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La vie des provinciaux en 2009

Publié le 09 avril 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

madamemim23.jpgJ'ai entendu cette conversation il y a deux soirs, en attendant un bus et dans le bus. Les protagonistes en sont une bonne dame d'une cinquantaine d'années qui a un peu le physique de Madame Mim dans "Merlin l'enchanteur" version Disney, un type tatoué des bras aux pieds, des lunettes à la Arthur Miller sur le nez et un ticheurte proclamant qu'il aime Elvis pour toujours, un beur type racaille de banlieue sympa, la conductrice de l'engin et votre aimable serviteur.

Le type tatoué soliloque depuis un bout de temps déjà devant l'entrée du supermarché où nous attendons le bus. Il demande du feu de temps à autre pour un cigarillo.

"Non mais moi, j'était premier de la classe, le prof me mettait toujours des dix, tu me crois pas mais c'est vrai (s'adressant à un ami invisible), toujours des dix, et puis depuis, je parle plein de langues, au moins quatre ou cinq, l'allemand, l'anglais, le russe, l'allemand, l'arabe...ad lib"

Il repère une jeune conne qui passe et lui lance : "hé ! tu me donnes du feu et je te file un café, hein un café, ça te dit ? Et puis après on ira danser, mais si tu veux, hein...ad lib"

La jeune conne fait des grands gestes à sa copine et elles pouffent connement de concert les écouteurs vissés aux oreilles : "J'ai rien compris à skiladit, hi, hi, hi..."

Bien sûr, alors que je faisais tout pour ne pas me faire remarquer du tatoué, la première personne qu'il repère c'est moi :

"Hé, toi, oh non vous, vous auriez du feu ? Passke là, j'attend le bus, pour aller aux archives, pask'aux archives, tu comprends, je bosse sur plein de trucs...ad lib"

Je suis sauvé par l'arrivé du véhicule urbain. "Madame Mim" arrive. Elle a un sac de sport, elle souffle, elle me regarde et elle me dit : "c'est bon le sport, ça fait du bien" (De quoi je me mêle ? pensés-je très fort)

Le petit beur nerveux nous rejoint.

La tatoué se lève subitement comme poussé par un ressort et va tambouriner contre la porte d'entrée :

"Hé, dis donc, hé, faut ouvrir, paske nous, on attend et que le meussieur y voudrait s'asseoir" (il dit ça malgré mes véhémentes dénégations)

La dame comprend, elle sort fumer une clope.

Le tatoué lui demande du feu, il lui ressort tout son argumentaire en faveur d'un café et puis plus si affinités. Elle refuse. Il va sur un banc bien sagement.

Le petit "rebeu" comme disent les djeuns, dit alors : "Y'a des gens bizarres quand même en province, y se marient tous entre eux ou quoi ?"

Madame Mim ne dit rien mais elle est rouge de courroux, la conductrice répond : "Y'en a des qui se marient entre eux, c'est comme ça qu'il y avait l'idiot du village chez nous".

Madame Mim acquièse vaguement : "Y'a pas qu'en province kiya des gens bizarres, hein, moi je le sais, j'étais parisienne dit-elle se croyant soudain auréolé d'un peu de lumière de la ville du même nom, A Paris, y'en a plein aussi, y'a des hormosequesuels partout, et pis à Belleville, y'a aussi des gens "bizarres" dit-elle d'un air entendu.

Je manque lui répondre : "Qui ça ?" Précise ta pensée. Dans son esprit, la sottise des uns est compensée par la violence des autres.

Elle rajoute : "Et les gens qui se sont fait agressés dans le bus, hein ?"

Le petit beur rajoute : "Ouais, mais ptêt qu'ils z'avaient cherché les z-embrouilles les céfrans; ptêt qu'y z'étaient racistes"

Il descend à l'arrêt suivant : "Allez... au revoir" dit-il à la cantonade.

Madame Mim poursuit alors son raisonnement avec beaucoup plus d'aplomb : "Des gens bizarres, y'en a plein à la Madeleine (le quartier chaud d'Evreux), des comme ça, et pis y'en a même une, elle sdit assistante sociale mais en fait'e, elle en profite pour donner des sous à ceux qui sont comme elles, c'est rien qu'une menteuse. Mais enfin, bon, on est quand même mieux en province, allez, entre gens normaux, hein"...


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