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Louise Brooks vamp et "maverick" du cinéma des années folles

Publié le 08 juin 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

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A propos de sa biographie "Loulou à Hollywood" paru chez Texto

Il y a plusieurs légendes dans le cinéma mondial, et pour nous elles sont surtout à Hollywood. Les hommes et les femmes cachés derrière le paravent clinquant de la publicité des studios ou des films sont souvent encore plus passionnants que leur mythe, en l'occurrence Marilyn ou Louise Brooks, qui fascine ne serait-ce que par le côextrêmementttt graphique de sa silhouette, dont l'histoire curieusement évoque « Mulholland Drive » de David Lynch : tout est pourri non pas au royaume de Danemark mais sur les collines de Burbank où des lettres géantes indiquent la création de mirages sophistiqués, ville champignon surgie de nulle part depuis le muet jusqu'à l'avènement du parlant. Comme dans le film de Lynch, tout semble perverti par l'illusion et le mensonge, les vierges de l'écran sont de parfaites putains et complètement vénales et les putains des filles lucides et sans taches, les séducteurs à la moustache avantageuse préfèrent les hommes et les comiques sont des alcooliques lugubres, au bord de la destruction.

Et ceci Louis Brooks l'a toujours perçu. Elle a compris cependant trop tard qu'elle aurait dû prendre tout de suite ses jambes à son coup en arrivant devant les studios où elle est embauché grâce la maîtresse de William Randolph Hearst, Marion Davies. Et Louise était « Loulou », spectatrice de la folie des hommes mais aussi de sa vie, indifférente à leur bêtise mais aussi à la sienne.

Louise Brooks vient du Kansas, de l'état le plus méprisé de l'Union pour son accent et ses coutumes. Elle est d'une famille déjà hors-norme puisque si ses parents ne sont pas des artistes en tant que tels, on y place la création artistique et littéraire à des sommets très élevés, bien loin devant le désir de reconnaissance sociale, les conventions ou les mondanités. Louis apprend la musique et la danse et part, très jeune, à 17 ans, à New York, pour y exercer ses dons et développer son art. Elle s'aperçoit très vite que les cabarets où elle joue dans plusieurs numéros sont des « agences matrimoniales » pour vieux messieurs lubriques en manque de chair fraîche ou héritiers jouisseurs. Elle déteste la compétition qu'il y a entre les filles sur ce point tout comme la pseudo-camaraderie de gynécée des salles de répétitions : une danseuse doit être belle et séduisante mais surtout pas intelligente et cultivée. On voit hélas que sur ce point les clichés quant à la féminité n'ont pas exactement progressé.

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Elle apprend à perdre son accent traînant de petite paysanne du Midwest gràce à un vendeur de glaces homosexuel et extraverti. Très vite, derrière la comédie mondaine, Louise distingue les hypocrites, les obséqieux, les vendus, les salauds en habit de soirée, mielleux et avides surtout d'espèces sonnantes et trébuchantes plus que d'art ; la drogue et le sexe sont les seuls divertissements de ce royaume triste des ors de la haute société new-yorkaise. Elle a néanmoins la chance de fréquenter Ziegfeld, l'ordonnateur des fameuses « Follies » dantesques et échevéles. Son expérience lui permet bientôt d'aller travailler à Hollywood où elle tourne deux ou trois navets sentimentaux avant de partir pour Berlin tourner « Loulou » de Pabst d'après une pièce de Franz Wedekind qui traite avec ironie des tribulations sentimentales de Lou-Andréas Salomé, amante de Nietzche entre autres. C'est le film de sa vie, et bien souvent on la confondra avec son personnage auquel elle ressemble beaucoup, Pabst s'étant beaucoup inspiré d'elle.

Elle y croise Lilian Gish, Marlene Dietrich, déjà icône du cinéma, qui aime se contempler et se pâmer devant sa propre image, et Greta Garbo qui apparaît comme une grande dame. Elle parle aussi de Bogart construisant son personnage, vraisemblablement très différent de lui, du moins au début, passant de jeune débutant sobre et poli, marié à la prude Virginia Mayo, au type marqué par la vie de la fin à la colle avec Bacall. Elle décrit le travail de comédien de W.C. Fields avec qui elle partage les mêmes origines et le même anti-conformisme dont la même horreur de la fausseté de caractère. Elle ne sera reconnu que tardivement et ce gràce aux critiques français des « Cahiers du cinéma » ou de « Positif » qui ne voyaient souvent elle qu'un pan de sa légende et non la personne qu'elle était toujours.


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