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Les Impardonnables de Cristina Campo

Par Juan Asensio @JAsensio
Gustave Courbet, La source de la Loue, 1864Gustave Courbet, La source de la Loue, 1864.
Sur Les Impardonnables [Gli Imperdonabili, 1987] (traduit, magnifiquement de l’italien par Francine de Martinoir, Jean-Baptiste Para et Gérard Macé, précédé de Cristina, par Guido Ceronetti, Gallimard, coll. L’Arpenteur, 2002) de Cristina Campo (pseudonyme de Vittoria Guerrini). Sans autre précision, les pages entre parenthèses renvoient à cette édition.
«À quoi se réduit désormais l’examen de la condition de l’homme, si ce n’est à l’énumération, stoïque ou terrifiée, de ses pertes ? Du silence à l’oxygène, du temps à l’équilibre mental, de l’eau à la pudeur, de la culture au règne des cieux. En vérité, il n’est pas grand-chose qui se puisse opposer aux inventaires de l’horreur. Le tableau semble tout entier celui d’une civilisation de la perte, à moins d’oser l’appeler encore civilisation de la survie, car même dans cet âge d’après le déluge, même dans ce règne de l’indigence démesurée, on ne saurait exclure un miracle : la persistance d’un insulaire de l’esprit, capable de dresser la carte des continents engloutis.»
Cristina Campo, Les Impardonnables, op. cit., pp. 146-7.
«Pour chaque homme en son périple, il existe un thème, une mélodie qui est sienne et n’est destinée à nul autre, qui le cherche depuis sa naissance, depuis l’aurore avant les siècles, pars, hereditas mea. Comment et où la discerner ?
Dans la voix des morts avant tout, dont les ossements, comme le fifre du frère assassiné, semblent parfois chanter doucement à notre oreille. Dans les quatre trésors que les morts nous lèguent et pour lesquels il n’est pas excessif de jeter sa propre vie si la vie en dehors d’eux est un astre mort: le paysage, le langage, le mythe, le rite», ibid., pp. 176-7.

N'en déplaise à Enrique Vila-Matas, il n'existe aucune auteur hermétiquement secret ou parfaitement inconnu ne serait-ce que d'un seul lecteur, y compris même le plus obscur, son plus proche parent, son ami le plus intime, quelque amour passionné et flétri qui, une seule fois, aurait tenu sous les yeux les lignes brûlantes écrites pour lui seul. Nous pouvons même penser que l'impossible écrivain qui, jamais, n'aurait confié à la lecture une seule des lignes qu'il a écrites, en couchant sur son manuscrit ses pensées les plus cachées, s'adresse à un lecteur qui, en tout premier lieu, n'est autre que lui-même. L'essence même du secret, suivant les leçons de Pierre Boutang et de Jean-Louis Chrétien, réside dans sa manifestation.
Même d'un Andrea Emo [«À sa mort, en 1983, apprenons-nous dans la biographie de Cristina Campo, il laissera quatre cents cahiers de notes, plus de quarante mille pages de notations philosophiques, qui révéleront sa dimension réelle, celle de philosophe secret et isolé, sans le moindre rapport avec son temps», cf. note 1 pour la référence, p. 183], même d'un Andrea Emo existent des traces, en l'occurrence des livres posthumes tirés de ces monceaux de notes prises durant toute une vie manifestement aussi anodine que véritablement secrète.
Et pourtant, comme le rappelle Cristina De Stefano dans sa Vie secrète de Cristina Campo (1), Fernando Pessoa n'est sans doute pas le seul dont des montagnes de papiers ont ou, ici, auraient pu constituer autant de trésors de lectures : «Les autres papiers – «des montagnes de papier», est-il écrit dans l’inventaire – sont laissés en dernier. Feuilles de notes, cahiers, épreuves, manuscrits, correspondance, agendas : on entasse tout dans une grande caisse, dont personne ne s’occupe. Aujourd’hui, les héritiers n’arrivent pas à se rappeler ce qu’elle est devenue, dans la confusion. Elle a probablement été jetée par les déménageurs.»
