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Ludivine Cissé : mystère et confiture

Par Juan Asensio @JAsensio
Ludivine Cissé : mystère et confiture«I'm just a sweet transvestite, from Transsexual Transylvania.»
The Rocky Horror Picture Show.


De Ludivine Cissé, nous ne savons que fort peu de choses. Gabriel Matzneff, s'interrogeant discrètement sur l'âge de la belle (elle est bien trop vieille pour ses goûts juvéniles, une vraie carne mille fois recuite dans les marinades les plus fades, voilà tout ce que je puis lui dire !), Gabriel Matzneff désespéré de ne rien pouvoir apprendre sur elle, aurait lâché un sépulcral mystère et confiture et serait retourné califourcher Gilda la Bavarde en priant pour qu'elle la boucle trente secondes...
Une bouche ouverte, même celle, adorable, de Gilda, ne présente point, hélas, que des avantages pour le vieux faune précieux qu'est Matzneff.
Revenons à Ludivine. Que savons-nous d'elle ?
Peu de choses hormis, mais avec un degré de certitude quasi scientifique, sa date de naissance, programmée à l'occasion de l'accouchement par le siège d'une chimère dont le père et la mère (à savoir : Technikart et Chronic'art, soit, en abrégé puisque c'est la même chose, Technichronic'art), eux-mêmes issus d'expériences farfelues plus ou moins licites et surtout plus ou moins réussies, sont paraît-il particulièrement fiers.
Grand lecteur du génialement retors Poe, j'aime assez les devinettes et Ludivine Cissé, bien trop intelligente (1) ma foi pour être une femme honnête, m'en a posé quelques-unes. Figurez-vous, comme en témoignent les nombreux courriels que la belle (un peu trop ténébreuse, capiteuse et charnelle pour être réelle je le crains) m'a envoyés, que Ludivine Cissé m'aime bien.
Cette confession fera sans doute, je le sais bien, quelques jaloux dans les rangs de celles et ceux qui, n'ayant rien d'autre à faire de leur minable journée, bavardent en attendant que notre jeune première, au rôle toutefois convenu (l'ennemi pour rire de l'intérieur, la fausse cinquième colonne qui sera toujours de l'avis de son chef), exécute quelques entrechats tout au plus habiles, même pas gracieux.
Tant mieux. Qu'ils me jalousent, ces phocomèles du verbe, ces culs-de jatte de l'écriture.
Et même, au cas où l'humble et timide Stalker, le (parfois) détesté et (très souvent) craint (2), aurait douté, durant quelque passagère déprime liée à une quantité colossale de livres à lire (plus d'une soixantaine, tous envoyés par les services de presse, sauf celui de... Quoi, vous le savez ? Eh bien oui, sauf celui de Fayard), au cas donc, improbable fort heureusement, où ce pauvre marcheur arpentant la Zone aurait douté de l'affection que notre houri lui porte, Ludivine n'a pas cessé de la lui garantir et de lui répéter son amicale et bienveillante fidélité.
Mieux vaut, en effet, ne point ouvrir plusieurs fronts et, lorsqu'il s'agit de distribuer quelques coups de pieds salutaires aux gros derrières de toutes les ménagères qui se mêlent de littérature (appelons ce personnage unique, idiot et pleurnichard : Marie) et aux pauvres gars du bout rimé (appelons celui-ci : Raoul ou Gérard, c'est tout un), mieux donc vaut ne pas avoir un Stalker dans les pattes qui pourrait, par jeu, décider d'atomiser la représentation entière, valets et bouffons, amants et maîtresses, cocus et paumés, montériens et montériennes, stépanoviens et stépanoviennes, nabots et nabiques compris.
Tant mieux encore une fois, car, comme le ridicule Michel Surya, j'aime aimer les personnes qui aiment m'aimer et, quitte à faire des jaloux, j'aime aimer le fait que Ludivine, apparemment, suryesquement, aime elle aussi m'aimer.
Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes de la mascarade virtuelle ?
