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« Le silence de la mer » de Jean-Pierre Melville

Par Amaury Watremez @AmauryWat
Silence_de_la_mer_01.jpgKléber Haedens était sévère avec le roman de Vercors, grand résistant de la première heure, qui trouvait ce combat pour la liberté naturel, et avec également l'adaptation de Melville, académique, théâtrale et peu naturelle à son avis. Et surtout, pour lui, les deux personnages étaient deux crétins obtus dans la film comme dans le livre. Je ne suis pas loin de partager cet avis, après tout qu'est-ce qui empêche vraiment les deux personnages de se conduire humainement avec l'officier allemand ? Il y aurait plus de grandeur à cette conduite qu'à celle qu'ils adoptent. La voix «off» du narrateur, omniprésente, est pénible à force, autant choisir de lire le roman. Il n'y a donc pas vraiment d'adaptation cinématographique à proprement parler. Si Nicole Stéphane était très jolie dans des films noirs, elle devient moins talentueuse dans le rôle d'une jeune fille de province. Il est des détails qui tuent dans le film, comme le duvet que l'on voit sur sa lèvre supérieure à cause d'éclairage. Son oncle n'a pas l'âge du rôle, et joue anti-naturellement au possible son personnage. On dirait plus un grand bourgeois parisien, avec de faux airs de Pierre Fresnay. L'officier est joué par Howard Vernon qui ensuite se distingua dans des films d'horreur, dont certains réalisés par Jésus Franco, dont la série des « Orloff ». Avec sa tête qui le fait ressembler à Boris Karloff jeune, on comprend ce qui a pu le pousser vers ce genre de films. Melville le filme comme un archétype de l'aryen, du conquérant pan-germaniste, souvent en contre-plongée et sous un éclairage sinistre, mais la réalité est quand même plus subtile que ça. Et l'humanité n'est pas séparée entre « bons » et « méchants » bien reconnaissables, que l'on distingue facilement. C'est la raison pour laquelle l'adaptation plus récente, de Pierre Boutron, en 2004, avec Michel Galabru dans le rôle de l'oncle et Julie Delarme dans celui de sa nièce est largement plus fine et nuancée tout comme Thomas Jouanet dans celui de l'officier allemand ; les personnages y sont complexes, humains, capables de sentiments, et non continuellement raides comme la justice, hiératiques comme des sculptures d'Arno Brecker, justement..C'est étrange d'ailleurs cette mise en scène de Melville qui réalisa «L'armée des ombres », point de vue beaucoup moins caricatural sur l'Occupation et la Résistance, montrant non des héros surhumains, surpuissants, mais des être humains capables parfois, mais rarement, de se dépasser, quitte à risquer de tout perdre, jusqu'à leur compassion et parfois leur humanité, et d'autres, moins forts.

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