La rareté même des textes de Cristina Campo obéit aux consignes les plus strictes du secret : ce qu'il faut sauver de l'extrême péril de la publication, ce qui, en un mot, ne peut constituer, aux yeux des modernes, qu'une horrible vulgarité, une faute de goût. Comme David Jones, Cristina Campo est l'écrivain de l'immémorial, ce qui, même occulté, préservé par le cocon opaque du secret, ne peut totalement disparaître. Qu'importe même si la sauvegarde de ce qu'il importe de conserver coûte que coûte (un langage qui ne soit pas dramatiquement coupé de la réalité la plus profonde, symbolique, de la vie (2)) paraît ne même plus incomber aux hommes, singulièrement aux artistes et écrivains, mais trouve refuge dans le regard triste des bêtes. Ainsi, dans un texte admirable intitulé Le parc aux cerfs, Cristina Campo peut-elle écrire (op. cit., pp. 206-7) que : «Les cerfs enfermés dans un parc, offerts hagards et pleins de grâce aux regards distraits, ne se demandent pas : pourquoi avons-nous perdu la grande forêt et notre liberté, mais : pourquoi ne nous chasse-t-on plus ?
Une jeune main parfois les caresse : «Le roi Arthur est mort, expliquent aux cerfs les enfants, et avec lui les chasses et les tournois, les duels prodigieux et les saintes réjouissances. Jamais plus un cerf ne sera poursuivi par les douze Cavaliers, jamais plus on ne ceindra son encolure d’une couronne d’or. Jamais plus il n’arrêtera une meute en faisant se lever entre ses bois la croix du Sauveur, ni son corps ne sera nourriture à la cène du Saint Graal. Désormais, plus rien ne menace votre harde – et voilà, c’est de nos mains que vous recevez votre pâture.»
Les cerfs inclinent la tête. De leurs cornes massives, ils heurtent à coups légers les grilles de l’enclos. Mais la nuit une douce fièvre les prend, ils brament, ils s’appellent. Ils entendent, ou croient entendre, le cor d’Arthur. «Il n’est pas mort, se disent-ils, il reviendra. Et de nouveau notre vie sera suspendue à la pointe d’une flèche.»
Transmission, filiation : non point le retour à quelque origine fantasmatique qui toujours se dérobera à nos yeux et à nos efforts les plus acharnés mais volonté inébranlable de conserver ce qui vient de nos morts (3) : «Elle sait, a rappelé Alessandro Spina, que «l’art d’écrire présuppose l’art de lire, et que l’art de lire demande à son tour l’art difficile, inaccessible, d’hériter», parce que, au rebours des conceptions ayant admis que la liberté éclôt tout entière de l'individu, la seule liberté possible, aux yeux de Cristina Campo, ne saurait être que destinale (4), chargée des trésors transmis et protégés par les voix éteintes qui chuchotent dans les grands livres (5).
C'est uniquement dans cette garde des forces vivifiantes du passé, singulièrement accomplie par le critique digne de ce nom qui n'est pas simplement un lecteur mais l'écrivain réel, implicite, précédant le génie même de celui qu'il commente (6), dans cette garde acharnée de cela, donc, qui ne peut mourir et reste vivant grâce aux regards de celles et ceux qui savent lire, et sachant lire permettent aux eaux souterraines de trouver de nouveaux points de résurgence dans le temps présent où nous pourrons nous désaltérer, c'est uniquement dans cette mission hautement religieuse, selon Pierre Boutang, que l'art peut prétendre conduire l'homme à ses plus hautes destinées.
Appelé à nourrir l'exigence d'une vie plus haute, quasi rituelle dans l'attention accordée aux gestes et aux choses les plus infimes, comme, par exemple, le pain (7), l'écrivain se dressant au milieu de la désolation doit faire comme s'il pouvait encore prétendre à la sympathie des dieux enfuis depuis des éons, demeurer en somme, coûte que coûte, le gardien d'une parole que son travail aura contribué à rédimer quelque peu, parole qui n'est rien de plus ni de moins que l'ultime vestige du sacré : «Le toucher, le souffle, la salive du Dieu, transmis à de tels hommes par les bouches et les mains de ceux qui avaient été vivifiés par lui comme s’ils revenaient du royaume des morts, marquaient encore leur peau d’une trace brûlante. Ils vivaient dans l’extase et contemplaient le ciel sans un battement de cils. La présence divine enveloppait encore dans un prodigieux placenta les mystères qui les faisaient se prosterner, front contre sol» (p. 291).
