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Équitable mon cul ! (autre note grossière)

Publié le 24 février 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

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On va encore dire que je suis méchant, ou sévère. Je m'empresse de ne surtout pas suivre les conseils de positivisme béat que mettent en avant plusieurs magasines de management ou d'économie cette semaine...

Il y a une très bonne BD de Dupuy et Berbérian dans le "Fluide Glacial" de Février montrant un couple de bobos partant en vacances "équitables" pour retrouver le goût de "lothentique", devant construire des toilettes en bouse de vache séchée pour une famille d'une contrée perdue, puis finalement pas fâchés de retrouver leur confort et de bouffer un ou deux hamburgers avec des amis une fois rentrés chez eux et organiser une soirée diapos sans que cela ne change quoi que ce soit à leur mode de vie. On y voyait la femme donner chaque jour des stylos aux enfants des personnes les accueillant pour "les inciter à l'éducation", pendant que son mari se persuade qu'il est un maçon hors-pair. On ramène des produits locaux, généralement pour bien mettre en valeur son voyage.

A la fin de l'histoire, conclusion cruelle, les enfants balancent les stylos à la poubelle, alors que le couple d'occidentaux repart dans le 4X4 rutilant de leur guide, et vont bosser dans une usine de...stylos. Ironie du sort. C'est un peu comme sous nos cieux éclairés où l'on glorifie la culture de la rue, les tags et tout le reste, mais on se gardera bien de se soucier de la transmission réelle de la culture et de l'éducation. Et quant à la découverte d'une pays on en reste au superficiel, aux clichés du bon sauvage, quitte à en ramener un (je me souviens de cette conférence sur la Palestine et Israèl organisés par ce genre de "touristes". Il y avait un palestinien avec eux, il n'a pas eu le droit d'ouvrir la bouche une seconde et témoigner un tant soit peu, il était là pour le "décorum", pourtant il aurait peut-être eu des choses à dire plus intéressantes que des gens qui venaient de passer seulement quinze jours dans son pays).

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Ce n'est pas nouveau certes mais c'est bien de le mettre noir sur blanc. Personnellement, je n'ai rien contre le commerce équitable qui devrait se généraliser et ne pas être exceptionnel, mais si c'était le cas, si nous voulions vraiment changer ce monde, nous devrions aussi renoncer à nos habitudes hyper-privilégiées et ça je doute que beaucoup y soit vraiment prêts. Finalement, cela reste un gadget pour quelques jours, pour un sac de café de temps en temps ou une plaquette de chocolat mais on s'arrête là, c'est en fait un alibi qui se base sur une conception infantile du monde : si je fais deux trois trucs qui ont l'air moins iniques pour les pays pauvres, finalement je me sentirais mieux, et moins coupable et puis je pourrais continuer à profiter de mon pognon sans trop de questions. L'important n'est pas de changer le système mais de se donner l'impression qu'on le change, de se faire peur parfois en fréquentant les "classes dangereuses" comme on les appelait au XIXème siècle. On aime bien montrer le malheur, pleurnicher dessus, se dire qu'il y a tellement plus malheureux que soi et puis s'en laver les mains. Même si il y a souvent une bonne intention au départ.

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Sur le sujet, je me souviens de cette conférence/jamboree/spectacle d'exhibition compassionnelle de monstre de foire en somme offrant les témoignages de plusieurs handicapés physiques dont un jeune homme qui avait eu les bras coupés, entre autres. On se congratulait tous sous le chapiteau où se passait la chose, les uns se disaient "il a tellement souffert mais il a tellement de joie de vivre", les autres diminuaient leurs petites souffrances et se frappaient presque la poitrine. Bien sûr, après l'évènement on s'était bien gardé d'aller ne serait-ce que saluer les personnes handicapées présentes. C'est vrai, il y a toujours pire que soi comme souffrances, en quoi cela aide-t-il à la surmonter ? Il en est d'autres qui continuent sur le même ton en faisant la leçon aux salariés français : "il y a pire que vous comme salaires, allez", ou aux chômeurs ou aux RMIstes : "dans certains pays tu ne toucherais rien gros gâté". Même si il y a toujours une part de vérité dans ces constatations, ce n'est bien souvent qu'une manière de justifier son indifférence ou son profond égoïsme : puisqu'il y a pire ailleurs, pourquoi compatir ? Ou alors on joue la colère et l'indignation pour gueuler plus fort que les autres.


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