai essayé de parler du sujet et d'en montrer la complexité : côté palestinien il y a des musulmans et des chrétiens, (23 églises), il y a le Hamas, le Fatah et les fous des "martyrs d'El Aqsa", côté israèlien, il y a quatorze communautés distinctes dont la plupart se détestent cordialement. A propos, ce sont les juifs les plus intégristes qui vont au Mur, les plus ouverts n'y mettent pas les pieds et les loubavich si amusants dans "Rabbi Jacob" sont des barbus comme les autres. Mais cette complexité, personne n'en veut, chacun propose son analyse, son raisonnement parfois simpliste (combien de fois

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ais-je entendu : "il faut qu'ils fassent la paix") ou docte mais abscons. On cite souvent par exemple le "Jerusalem Post" en lien y compris sur Causeur, alors que c'est presque l'organe officiel du Likoud (A propos bien qu'étant fâché avec son auteur surtout à cause de nos egos démesurés, je cite cet article  quand même car je rejoins tout ce qu'il écrit).

Son auteur se demande ce que Bernanos ou Orwell auraient écrit, ils auraient sûrement pensé comme nous que dans ce petit pays c'est l'utopie la solution. Georges Bernanos aurait tonné contre la bêtise triomphante des catholiques occidentaux de Terre dite Sainte : on aurait pu parler aussi de cette "messe des jeunes" préparée pour la venue de Jean-Paul II en 199 par une jeune personne qui ignorait qu'en Palestine le "Credo" se dit en arabe et non en latin. On pourrait parler de tous ces chrétiens passant à côté de rencontres stupéfiantes par peur de remettre en cause leurs préjugés, leurs certitudes confortables. On pourrait parler de ceux qui entendaient Dieu leur parler parce qu'il étaient à Jérusalem. Orwell aurait sans doute tout de suite vu l'iniquité fondamentale du partage des richesses et de l'eau sur la terre de Palestine-Israèl. Il aurait vu l'hypocrisie des militants pro-palestiniens comme des militants sionistes, allumant la violence et la guerre et s'en lavant les mains ensuite en repartant chez eux sans se retourner.

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Et ce qui me choque le plus ce sont ceux qui poussent au fameux chocs des civilisations en ne voyant pas la réalité concréte de cette région, et que rien n'y est complètement blanc ou noir. Saddam Hussein était un dictateur sanglant dont personne ne conteste les crimes mais au moins les filles pouvaient-elles se balader "en cheveux", sans voile, et sans craindre la violence d'un connard qui veut prouver sa virilité en imposant ses idées arbitraires, au moins la laïcité existait-elle un peu, tout comme en Syrie. Mais au nom de ce bien très vague et surtout grandiloquent on a détruit finalement un régime qui protégeait encore au moins un pays, l'Irak, de la bêtise intégriste, en attendant de faire de même en Syrie. Yasser Arafat était corrompu mais au moins il n'appelait pas à la haine aveugle.

Comme on peut le rappeler, la solution est à trouver par les deux parties en présence, mais cela n'empêche pas de rêver de la seule solution de bon sens, qui même si elle s'apparente à une utopie est la seule qui vaille la peine d'être soutenus, et je n'ai pas envie de m'en laver les mains comme un certain Ponce Pilate, gouverneur de la turbulente province de Judée il y a à peu près deux-mille ans.

photos : de haut en bas, Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa vue du temple de la secte des doux dingues Bahaï, de paisibles illuminés, boulevard Rothschil à Tel Aviv, Césarée, le port où je préférais aller et de jolies filles de Tel Aviv en contraste avec une des sinistres rues de Meah Shearim.


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