Et cette parole reconquise, au prix de terribles sacrifices et d'un travail inhumain (8), laissera peut-être, mais alors dans ses lignes les plus tremblantes et éphémères, comme s'il s'agissait du mirage trompeur de quelque Cité de Cuivre (9), ce que fut le royaume magique, moins Éden adamique que paradis de l'enfance retrouvée : «Toute l’expérience acquise avant de toucher ce point – au milieu du ciel – semble s’orienter alors vers l’enfance, la maison, la terre originelle : vers le mystère des racines, dont l’éloquence croît de jour en jour, et vers un dialogue de plus en plus serré entre l’enfant d’autrefois et les morts – ces ministres de la mémoire, voilés et omniprésents» (pp. 30-1).
Car l'univers, selon Cristina Campo qui admirait Borges, n'a peut-être pour but le plus insigne que d'aboutir à un livre, devant lequel la vie même n'a plus d'importance (10), image parfaite et minuscule qui dans sa trame infinie contiendrait toute chose, comme les admirables tapis des contes arabes (11). Sans doute est-ce là le danger commun qui guette celles et ceux qui, comme Cristina Campo qui n'admirait point par hasard la vie fulgurante d'âpreté et d'exigence morale de Simone Weil, qui comme elle encore, et à la différence de Georges Bernanos nous confiant qu'il aimait écrire dans les bistrots pour ne jamais oublier ce à quoi ressemblait l'humilité des visages (12), paraissent oublier l'existence pour se perdre, littéralement corps et âmes, dans la mer de la littérature et n'avoir de cesse de tenter de descendre plus profond.
À moins qu'il ne nous faille postuler cette évidence : chez les écrivains les plus grands, la vie la plus intime, l'expérience la plus haute ne peuvent être que de bien piètre valeur si elles ne sont point irradiées par la fureur d'un verbe aussi dangereux (puisqu'il nous enchaîne, une fois de plus : «Le destin ne se sépare pas du symbole et il n’y a rien d’étrange à ce que l’homme ait perdu l’un au moment même où il reniait l’autre. Un symbole, ou un discours de symboles, était jadis une chose coutumière – un coup d’œil et l’on savait de quel destin était porteur un homme, c’est-à-dire par quel destin il était porté», p. 150) qu'il est étranger, verbe qui doit être non point conquis mais maîtrisé de haute lutte, en quelque sorte tenu (13) par la force de caractère et d'âme aux pouvoirs ambigus que Cristina Campo appelle d'un beau mot, intraduisible en français, sprezzatura (14), seul capable de sauver de la perte ce qui, comme l'écrivait William Butler Yeats, se défait sous nos yeux (15). Cette irradiation, au contraire de celle qui dévaste notre monde, est salutaire : «L’espèce humaine connaît une mutation, bientôt ces visages seront à peine perçus, et en admettant qu’on les perçoive encore, ils seront eux aussi impardonnables, tant ils restent étrangers au contexte, au système qui les contient. Ils commencent déjà à se rendre invisibles, comme le Graal et la lance de Longin qu’une main rapporta au ciel quand les hommes ne furent plus dignes d’en avoir la garde; comme le Chinois qui lisait un livre et sur lequel la foule aussitôt se referma. Pour eux, cependant, la beauté bannie n’interrompt pas son périple inaperçu. La fleur, l’étoile, la mort, la danse continuent à se ressembler, et la ressemblance à mettre en déroute la terreur. Clarté, finesse, agilité, impassibilité. Assieds-toi contre le mur, lis Job et Jérémie. Attends ton tour, chaque ligne lue est profitable. Chaque ligne du livre impardonnable» (pp. 115-6).
