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L'art de vivre qui nous réunit

Publié le 22 août 2009 par Amaury Watremez @AmauryWat

art-de-vivre-grd.jpgJe me suis demandé ce qui peut bien réunir les français hors des grands principes après avoir lu « Fier d'être français » de Max Gallo qui m'a laissé un peu sur ma faim (et puis c'était bien la peine d'écrire ce livre pour se jeter ensuite dans les bras du nabot), ce qui m'amène à reparler d'un sujet à la fois léger et primordial, c'est quand même un peu trop IIIème République son idée de la France, hussard noir sans nuances. Elle m'est certes toujours plus sympathique sa vision que celle d'un « trader » ou d'un directeur de banque pour qui c'est surtout une possibilité de dividendes ou de bonus et une ligne de comptabilité. Il oublie à mon avis une chose essentielle qui est l'art de vivre à la française, cet art de faire d'apparentes futilités des éléments fondamentaux de la vie quotidienne. Cela étonne toujours beaucoup les étrangers de voir qu'en France, on s'inquiète de la qualité de ce qu'on mange, du goût, de la douceur de vivre, qui s'effiloche progressivement. Cet art de vivre, du Nord au Sud avec ses spécificités régionales ou locales est en somme la base de l'adhésion aux valeurs qui unissent ce peuple. Quand on est capable de taire ses dissensions autour d'un repas, d'un bon vin, que l'on considère que c'est plus important qu'une idéologie, on sera plus enclin à écouter, à s'ouvrir à l'autre sans pour autant renoncer à ce que l'on aime et à la Liberté. Les idéologues ou tous ceux qui défendent telle ou telle vulgate et s'y tiennent jusqu'à la bêtise détestent la joie collective qui émane d'une tablée conviviale, ils ne la comprennent pas, pour eux, se réjouir en dehors de leur cause est un scandale et un blasphème. Tout comme se réjouir tout court, ce qui devrait être considéré, et ça l'est, comme une forme d'exaltation de la Création et non comme un sabbat matérialiste. Des anthologistes que d'aucuns considèreront un peu vite comme blasphémateurs ont écrit un jour que la phrase la plus dramatique de l'Évangile et celle par laquelle commence la vie publique du Christ est : «Ils n'ont plus de vin ». Les peintres de genre flamands s'en souviendront quand ils peindront des scènes religieuses.

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Ils ne voient d'ailleurs ça, il est vrai, que comme une beuverie et pour eux c'est simplement bouffer quitte à se laisser avoir par des slogans orwelliens que l'on trouve maintenant partout, du paquet de cigarettes aux publicités pour les « cinq fruits et légumes par jour ». Pour eux ce sont les vestiges d'un monde voué à disparaître avant l'avènement d'une humanité nouvelle qui bien sûr vivra, selon eux, d'après leurs principes sans barguigner, tant pis si c'est sans son consentement. Certains préviennent, à l'heure des règlements de compte, les esprits libres qui apprécient encore cet art de vivre qui semble si futile aux promoteurs de l'ère nouvelle seront collés au mur. Ils ne sont pas dans le sens du vent, chaque mois un scientifique sort une étude sur tel fromage naturel ou tel plat traditionnel qui serait mauvais pour la santé, on interdit les fromages crus aux femmes enceintes, on compte les triglycérides et le choléstérol dans le Pot-au-feu, on scrute les effets du vin et des alcools de fruits. A ce propos, je me demande si la littérature n'est pas né de la faculté d'appréciation du Cognac ou du Calva, le réchauffer dans la paume de la main, le faire légèrement tourner dans le verre, en admirer la couleur, le humer, et le poser, et en parler, puis, le boire.

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La douceur de l'art de vivre à la française ce n'est pas poussiéreux, ce n'est pas figé comme on le voit parfois dans des émissions culinaires, à la rigueur qu'un pâté ressemble à un modèle d'exposition en cire importe peu, ou des macarons à la pistache ou un dessert aux framboises de saison délicatement posées sur un peu de crème anglais dans une aumônière de pâte légère. Un pays où il y a des dizaines de sortes de fromages est difficile à gouverner par un dictateur ou un régime autoritaire, du Maroilles au Vieux Lille en passant par la boulette d'Avesnes, autre fromage de caractère, en passant par le camembert, la miséricorde du Très-Haut soit sur la tête de la sainte femme qui l'inventa. Un pays où des assiégés inventent le cassoulet alors qu'ils sont assiégés et quasiment perdus face à l'ennemi est un pays qui ne pliera que difficilement sous la botte ou le joug, où l'on se demande doctement si il faut mélanger le gibier et les fruits quand on n'a plus de légumes est un pays pour le moins unique, les esprits chagrins diraient, je suis sûr qu'il y en eût : « Mais vous n'avez que ça à foutre ? ». Oui, quand tout est perdu ou le semble, il n'y a que ça à foutre, se réjouir le cœur et le corps avec les autres, pour le panache, l'honneur et parce que c'est une manière de ne pas sombrer dans l'esprit de sérieux, même quand l'heure est grave.

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Elle l'est, les barbares sont déjà là, créés par notre société, complètement coupés de la vie, de la Nature, des autres, de leur passé, soumis aux diktats de l'apparence, de la télévision commerciale ou non, des décisions prises par des irresponsables qui manient des sommes effrayantes sans aucun sens de la mesure. La diversité de cet art de vivre est largement compatible avec les français récents, le couscous est devenu un plat presque traditionnel de France ou le tajine, et les épices orientales de toutes façons sont connues et utilisées depuis le Moyen Age. Cette douceur de vivre ne se trouve pas dans les musées, ou les quartiers musées, elle continue de vivre dans des endroits secrets, car c'est presque une douceur clandestine...


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