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A deux oubliés du monde

Par Vanillette
A deux oubliés du monde
A deux oubliés du monde, à deux anges blessés. (Bien entendu, les prénoms ont été modifiés)
« Maman, tu vas où ? ». Partie sans s’retourner.
Vingt ans après, les paroles sont volées et étalées aux yeux du monde.

Les souffles sont coupés dans l’attente de la sentence finale.

Mais avant de sonner le glas de la vengeance, faut raconter l’histoire de ces enfants devenus grands.

Ces enfants qui ont saisi la mort de leurs mains tremblantes.

Le cocon familial, cachot de l’altitude, est devenu cet antre de l’incertitude
Pour Anthony qui lui cria « Tu vas où maman ? » d’une voix pathétique
Les bras de la première douceur ont glissé avec ingratitude
Laissant le jeune Lucas dans la solitude de cette nuit dramatique et pudique
Le box des accusés, couloir du terminal, coquille fermée comme le cocon familial
Les deux frangins ont uni leur sang en une atroce tuerie radicale
Et avancent, penauds, abrutis par la camisole chimique de l’hôpital
Liés au corps, liés au cœur par le partage de l’horreur parentale
Nul ne saura le coup de folie qui fut le leur cet été de quiétude
Nul ne saura la plaie béante du manque originel et de l’amour symbiotique
Pourtant, le jugement sonnera froidement, signant définitivement l’habitude
De barreaux castrateurs pour ces deux enfants en errance hypnotique
Errance d’une vie qui fut celle d’une mort latente et mentale
Hommage au malheureux innocent qui a payé le prix fort d’une colère générale
Celle de deux enfants blessés qui ont hurlé en un râle
« Tu vas où, Maman ? » « S’il te plait, parle ! »
Ils rejoindront plus tard cet univers carcéral en désuétude
Qui rappelle l’enfermement passé et qui rend mutique
Rappel des foyers de l’enfance désenchantée où naissait la juste inquiétude
De l’éclatement psychique et de la chute psychopathique
La cour d’assises ressemble au sanctuaire des victimes d’un abandon banal
Abandon illégitime de deux parents bouleversés dans leur système mental
La mère baisse la tête, honteuse du sort de sa progéniture anormale
Alors que le père semble avoir perdu la raison dans son repli marginal
Enfants dits criminels à qui on a volé l’humanité à force de lassitude
Ce jour-là où on les a laissé courir seul, l’exil devint symptomatique
Ils savaient à peine marcher mais pris dans la béatitude
De la lumière crue, ils furent pris par la découverte de l’errance frénétique
Eblouis, ils ont tourné le dos au soleil pour retrouver la route normale
Comme font tous les enfants du monde en temps estival
Mais pour eux, personne pour les trouver. Simplement un mauvais mistral
Qui les a violemment entraînés vers cette route aux mille entraves.
Premiers pas appris dans la rue et l’infinitude
Soumis à la loi du plus fort, loi brutale du système étatique
Sans autre choix que la bataille pour survivre dans cette solitude
Vivre appartient à d’autres lorsque la nuit tombe sur les paupières des enfants névrotiques
Envie d’crier à l’injustice, envie de dire l’innommable
Pour ceux que l’on a enfermés depuis trop longtemps dans la violente spirale
Dans ces cages grises qui régulent l’ordre social
Quand la société a peur d’avouer son échec dictatorial
Echec d’avoir cru qu’il était trop tard pour les sauver de l’hébétude
Honte à toi qui n’a pas su agir, société mutique
Tu n’as su humaniser qu’à grands coups de neuroleptiques
En brisant le lien vital d’un dernier regard sarcastique
Qu’ont-ils fait, tout ce temps, éducateurs et adultes bienveillants ?
Foyers de l’enfance où l’enfant a cessé d’exister quand l’adulte est tout-puissant
Qu’ont-ils dit aux anges blessés et agonisant
Dans une marre d’abandon et d’ignorance ?
Ils n’ont su rien dire à la vérité inaliénable de la douleur
Ils n’ont su rien dire au sanglant mensonge de l’horreur
Ils n’ont su rien dire à la violence des lames sur les corps
Ils n’ont su rien dire aux larmes refoulés quelque part dans le décor
« J’ai fait une connerie, putain, j’ai pété les plombs, je suis paumé
Ils vont venir m’attraper, ils vont venir m’enfermer

Et étouffer ma douleur dans une solitude médicamenteuse
Dans l’accusation de ma barbarie tueuse
« Ils vont venir me chercher, je me rendrais, j’te le promets
Il n’y a plus d’espoir, ils déterreront son corps dégommé

Vont dévoiler au monde entier les débris osseux

De ce malheureux inconnu parti avec le manque poisseux

« Je voudrais te dire à toi que j’ai perdu le sens de la vérité
Lorsque dans ma tête, quelque part, ça a pété

Je n’ai pas compris, ça n’était pas moi, ça n’a fait que fluctuer

Je voudrais te dire à toi Maman, combien le monstre m’a tué

Vingt ans de réclusion criminelle, dira le juge des Assises devant le monde voyeur
Vingt ans pour sentir la vie couler en soi avec douleur
Sous l’égide des matons tueurs et dans l’ombre de la société
Parce que l’enfermement vaut mieux que la réalité d’un échec désavoué
Envie de tendre la main aux deux bambins rieurs
Envie de crier que quelque chose ne tourne pas rond, que c’est un leurre
Envie de lever le poing pour dire l’enfermement
La honte de la République, la hurler jusqu’à l’épuisement
A deux oubliés du monde, à deux anges blessés

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