Hélas non, car Ludivine, la nature est faible me dira-t-on, et d'autant plus faible que la belle est courtisée, a commis, ces derniers temps, pas mal d'écarts significatifs qui auraient mis la puce à l'oreille de la plus placide des badernes persuadées de la fidélité de sa jeune et fringante pouliche, qu'il ne monte d'ailleurs même plus depuis quelques lustres, si d'ailleurs il l'a une seule fois saillie.
Pour le dire bien clairement : je nourris de tels doutes quant à la fidélité de ma très chère Ludivine, que le More de Venise passerait pour un béjaune, en matière de jalousie, auprès de moi.
The Rocky Horror Picture Show.jpgAinsi, au cours d'une récente et fébrile recherche, j'ai pu amasser ce ridicule trésor (disponible sur sa page Facebook, je le précise) que je n'hésite même pas à dilapider en vous dévoilant quelques particularités du monstre infidèle.
Qu'apprenons-nous ? Pas grand-chose à vrai dire, quelques indices qui sans doute plongeraient monsieur Teste dans de profondes méditations... Mais je ne suis pas d'une aussi intellectuelle complexion hélas ou plutôt, fort heureusement. La chair vibre si peu qui est réduite à n'être que la docile servante d'un cerveau surdéveloppé.
Ludivine Cissé goûte les énigmes crétoises comme elle l'indique sur son blog aussi étique que le cerveau hypothétique d'Arnaud Viviant paraît contracté, réduit à un seul fil synaptique reliant deux, allez, trois je suis généreux, neurones.
Ludivine Cissé a écrit un livre dont n'existent que les premières lignes, pas franchement alléchantes mais, comme son métier est d'amender les textes des autres, je n'ai aucune inquiétude quant à cet incipit mal fichu.
Ludivine Cissé déteste les coquilles, les coquillettes et les vipères, surtout lorsqu'il s'agit de ses chers et fort piètres confrères, d'ailleurs plus lombrics qu'orvets critiques.
Ludivine Cissé nous avoue et on veut bien la croire que son premier amour s'appelait Malika et que les services secrets français ont voulu la recruter trois fois. Voilà qui fait au moins un point commun entre nous, je vous laisse deviner lequel.
Son cul, nous dit-elle, l'excite plus que tout au monde. Ce n'est pas mon cas (je parle de mon cul, pas du sien), n'étant pas égoïste et ne pratiquant jamais la pénétration autofictive.
Ludivine Cissé nous dévoile encore qu'elle a fait la pute de luxe à Genève et y a de fait connu quelques ambassadeurs. Classique. C'est dans cette ville que je connais depuis mon enfance et qui depuis peu s'encanaille que j'ai dû la croiser, sortant nonchalamment de l'hôtel des Bergues, sans bien sûr m'en douter, lorsque je travaillais dans la Bourse.
À l'époque, les demi-mondaines nous étaient gracieusement fournies avec les bouteilles de Champagne, pardonnez-moi de n'avoir pu retenir tant de visages et de prénoms grimés.
Ludivine Cissé a un goût littéraire pour le moins sujet à caution puisqu'elle affirme que c'est Paul Eluard qui a écrit les plus beaux mots (pas vers, ce détail doit avoir une grande importance...) du monde. Je connais au moins une autre amie qui estime, elle, que c'est René Char qui peut s'enorgueillir de pareil privilège, ce qui témoigne d'un jugement littéraire totalement aberrant.
Certains anciens amis m'ont naguère confié (me confier ce secret a donc brisé notre belle amitié) qu'Éric Chevillard était à leurs yeux un écrivain mais Ludivine m'a promptement rassuré sur ce point : elle méprise à juste titre, ce sont ses termes, son liniment d'eunuque constipé.
Notre Mata-Hari de la lettre énigmatique a également un humour douteux puisqu'une phrase de Nietzsche, extraite de ce pseudo-évangile pour bourricot pas encore sevré qu'est Ainsi parlait Zarathoustra est tatouée sur son (apparemment très long) avant-bras en guise d'aide-mémoire : celui qui un jour veut apprendre à voler, celui-là doit d'abord apprendre à se tenir debout et à marcher et à courir, à grimper et à danser [car] ce n'est pas du premier coup d'aile que l'on conquiert l'envol !