Cette irradiation que propage l'écriture, en enchaînant les mots à leur office éminemment religieux (16), sera peut-être seule capable de provoquer notre mutation essentielle, procrastinée par les lâches et les bonimenteurs, consistant à reconnaître notre liberté dans une vie et une langue qui ne sont point les nôtres, un visage étranger que seul le travail d'écriture mené une vie durant ferait remonter à la surface des livres lus, des lignes écrites, des êtres aimés, jusqu'à ce que nous le reconnaissions comme notre part la plus intime, liberté si prodigieusement déposée dans les vies de femmes et d'hommes que seul notre regard d'aveugle pressé ne sait point découvrir, liberté qui, comme toute chose réellement précieuse, ne peut s'obtenir qu'au prix de notre dépouillement (17) : «Autour de nous, c’est vrai, les destins se font rares. Mais Dieu pourtant y pourvoit si dans les lieux d’horreur et de vaste solitude qui nous sont assignés, un jeune homme, dans un colombaire de banlieue, peut encore veiller toute la nuit sur un texte immémorial, parmi vingt mille ouvrières une jeune fille recevoir des visions, et le rogué affamé de mort rejoindre pour finir le Mont Athos. Qui n’a pas de maîtres n’a pas toujours le diable pour maître. Nous vivons dans une ère de substitutions et de prodigieuses suppléances sont encore concédées» (pp. 178-9).
Notes
(1) Cristina De Stefano, Belinda et le monstre. Vie secrète de Cristina Campo [2002] (Le Rocher, coll. Biographie, 2006), p. 208.
(2) «Il fut un temps où le poète était là pour nommer les choses : comme pour la première fois, nous disait-on lorsque nous étions enfants, comme au jour de la Création. Aujourd’hui il ne semble là que pour prendre congé d’elles, pour les rappeler aux hommes, avec tendresse et affliction, avant qu’elles ne s’éteignent. Pour écrire leur nom sur l’eau : et peut-être sur cette forte houle qui bientôt les aura englouties», p. 190.
(3) In Cristina Campo, op. cit., p. 115, extrait de Alessandro Spina, Conversazione in Piazza Sant-Anselmo (Milan, Libri Scheiwiller, 1993), p. 23.
(4) «La maturité, c’est découvrir et démêler sans relâche le monde, qui de toute part nous presse et nous sollicite (même et surtout le monde de la beauté), cela seulement qui est nôtre depuis les origines, «donc par destination». C’est une continuelle réponse au Tentateur sur le sommet de la montagne», p. 193.
(5) «Elle lit toujours les mêmes pages, parce que dans chaque livre elle cherche toujours la même chose : ce qui dès le commencement lui est destiné», ibid., p. 63.
(6) «Le critique est un écho, sans contredit. Mais n’est-il pas aussi la voix de la montagne, à laquelle s’adresse la voix du poète ? Le critique ne se tient-il pas devant le poète comme le poète devant les appels de son propre cœur ? C’est pourquoi, au moment d’en parler, il doit l’avoir déjà entièrement subi : le restituer non comme un simple miroir, mais bien comme un écho : imprégné de tout le chemin parcouru, dans la nature, par l’une et l’autre voix», Les Impardonnables, op. cit., p. 185.
(7) «Ainsi, le pain qu’on a voulu rompre pour le distribuer au hasard, n’importe comment et n’importe où, à la façon d’un repas ordinaire, est devenu, vengeance effroyable, un signe vide, alors qu’il était substance, puis de signe on l’a vu déchoir au rang de pure abstraction, et cela d’autant plus que l’on croyait, avec quelle naïveté !, y mordre à belles dents», p. 304.
(8) Voir cet admirable passage extrait des Sources de la Vivonne, un texte évoquant, bien sûr, Proust : «Sites minuscules en ruine, battus de tous les vents, rongés depuis des millénaires par les pluies. Silhouettes rocheuses, orées de forêts d’où se répandirent en éclairs, tourbillons de vapeurs, clairs de lunes, ces apparitions qui au vieux monde firent présent de ses terreurs et de ses chants. Cocons de sagesse éternelle, infimes icônes de cérémonies grandioses, quelle était leur mission ? La vie assurément en jaillissait à flots puisque les pèlerins et les Croisés, le cœur enflammé, les faisaient connaître d’un bout à l’autre du monde et que les moins les décrivirent, durant des siècles, sur de blancs parchemins en grandes lettres d’or. Le regard du poète s’y concentrait, tout comme l’on fixait des yeux la figurine de cire rouge traversée d’une épingle : pour l’investir des forces suppliantes de l’amour, pour en extraire ce qui est au-delà de ce qui peut se dire, et ce que l’homme, de nouveau, tentera de dire…», p. 68.
