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Ce métier difficile

Publié le 17 février 2009 par Vanillette

« C’est un métier passionnant, mais tellement difficile… » ai-je entendu tant de fois. Formateurs, éducateurs sur le terrain, anciens éducs nouvellement écrivains et transmetteurs de savoirs…
Il me semble que je viens de saisir la profondeur de ces paroles. Il me semble aussi sentir le gouffre se refermer derrière moi comme si c'était définitif et que j'y étais entrée de moi-même, au risque de me rendre compte de la noirceur ambiante que trop tard. Refermé derrière moi, le métier d'éducateur spécialisé. Parce qu'il n'y a rien d'autre que je me vois faire. Parce que même si je pense évoluer un jour vers d'autres voies, j'ai choisi d'y passer un bon moment de ma vie, là-dedans.
Dans ce métier où parfois la difficulté est telle qu'elle vous empêche de vous regarder vous-mêmes.
Dans ce métier où les portes se ferment après que vous ayez à peine réussir à les entrouvrir.
Dans ce métier où les sentiments sont humains, ces sentiment qui s'appellent amour, haine, colère ou que sais-je encore...
Aujourd'hui vraiment, je suis éducatrice spécialisée. Dans tout mon être, je le suis. Il ne s'agit pas que d'un métier, il s'agit de mon engagement personnel, du don que je fais de ma personne. Ai-je tort ? Ou en tout cas, vais-je en payer les conséquences ? Je n'en sais trop rien aujourd'hui ; difficile de s'évaluer soi-même et d'évaluer la légitimité de ses propres sentiments. Ai-je le droit de haïr des fois, ai-je le droit d'aimer d'autres fois, ai-je le droit de pleurer parce que je me trouve incompétente, parce que je me sens débordée par un enfant que je suis censée accompagner ?
Je me dis que c'est le juste retour des chose. Que je me heurte à mon impuissance légitime. Pourtant hier, je suis rentrée dépitée. En me disant ce genre de choses : "Peut-être ne suis-je pas faite pour ce métier ? Comment arriverais-je à accompagner des ados délinquants si je ne parviens même pas à poser mon autorité avec une enfant en bas-âge ?". Dur retour à la réalité et à mes propres limites. Les limites d'un être humain fatigué, la tête dans le guidon.
J'ai relativisé depuis. Je me rends bien compte qu'une seule journée ne suffit pas à discréditer mon engagement. Je me rends aussi compte que mon stage touche à sa fin et que je n'ai peut-être pas la même motivation qu'au début. Je me rends compte que je me suis mise à l'écart de cette équipe qui me renvoie à des projections malsaines pour moi.
Pour toutes ces raisons, je ne peux pas me décourager si vite. Je ne peux pas m'accuser et m'auto-flageller de cette manière. Mais j'ai touché du doigt les difficultés humaines auxquelles on pouvait être confrontés en tant que travailleur social. Je comprends mieux dans quoi je me suis lancée en commençant la formation d'éducatrice.
Je crois que ça m'a fait du bien, hier, de me remettre tant en question. De me rendre compte que je n'y arriverai pas à tous les coups. Que parfois ce sera dur. Que ce métier est un gouffre. Un gouffre humain, où se mêlent un ensemble de sentiments parfois difficiles à assumer.
Je me sentais forte et armée. Je me suis rendue compte que je pouvais défaillir et ça m'a vraiment fait prendre conscience que ça a commencé. Mon métier a vraiment commencé.

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