Assurément ! C'est même tellement évident que l'on dirait que Nietzsche a lu Chevillard, je comprends qu'il ait sombré dans la folie.
Ludivine Cissé, cela ne figure pas sur son pedigree, hante la Toile, surtout lorsqu'il s'agit de redresser certaines affirmations douteuses sur la page wikipédienne de Gabriel Matzneff; elle signe alors de divers pseudonymes plus ou moins nietzschéens et tous impénétrables.
Elle se prétend même, allez donc savoir pourquoi, critique littéraire redoutable et n'hésite jamais à venir prêter main forte à son meilleur ami (après moi tout de même), Florent Georgesco, que je surnommai sans l'ombre d'une ironie le Docteur subtil (Ludivine, ici, soufflerait à mon oreille : antonomase) lorsque celui-ci se tue à répéter certaines évidences, par exemple sur Adore de Dahlia (bien évidemment, je vais évoquer d'ici peu ce... machin) qui ne veulent pas être comprises, nom d'un chien, par quelque emmerdeur de mauvaise foi signant Becdanlo (Bernard Fauren, patron des éditions, si on peut appeler ce compte d'auteur déguisé d'un tel nom, Brumerge).
Entre techniciens de l'écrit, on n'hésite pas à s'épauler n'est-ce pas, surtout en cas de coup dur, quitte à afficher, alors et fort peu prudemment pour nos chétifs Jekyll et Hyde de l'édition participative, un goût aussi sûr que peu répandu pour les aposiopèses, polyptotes, adynatons, anaptyxes et autres créatures verbales exotiques.
Bref, au vu de ce curriculum vitae impressionnant, Ludivine Cissé n'a pu émerger que d'un cerveau pour le moins redoutablement... Voyons, il s'agit ici de choisir convenablement son terme avant que Maître Pierrat, ne s'emparant de son dictionnaire de la langue française en cinquante-quatre volume in octavo, n'y décèle quelque allusion répréhensible... Voilà, je le tiens, mon adjectif, mon épithète de nature évoquant d'envoûtants alcools littéraires : alambiqué. Le cerveau de Ludivine Cissé (je vois bien la mine suspicieuse de ceux qui n'ont pas prêté attention aux toutes premières lignes de cet article : Ludivine a bien un cerveau puisqu'il s'agit d'un Ludivin), son cerveau est alambiqué, au moins autant que sa prose est infundibuliforme, d'où il apparaît clairement que la prose d'un auteur, toujours, reproduit quelque caractéristique de sa morphologie.
Ceci étant dit, si Ludivine Hyde est aussi dangereuse lorsqu'elle écrit un livre (une parution imminente est probable, c'est Lise-Marie Jaillant, qui sait absolument tout sauf écrire, qui me l'a confié) que lorsqu'elle démolit, avec un maillet de coton stylistique, d'une façon toute claudélienne (donc, Wrath : torve, cf. l'exergue du Soulier de satin), certains m@nuscrits (c'est beaucoup plus chic que manuscrits, non ?), nous avons toutes les raisons de penser que Florent Jekyll peut à bon droit être considéré comme un écrivain aimant les déguisements (3) avec lequel, comme disent les cancres journalistiques, il va falloir désormais compter.
Notes
(1) Sauf lorsqu'elle spécule sur l'identité de l'éditeur ayant décidé de publier mon prochain livre...
(2) Une journaliste dont je tairai le nom par crainte de nuire à sa prometteuse carrière, me l'a encore confirmé il y a quelques jours, me parlant d'un taux anormalement élevé d'ulcères secrétés par les estomacs fragiles de ses collègues critiques chaque fois ou presque qu'ils promènent leurs yeux sur mes textes...
(3) Je me souviens d'avoir été quelque peu éberlué lorsque ma chère Ludivine, assise en face de moi et me fixant de son étrange regard de sinople s'abritant à l'ombre portée de ses cils immenses, me fit part sans la moindre hésitation de son désir d'écrire pour les Infréquentables (qui alors devaient paraître chez Léo Scheer), plusieurs textes sous plusieurs identités, uniquement pour s'amuser et brouiller quelque peu les pistes...

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