(9) Référence à l'un des contes des Mille et une nuits qui inspira le texte de Cristina Campo intitulé L’histoire de la Cité de Cuivre, publié en 1963 et recueilli dans Les impardonnables.
(10) «Il est prudent d’oublier que, selon la chronique [de la révolte des Boxers], notre homme sauva sa tête : l’officier allemand qui avait la garde des prisonniers, sensible à la dignité de son maintien, lui accorda la grâce. Il est juste de retenir la déclaration du Chinois, interrogé avant de se fonde dans la foule : «Je sais que chaque ligne lue est profitable.» Il est licite enfin d’imaginer que le livre en sa possession était un livre parfait», p. 98.
(11) «Le superbe spécimen humain capable de nouer les dix mille nœuds du tapis de Senneh dans un décimètre carré d’espace en restant fidèle à la vision d’ensemble d’un bois où le jasmin blanc procure de la fraîcheur aux hérons et aux flamants roses : «l’éternel dans un espace microscopique», qui devrait nous consterner si nous comparions un seul instant les méditations dont l’offrande anonyme de jadis revêtait le sol sur lequel l’homme posait le pied, et ce que notre indigence d’aujourd’hui élève à la hauteur de ses yeux», p. 86.
(12) Et pourtant, quelle justesse dans cette remarque de l'auteur, qui écrit : «L’on voit parfois, dans un train ou une salle d’attente, un visage humain. Qu’y a-t-il en lui de différent ? Là encore, il nous faudra parler par défaut, dire ce que ses traits ne trahissent point. Les yeux n’expriment ni méfiance ni requête. Ils ne sont ni distraits ni fureteurs. S’ils ne cèdent à aucun moment à l’absence, jamais ils ne se montrent tout à fait présents. De tels visages, que l’on découvre sans peine dans les tableaux des maîtres anciens, semblent de nos jours scellés par une invincible mélancolie. Pourtant, dans le train ou la salle d’attente, ils comblent l’âme de joie, d’un sentiment de vie plus intense, précisément», p. 115.
(13) «Ni l’homme bien né – s’il s’en trouve encore un – ni l’écrivain au sang noble n’imaginera pouvoir user de mots obliques à la place d’une parole directe, et il n’hésitera pas davantage face au pire, ni n’abrégera lâchement l’inévitable», pp. 130-1.
(14) «La sprezzatura, dans ses aspects les plus ancrés dans le siècle, est certainement un des traits de caractère de l’aventurier : un tempérament mercuriel, ambigu, impondérable, où persiste néanmoins la semence de la grâce», p. 139.
(15) Dans le superbe et célèbre poème intitulé The Second Coming :
«Turning and turning in the widening gyre
The falcon cannot hear the falconer;
Things fall apart; the centre cannot hold;
Mere anarchy is loosed upon the world,
The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere
The ceremony of innocence is drowned;
The best lack all conviction, while the worst
Are full of passionate intensity».
(16) «Le reniement du nom et du prédicat de religion dans les ordres occidentaux est sans doute l’indice le plus ténébreux du renoncement à un mandat précieux et sacré entre tous : confirmer les destins, assurer leur sauvegarde. Car la religion n’est rien d’autre que destin sanctifié, tandis que le massacre universel du symbole, l’inexpiable crucifixion de la beauté, comme je l’ai déjà dit, est massacre et crucifixion de destins. La haine des splendeurs traditionnelles transmises par images et figures n’est qu’un aspect, certes le plus éloquent, de cette profonde impulsion suicidaire que les grands exorcistes découvrent toujours au fondement de toute possession», p. 157.
(17) «Ivresse des choses qu’on ne détient ni ne désire, ces choses qui font allusion, purs échos et miroirs, à d’autres choses, car le destin n’est pas dans le champ que l’on possède, mais dans la perle pour laquelle on vend ce champ», pp. 162-3.

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