Magazine

Torrents d'amour - Romantisme

Publié le 14 avril 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

cafe_costes_paris.jpgIl m'est revenu en mémoire cette discussion d'un soir avec un ami romantique, ou se prétendant tel. Il m'avait invité au café Costes, le lieu le mettait en valeur se disait-il.

Il poursuivait d'un amour éthéré, idéal, des jeunes femmes qui s'en fichaient, ou se sentaient flattées. Il pleurait beaucoup, souffrait beaucoup, et aimait ça. Et puis quand il arrivait à ses fins, elles ne l'intéressait plus du tout. Après les avoir perçues comme des princesses de conte de fées, elles devenaient des femmes commes les autres, tout juste banales. Il offrait des fleurs et des poèmes enflammés, des vers de mirliton grandiloquents, à des péronelles qui ne l'avaient sans doute jamais remarqué. Il le savait très bien, il était heureux comme ça.

Il me dit :

- Tu sais, moi tout ce qui m'importe, c'est juste de la prendre dans mes bras, dit-il en parlant de sa dulcinée du moment.

Il me regarde avec intensité, attendant ma réponse d'un air de défi. Elle ne se fait pas attendre :

- Moi, je n'ai pas envie de me contenter de la serrer dans mes bras, pour observer ensuite la pleine lune en se tenant par la main. On a tous les deux, fort heureusement, un sexe.

Il me dit que je ne suis vraiment pas romantique, que je devrais essayer un peu de tendresse, que je dois être malheureux pour ressentir cela et idéaliser aussi peu l'amour. Il trouve que sa vie est parfaite comme ça, et que la mienne doit être bien triste. il me plaindrait presque. Ce n'est au fond qu'une réflexion de petit bourgeois satisfait de ses avantages, de ce que ses relations peuvent lui offrir, et surtout à quoi elles peuvent lui servir. Il enrobe le tout d'un peu de sentimentalisme.

Il dit encore se lançant dans une psychanalyse risquée et stupide finalement :

- Les gens comme toi, ils n'aiment pas les gens, on dit qu'ils ne s'aiment pas, mais au fond ce sont des narcissiques.

La soirée commence à être pesante, ainsi sont les donneurs de leçon qui croient leur existence exemplair, ils finissent toujours par se croire autorisés à juger de la vie des autres, à condamner, stigmatiser, approuver sans réfléchir à la profondeur réelle de leur questionnement. J'ai envie de l'envoyer promener, ce dont je ne me prive pas, sa réaction est prévisible, pour lui je suis un ingrat, que l'on aide, que l'on soutient, (juste un tout petit hors de l'eau pour continuer à être en somme le malheureux de service), et "puis voilà tout ce que l'on a en remerciements".

Je le vois s'éloigner, il n'a pas voulu me serrer la main. Ce n'est pas très grave. C'est un barreau en moins à la fenêtre de ma solitude, aussi étrange que cela puisse paraître. J'en soupire de soulagement.

Tout est finalement une question d'apparences et de préjugés, de respect de règles non-écrites qui font que l'on ne doit pas dire la vérité des faits, que l'on ne doit pas prendre les gens pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils veulent donner l'impression d'être.

Un jour, elle était arrivé dans un café où j'étais déjà avec un autre homme. Nous étions connus dans l'endroit, et bientôt, on me plaignit, on me dit : "Tu vois, tu rêvais, une de perdue...". Tout rentrait dans l'ordre immuable des lieux communs et des a-priori, une fille comme elle ne pouvait pas être avec un type comme moi. Et là elle m'a simplement regardé, chargeant son regard de tout ce qu'il y avait entre nous. Et les moqueurs se turent.

à suivre...


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog

Dossiers Paperblog