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Torrents d'amour – colère et misanthropie

Publié le 28 avril 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

burgaud.jpgIl arrive que tout me mette en colère, le juge Burgaud à peine sermonné par ses pères alors qu'il a cru les dires d'une mythomane, et qu'il a causé le suicide d'un pauvre homme, sa tête de fort en thème têtu et sans pitié, de petit garçon à sa Maman qui l'a pourri gâté, Madame Bachelot, qui ressemble à une version moderne et féminine, et kitsch d'Homais, ce cynique étriqué et amoral, ne vivant que pour l'argent, qui nous refait le coup de Tchernobyl et qui nous dit qu'il n'y a rien à craindre du nouveau virus de la grippe qui a plus à avoir avec la politiquement de rendement qu'avec le cochon, pauvre bête encore accusée de tous les maux ; des petites choses, les étrons canins sur le trottoir, courants dans la ville de province où j'habite : les maîtres laissent faire l'animal et scrutent le passant dans l'attente d'une réprimande, les jeunes cons à casquette, se composant une attitude qu'ils estiment virile, la musique au kilomètre sortant du portable ou du « Emmepétroi », la foule, les vieux au regard manquant de bienveillance, le temps pourri, les mensonges.

Près de moi passent un « peunneque » à crête et son chien, un « Pitt » sans muselière; le type a le regard perdu, enfantin, il est allé trop loin dans le jeu des louques et des faux-semblants. Son chien a la langue pendante, il jette de temps en temps un coup d'œil vers son maître. Le jeune lui parle doucement, une douceur à l'opposé de l'image qu'il voudrait laisser. Il fait la manche à la sortie d'un magasin de fleurs, le "Pitt" à ses pieds, paisible contre toute attente.

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Un troupeau de retraités, qui descend d'un car à air conditionné sur le trottoir en face de l'Hotel de ville le regarde avec sévérité, en bas des marches, ils sont salués par un officiel qui leur sourit par grandeur d'âme à côté de la porte qui indiquent fièrement que le véhicule a des toilettes chimiques, il les aime déjà alors qu'il ressemble plutôt à Raminagrobis attendant de croquer une souris, ou bien la belette et le petit lapin, ces benêts naïfs qui s'en remettaient à lui de manière imprudente.

Parmi les vieux, on murmure déjà : « Qu'est-ce qu'il est sympathique ce meussieur tellement instruit ! ». Il y a des restes d'hormones chez les dames qui mouillent leurs lèvres, et chez les hommes qui rentrent leur brioche de notables centristes. Pour un peu ils se mettent au garde-à-vous.

Je suis en colère aussi parce que tu n'est pas là avec moi bien sûr, ce qui n'est possible que dans un monde idéal, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il y a « Chapeau melon et bottes de cuir » qui repasse sur « Arte » nous aurions discuté des mérites comparés de Madame Peel, que je préfère, et de Tara King, que tu préfères, plus banale même si tu ressembles plutôt à la première. Je me prenais un peu pour ton John Steed, toujours à la rescousse des jeunes femmes s'apprêtant à subir un "sort pire que la mort".

C'était un monde disparu qui regardait ce feuilleton, les agents secrets enquêtaient sans jamais tuer de sang-froid, on ne torturait pas les ennemis à la gégène et les héros n'avaient pas de traumatisme drôlement grave qui leur donnait cette gravité que la ménagère de moins de cinquante ans adorent retrouver chez eux. On se prenait moins au sérieux. Il y a une citation que je place souvent et qui est : « la gravité est le bonheur des imbéciles » de Nietzsche à moins que ce ne soit de Mireille Mathieu.

Cela me rappelle la proximité des élections européennes.

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Un type dans la rue me tend un papier jaune sur lequel il y a écrit en somme que l'avenir sera rose et doré gràce à ces élections. Encore une utopie et un mensonge car on sait bien que les députés européens n'ont strictement aucun pouvoir, que c'est la commission de Bruxelles et toute l'usine à gaz bureaucratique qui prend les vraies décisions, généralement enregistrant les desiderata des chefs d'entreprise et des banquiers, dont il ne faudrait tout de même pas entraver la prise de bénéfices, ainsi que l'a dit à peu près le frère de Beigbeider dimanche soir, charmant garçon qui a peu le genre des acteurs de "soaps" ou de porno-soft des années 80, c'est la même esthétique brushing, UV à haute dose.

Le type me dit que c'est important l'Europe, il croit à son message, il porte la Bonne Parole, il a un air extatique. Ce n'est pas que je lui rigole au nez, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un sourire goguenard car subitement, je ne suis plus intéressant.

Il me dit encore de loin : "C'est important l'Europe, 'faut pas s'en moquer !". Il ne quitte pas son coin, c'est un bon petit soldat qui ira jusqu'au bout.

à suivre...


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