Magazine

Mort de Ballard mais pas de ses cauchemars

Publié le 21 avril 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

jg_ballard_st_martins.jpgBallard est mort, il faisait des cauchemars qui deviennent tous progressivement réels. Comme c'est un écrivain, un rêveur éveillé, on disait, ce n'est pas sérieux. Le lire c'est comme cette nouvelle de Borgès où les phantasmes d'un misanthrope finissent par se concrétiser. Comme il est dur de se confronter au réel, d'entendre la vérité, ce n'était pas l'employé du mois de sa maison d'éditions, contrairement à Dan Brown (rires : c'est dur d'en parler comme d'un écrivain) ou plus proche de nous Fred Vargas ou Anna Gavalda.

Quelques livres de Ballard...

Je retiens de lui "Crash", ce livre est classé généralement en science-fiction par ceux qui aiment bien les boîtes de rangement mais il est inclassable. Dans un monde où la technologie est omniprésente, où les mystères semblent expliqués au fur et à mesure par la science, où certains expliqueront l'amour par une combinaison de phéromones et d'enzymes, il semble impossible de connaître la passion, l'émotion, le vertige des sens, des corps, une sensation. On a peur du goût et des parfums, peur du corps de l'autre, peur de son propre corps.
Pour Ballard, les machines ont enlevé aux hommes la quasi-totalité de leur côté charnel. Mais cette chair fait froid dans le dos car les êtres humains semblent avoir perdu toute capacité et tout espoir de ressentir, les sentiments deviennent l'ultime transgression mais la modernité, les machines et la surabondance des non-lieux pervertissent tout.

"Peut-être la prochaine fois" comme dit le Ballard, du livre, à Catherine, sa femme. Cronenberg l'a adapté car cela rejoint tout à fait ses préoccupations comme celles de Kubrick en particulier dans son dernier film (dont le thème est moins mineur qu'il n'y paraît). Ce livre est d'une étonnante acuité car il dit l'essentiel sur nous, sur ce que nous sommes devenus, sur ce que nous pourrions être. Ce livre choque, le froid aussi brûle les doigts.
Titre : Crash | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : 10/18

Un des thèmes de "SuperCannes" est en résonance directe avec l'actualité qui voit la banalisation de la violence virtualisée par les médias, dont les télévisions, les films, certaines formes musicales.
A tel point que lorsque la majorité des occidentaux ont vu les images des tours jumelles s'effondrant, beaucoup n'y ont pas cru tout de suite pensant à un trucage sophistiqué, d'ailleurs certains n'y croient pas encore malgré les faits irréfutables.
La violence ne devrait jamais être banale, quel qu'en soit sa cause.
Car "la vie ne vaut rien mais rien ne vaut un être humain", car un être humain qui se fait tuer par cette violence, c'est tout un ensemble de souvenirs qui meurt avec lui.
Titre : Super-Cannes | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Fayard

Crash460.jpg
Un jour, le vent se lève au-dessus de la Grande-Bretagne, pas une vulgaire tempête ou une petite brise, un ouragan qui dure des jours et des jours, qui s'intensifie progressivement. Personne ne peut dire avec certitude pourquoi, un milliardaire décide de construire un nouveau monde et une nouvelle société en bâtissant une pyramide de béton, c'est un "Bouygues" du futur proche. Bien sûr, on peut cataloguer Ballard dans la catégorie de "speculative fiction", mais ici, aucune volonté de crédibilité scientifique, simplement une autre fable sur nos certitudes emportées par le vent comme autant de brindilles.

Pas de spectaculaire chez Ballard, pas de destructions bibliques ni de punitions divines. Ici, c'est simplement le vent qui souffle de plus en plus fort, un peu plus chaque jour.
C'est de la science-fiction dégagée de l'anticipation fantaisiste, du moralisme réactionnaire inhérent au genre peu avant la "new thing" annoncée par Harlan Ellison et ses compères. Et le style littératire y (re)devient une préoccupation.
Titre : Le vent de nulle part | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Pocket

Et mon préféré, qui décrit un cauchemar de société contrôlée...

Il y a quelques temps, une émission de télévision a proposé semble-t-il comme solution au problème de la violence des jeunes de revenir cinquante ans en arrière, c'est de la télé-réalité teintée de fiction, d'autres proposent d'accentuer la répression, certains pays mettent les jeunes et les plus pauvres en prison pour résoudre la question. Il semble que la société moderne ait peur de ses jeunes, s'inquiète de leurs aspirations et les cadre absolument par la publicité, l'éducation et l'économie. Dans cette histoire, Ballard parle de jeunes très sages, travailleurs, disciplinés, qui ne se plaignent jamais, obéissent aux normes des parents et acceptent de perdre toute intimité pour respecter les règles imposées. Ils vivent dans un quartier protégé, une communauté fermée, verrouillée, une prison dorée et fliquée. Un jour, un massacre horrible est commis, il semble bien que ce soit les enfants. Personne ne semble comprendre leur geste...
Titre : Le massacre de Pangbourne | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Mille et une nuits (Editions)


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • La mort qui roule…

    La danse macabre des femmes (1491) « Quelquefois dans le cimetière des innocents, où cinquante mille têtes de morts sont rangées en amphithéâtre, il apparaît... Lire la suite

    Par  Paristoujoursparis
    EN FRANCE , EUROPE, RÉGIONS DU MONDE, SORTIR, VOYAGES
  • J.g. ballard

    J.g. ballard

    Marcel Duchamp, Nu descendant un Escalier No.2, 1912 huile sur toile, 147,5 x 89 cm « Mais ce n’était pas seulement sur le monde extérieur que la douceur du... Lire la suite

    Par  Transhumain
    CULTURE
  • Derrick est mort

    : Horst Tappert, l'acteur qui jouait l' inspecteur Derrick, est mort samedi à 85 ans. Générique Inspecteur Derrick aka Horst Tappert Video Envoyé par le_buzz su... Lire la suite

    Par  Damien Ravot
    CULTURE, MÉDIAS
  • La mort d’Orion.

    Pour ceux qui ont un peu de nostalgie en fin d’année en regardant la neige et la brume envahir la nuit dans un silence incertain. Voici mes vidéos en hommage à... Lire la suite

    Par  Herbertlegrandkhan
    SOCIÉTÉ
  • Mort faute de place ?

    C’est toujours délicat de commenter une actualité brulante pour quelqu’un qui vit depuis 35 ans au cœur de ces problèmes, mais justement … Comment ne pas le... Lire la suite

    Par  Jlhuss
    HUMEUR, SOCIÉTÉ
  • Le Prisonnier est mort

    Il y a des rôles dont un acteur ne se débarrasse jamais. Des personnages qui lui collent à la peau, au point de lui voler son identité. Lire la suite

    Par  Obi3fr
    CULTURE, SÉRIES
  • Deja mort

    A propos de L'Oeil du Purgatoire de Jacques Spitz (L'Arbre Vengeur).Derrière les mains coupées de Maurice Renard, derrière les saints patrons que sont Boule ... Lire la suite

    Par  Lazare
    CULTURE, LIVRES

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog