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L'Amérique que j'aime - "Gran Torino"

Publié le 15 mars 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

large_1GranTorino-453.jpgJe suis allé voir le dernier film de Clint Eastwood hier et j'ai beaucoup aimé. C'est pour le moins émouvant mais pas seulement. De plus en plus, Clint ressemble à Henry Fonda et au dernier héros américain. Walt Kowalski, un ancien militaire et ouvrier automobile (ce n'est pas gratuit), enterre sa femme qui vient juste de décéder. A l'enterrement, il retrouve ses deux fils et leurs familles, des petits bourgeois américains typiques (ils pourraient être des petits bourgeois occidentaux typiques en général) consommateurs, le cerveau lessivé par la pub et le conformisme, des formules lénifiantes et sottes sur le travail, les cigarettes (pas bon), l'alcool (pas bon non plus). Et finalement avides de récupérer les biens du vieil homme à commencer par sa Ford "Gran Torino" de 1972. Il les envoie promener ainsi que le jeune prêtre venu lui apporter son soutien qu'il traite de "puceau suréduqué". Le même jour des Hmong, des réfugiés d'Asie, viennent s'installer juste à côté de chez lui. C'en est trop pour Walt qui a conservé la plupart des préjugés racistes de sa jeunesse. Un nuit, Thao, le garçon de la famille, tente de lui voler sa "Gran Torino" pour être admis dans un gang ethnique. Il échoue et le lendemain, le gang arrive en expédition punitive pour lui donner une leçon; Walt déboule alors avec son fusil et sauve Thao. Il devient le héros du quartier et petit à petit, bon gré mal gré, surtout mal gré au début, il devient un peu le grand-père de ses "faces de citron" avec lesquels il découvre qu'il a plus en commun qu'avec sa propre famille. Il fait progressivement de Thao un homme fier de ses efforts et de son travail, capable d'inviter la jeune fille de ses rêves. Et puis un soir tout s'écroule de nouveau à cause de la violence, la haine, et la bêtise crasse. Walt prend alors une décision définitive, une décision virile au sens le plus noble...

...Que je ne dévoilerai pas.

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Les cyniques (ce film est extrèmement éloigné du cynisme actuel) et les bien-pensants, les esprits faibles, n'aimeront pas le film, il faut être très clair là-dessus. Et après tout tant mieux, le film restera seulement à ceux qui l'ont compris. Clint montre que la réussite par le pognon et une célébrité illusoire est un leurre, il montre que cette société est infantile, ne vivant que dans la satisfaction de ses désirs dans l'instant, que c'est une société de sociopathes jouant tous un rôle, voulant se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas, jaloux, envieux et finalement d'une idiotie finie, que les voyous y valent bien les pseudo-honnêtes gens. Il montre aussi qu'il n'y a pas de culture urbaine, pas de multiculturalisme, mais seulement des bandes de néo-barbares et de garçons perdus abandonnés par le système qui s'en fout. Il montre l'hypocrisie des belles paroles, de ceux qui singent la culture des gangs, des jeunes blanc-becs qui veulent jouer les voyous alors que ce ne sont que des jeunes blanc-becs. Et Walt c'est un peu tous les personnages de héros joués par Clint Eastwood, vieux, se sentant coupables de la violence à laquelle ils ont contribué, la haïssant. Enfin, c'est un film de Foi mais pas une foi de guimauve, une foi molle et fumeuse, un humanitarisme qui fait plaisir entre la poire et le fromage : à un moment crucial, Walt commence à réciter le "Je vous salue Marie...". Et comme toujours chez Clint Eastwood, les personnages de femmes sont très forts, plus que les hommes soumis à leurs pulsions. J'aime beaucoup celui de Sue, la jeune fille hmong, forte et cachant sa fragilité, d'une humanité radieuse. Ce film remet à l'honneur plusieurs notions qui sont autant de grossièretés en 2009 : l'honneur justement, l'amitié quitte à tout donner, la générosité, la bonté, l'espoir, l'effort, le sacrifice...


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