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Marre

Publié le 26 janvier 2009 par Vanillette
Il n'y a pas si longtemps de ça, je disais ne pas regretter de faire mon stage dans l'institution où je suis actuellement. Je disais cela en référence aux leçons que j'ai pu y apprendre, aux réflexions auxquelles j'ai pu être amenée. En effet, ce sont ces expériences-là, vécues de l'intérieur et vues de l'extérieur, qui forgent ma posture professionnelle. En tout cas, il me semble bien qu'il a commencé à se forger, ce positionnement !
Mais je crois aussi qu'il y a une fin à tout. Et là, c'est la fin de mes apprentissages, je crois. J'ai vu, j'ai réfléchi un peu, je me suis interrogée et j'ai refusé. En moi, en tout cas. J'ai refusé de baser mes pratiques sur le pouvoir et le laxisme de la tâche qui est la nôtre.
A présent, je sature.
J'ai hâte que ce stage se finisse pour que je puisse positiver un peu tout ça et me dire que ce n'est pas partout comme ça. En effet, je ne supporte plus les choses que je m'exerçais à interroger il y a peu de temps. Parfois, j'ai même envie de hurler. Ça devient grave !
"Arrête, tu vois pas que tu déconnes complet !", j'ai envie de leur dire parfois. Mais je me tais. Et je ne crois pas que ce soit très bon pour la poursuite de mon stage.
Je me rends compte que ma position de "stagiaire de passage" est très inconfortable, dans le sens où je ne peux pas projeter de choses sur l'avenir. Monter des projets, travailler sur tel ou tel aspect chez tel ou tel enfant. Je sais mon départ proche alors je m'attelle à essayer de rendre le quotidien éducable, à fermer les oreilles et les yeux au spectacle désolant qui me submerge mais j'avoue que ça devient de plus en plus difficile.
Puis quelque part, je m'en veux. De me sentir et d'être aussi impuissante. Je voudrais dénoncer et dire le mal qui est fait à ces enfants mais c'est tellement subtil et tellement moral comme harcèlement. Comment décrire cet impalpable auquel j'assiste quotidiennement ?
Tenez, je vais tenter de le faire par écrit.
La semaine dernière, je m'apprêtais à sortir en même temps que V., un jeune garçon qui devait rejoindre son école. Au moment de franchir la porte, une des éducatrices lui a dit "Par contre, V., que je n'apprenne pas que tu as fait un détour par les autres groupes" [En effet, V. a pour habitude d'aller vaquer à droite et à gauche...]. Une deuxième éducatrice a renchéri en lui communiquant un : "Oui, hein, pff !" (difficile à décrire à l'écrit, vous disais-je !) et a assorti sa vocalise d'un geste de rejet ; elle a poussé V. assez violemment.
J'ai ragé.
Plus tard dans la journée, je rentrais de je ne sais plus où lorsque j'apercevais cette deuxième éducatrice avec V. et d'autres enfants qui se rendaient à une activité. De loin, je l'ai aperçu poussant V. encore une fois.
V. est chiant. Souvent. Plaintif, collé aux adultes, etc... Mais rien ne m'aurait poussé à écrire le mot si ce n'était pas parce que je me suis interrogée sur les raisons de cette haine délibérée de cette éducatrice.
Bordel, on est destinés à travailler avec des gens. De l'humain ! De la chair toute fraîche ! Alors... chiants, désinvoltes, arrogants, délinquants ou tout ce que vous voulez d'autre, c'est le quotidien ! C'est le taf ! Pour moi, la question ne se pose pas. Pas celle là. Par contre, extériorité encore, extériorité toujours... il est bon de dire son usure, son impuissance ou encore son impatience. Mais on a pas le droit de le communiquer avec tant de haine. C'est trop facile de s'attaquer à des enfants, en plus. Ça me démonte.
Un autre exemple ? Je ferais court.
Aujourd'hui, une enfant est restée environ 1h-1h30 enfermée dans une petite pièce sombre, avec la porte à peine entrouverte parce qu'elle avait joué trop violemment. Lorsque j'ai demandé si on pouvait aller la chercher pour faire l'activité prévue, on m'a répondu que "non, ça allait l'apprendre à pousser les limites trop loin".
A vous de méditer la question, je voudrais me retenir de devenir vulgaire...
Bref, ça commence à devenir lourd à supporter. Je voudrais pouvoir en parler, d'abord parce que j'ai l'impression de détenir un sombre secret et puis parce que même l'écriture ne peut plus rien contre ma rage (oui, c'est le mot). En même temps, je n'en ai pas le courage. Oui, je dois l'avouer je n'en ai pas le courage. Ça me rend dingue, ce paradoxe qui me rend inefficace...

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