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Un prix de poésie décérné par l'Académie Mallarmé, enfin !

Par Spiritus
Fin novembre 1937, l'Académie Mallarmé comptait enfin quinze membres, et se positionnait, par son vaillant quorum, entre l'Académie Goncourt et l'Académie française. Quinze membres, fort légitimes pour la plupart, mais quinze membres pour quoi faire ? Il y avait bien eu, au cours de cette première année d'existence, quelques commémorations et événements poétiques, parrainés ou présidés par la jeune académie, mais rien qui laissât aux contemporains l'impression durable de son utilité. N'était-ce pas d'ailleurs le sentiment même de certains de ses membres ? de Saint-Pol-Roux, notamment, répondant laconiquement à Fernand Lot, qui l'interrogeait sur son activité d'académicien : "Nulle". C'est qu'il lui manquait l'essentiel : un prix. Sonnant et trébuchant de préférence, bruyant donc, susceptible de capter l'attention du badaud, friand de classements & déclassements, et celle du poète, aux poches crevées, nécessairement.
C'est à l'étonnant Marcello-Fabri, dont l'influence sur la poésie d'après-guerre (celle de 1914-1918) mériterait d'être sérieusement définie, et à sa revue, L'ÂGE NOUVEAU, - la seconde qu'il fonda, après la très-importante Revue de l'Epoque -, qu'on doit la réparation, en mars 1938, de cet oubli académique bien involontaire (en effet, les quinze académiciens étant poètes, ils avaient eux aussi les poches crevées, nécessairement).

L'Âge Nouveau - n°3 - mars 1938
"L'Age Nouveau fonde un prix de poésie"
Nous avons annoncé dans notre numéro de février que notre publication fonde un prix de poésie de cinq mille francs. Nous sommes heureux d'indiquer aujourd'hui que c'est l'Académie Mallarmé qui désignera le lauréat. Tous les membres de cette Académie composent donc le jury de notre prix de poésie. Le bureau de l'Académie Mallarmé a demandé à M. Marcello-Fabri de se joindre à elle pour le vote. Rappelons les noms des membres de l'Académie Mallarmé : MM. Jean Ajalbert, Jean Cocteau, Edouard Dujardin, Léon-Paul Fargue, André Fontainas, Paul Fort, Ferdinand Hérold, Mme Gérard d'Houville, MM. Maurice Maeterlinck, Albert Mockel, Saint-Pol Roux, Paul Valéry, Valéry-Larbaud (sic) et Ch. Vildrac. Auxquels noms se joindra, au moment du vote, celui de notre directeur littéraire.
Magnifique aréopage qui désignera assurément le plus digne et le meilleur.
Mais, me direz-vous, ô lecteurs vigilants et assidus, il n'y a là que quatorze noms et non pas quinze ! Et oui, il manquait, en mars 1938, un membre, et pas des moindres : le président de l'Académie Mallarmé, lui-même. En effet, Francis Vielé-Griffin était mort quelques mois auparavant, le 11 décembre 1937, laissant orpheline l'Académie nouveau-né, qui n'avait donc pu se réjouir bien longtemps de son quorum, si laborieusement atteint. La Mallarmé avait enfin un prix, mais plus de président. Il fallait donc revoter.
Le Figaro - 12 mars 1938
A l'Académie Mallarmé
Grande activité à l'Académie Mallarmé. Ses membres se sont réunis la semaine dernière à leur siège de la Bibliothèque Nationale et vont se réunir de nouveau samedi prochain (12 mars) pour causer des prochaines élections, lesquelles auront à pourvoir au siège laissé vacant par la mort de Vielé-Griffin, d'abord en tant que membre de l'académie, ensuite en tant que président de celle-ci.
L'ordre du jour comporte également le Prix Mallarmé qu'ils pensent pouvoir décerner assez prochainement.
(A suivre...)

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