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Les petits garçons sages et leurs lectures

Publié le 27 janvier 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

na05_2292858_1_px_501__w_ouestfrance_.jpgLes petits garçons sages admirent ADG, Manchette, Blondin, Nabe parfois (les moins sages aussi), Jean Edern (fou) Hallier, parfois il s'imaginent que Sollers est encore un polémiste de talent (rires). Les petits garçons sages travaillent bien quand ils sont petits mais aussi quand ils grandissent. Ils ne veulent pas faire de peine à leur Maman et ont de bonnes notes. Mais entre temps, ils s'emmerdent un peu. Ils auraient bien aimé pouvoir chahuter, dire des gros mots, mais les parents veillent à ce qu'ils aient de bons résultats afin d'intégrer les GRANDES écoles. Quand ils font dans la littérature plus tard, souvent ils aiment bien les écrivans qui disent des gros mots et chahutent un peu l'intelligentsia, des écrivains qui boivent un peu trop d'alcool et changent de femmes tous les trois jours, des z-hommes, des vrais. Alors que le petit garçon sage devenu adulte s'est acheté un bel appartement, une belle auto et s'est trouvé une belle femme ou à défaut une bonniche qui remplit le même rôle que sa maman auparavant, il ne peut s'empêcher de rêver et de se voir lui aussi en auteur voyou. Ils oublient aussi que ce genre d'auteurs réputés politiquement incorrects, selon le terme en vogue désignant la majorité des opinions actuelles, sortaient de temps à autres des idées qui n'étaient rien d'autres que des conneries xénophobes ou relevant simplement du café du commerce.

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Il ne voit pas la contradiction qu'il y a d'ailleurs à concilier une vie de petit garçon bien sage et bien docile avec des opinions affichées pleines de rebellitude. Il rend toujours ses devoirs à temps et n'insulte pas la maîtresse d'école qui l'aime bien, c'est son préféré (les maisons d'éditions ont un  peu ce rôle d'institutrices finalement). Avec d'autres garçons bien sages, parfois, il boit un peu trop d'alcool et siffle les jupons qui passent. Il croit alors que c'est arrivé et qu'il est devenu un GRAND garçon alors que boire de trop et en prendre l'habitude ce n'est rien d'autre que de l'alcoolisme mondain et siffler les jupons qui passent, ce n'est rien d'autre que de la grossièreté. Les petits garçons sages devenus grands sont incapables de voir que leur rebellitude ne va pas très loin, c'est surtout de la pose, une posture qui leur procure un semblant de frisson. Car, ils n'iraient pas jusqu'à tout laisser tomber pour aller se battre en Espagne comme Orwell ou Malraux, à tout laisser tomber pour dire la vérité comme Bernanos ou Simone Weil, à envoyer balader un éditeur dont les opinions sont incompatibles avec celles qu'ils affichent comme Manchette (faut pas déconner, c'est du pognon), à travailler en dilettante comme Blondin, voire même à se faire mal voir du milieu de l'édition comme Pierre Jourde ou Eric Naulleau etc...

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Personnellement, mon écrivain préféré est Marcel Aymé, qui a subi l'opprobe des uns comme des autres du fait de sa liberté de ton, et de raisonnement, très éloignée du confort intellectuel qui tend à classer les gens dans des casiers bien commodes. La plupart des petits garçons bien sages auraient bien été capables d'avoir le courage qu'il a eu sous l'occupation alors qu'il dénonçait le sort réservé aux juifs en écrivant la nouvelle "dans une file d'attente" ou en tentant de porter un article violent contre les judéophobes pour une revue connue de l'époque ce dont ses amis eurent bien du mal à le dissuader. Il n'y a rien de contradictoire à ce qu'ensuite il se soit battu pour que Brasillach ne se fasse pas fusiller, un imbécile fourvoyé dans le mauvais camp qui n'avait pas eu le temps de retourner sa veste comme d'autres (il aurait fallu fusiller 44 millions d'autres pétainistes ou presque, à savoir quasiment le reste de la population). Mais Marcel Aymé ne l'a pas fait par idéologie ou pour défendre une vulgate théorique, c'est ce que les petits garçons sages ne comprennent pas, il l'a fait parce que sa liberté lui intimait de le faire, parce que c'était comme ça...

Quelqies auteurs actuels pourraient-ils voir quelques allusions à leur encontre dans cette note ? Bien entendu. Nul besoin de mettre des noms.

Photos : mes infréquentables préférés, Blondin, Aymé, Drieu (pour "le Feu follet" lu à vingt ans avec passion)


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