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Les TIC et l’orthographe

Publié le 07 septembre 2009 par Jeromebondu

Les TIC et l’orthographe

Parmi les effets induits de la révolution numérique, il est en un qui en ravira plus d’un, c’est la réforme de l’orthographe. Un article du 5 décembre 2008 du Monde intitulé "Réformer l'ortografe pour l'enseigner" avait déjà attiré mon attention. Le gros titre du Point de cette semaine « Orthographe, la grande injustice » m’a décidé à apporter ma modeste contribution à ce débat.

 

D’abord, brièvement, les faits :

-L’orthographe française est une des plus difficiles d’Europe.

-Elle n’a pas évolué depuis 150 ans, alors qu’elle est elle-même le produit d’une longue évolution.

Un peu d’histoire (tiré de l’article du Monde) :

« L'orthographe s'est transformée d'elle-même, naturellement, entre 1650 et 1835. Tous les douze ans en moyenne, un aspect important de notre écriture a changé. Tout démarre au milieu du XVIIe siècle, à la suite des réformes religieuses du XVIe siècle. La réforme protestante fait un devoir aux fidèles de lire la Bible dans la langue nationale. La contre-réforme catholique s'accompagne d'une réforme de l'Eglise qui incite également les fidèles à lire. Partout des écoles s'ouvrent, et l'enseignement de la lecture aux enfants, qui devient graduellement une obligation pour tous, se heurte à une orthographe beaucoup plus complexe que la nôtre. Par exemple, ce qui s'écrivait "iestois" devait se lire et se prononcer (comme aujourd'hui) "j'étais". L'orthographe est alors d'une telle difficulté que l'apprentissage direct de la lecture en français est à peu près impossible. Il faut commencer par apprendre à lire en latin avant de passer au français.

L'orthographe doit donc se simplifier pour que les larges masses puissent apprendre à lire. Vers 1650, on commence à supprimer des consonnes muettes à l'intérieur des mots (poictrine, cognoissance, escrire). En 1667, au soulagement général, les imprimeurs distinguent enfin le "i" du "j", le "u" du "v". Ce sont les points de départ d'une série de réformes qui s'opèrent en continu durant cent cinquante ans. Il faut voir ces réformes comme des évolutions naturelles ne suscitant aucune polémique. Les changements orthographiques se déroulent dans les ateliers d'imprimerie, car les éditeurs, français ou étrangers, répondent à la demande des usagers et collaborent à l'amélioration de l'écriture. L'orthographe n'est pas figée comme aujourd'hui. Il y a bien un usage orthographique, mais rien n'interdit à un certain nombre de graphies voisines de coexister ("connaître" s'écrit cognoistre, congnoistre, connoistre…), parfois même dans le même ouvrage. Peu à peu, la graphie la plus simple finit par s'imposer sous l'influence des maîtres d'école dont l'intérêt professionnel est de réussir l'enseignement de la lecture. Puis, d'un seul coup, vers 1835, tout ce mouvement de réformes s'arrête. (…)

La même profession (les maîtres d'école) qui, jusque-là, s'employait à faciliter l'apprentissage de la lecture en simplifiant les graphies archaïques, va défendre bec et ongles son orthographe, qu'elle a eu tant de mal à acquérir, qui atteste son savoir-faire professionnel, et qui joue un rôle déterminant dans sa promotion sociale, car l'instituteur devient secrétaire de mairie dans la plupart des villages de France ».*

Les arguments pour la réforme sont multiples :

- C’est un frein à l’apprentissage de notre langue, et donc par ricochet à notre rayonnement.

- A l’ère du numérique l’écrit s’est imposé partout. Nous écrivons beaucoup plus qu’avant. « L'orthographe défaillante devient une barrière à l'embauche, un frein aux évolutions de carrière. »*

- Passer du temps à apprendre les « codes » de l’orthographe ne pourra se faire qu’au détriment d’autres matières. « Si l'on voulait vraiment revenir au niveau des années 1920-1950, il faudrait que les élèves y passent au moins une heure par jour pendant la majeure partie de leur scolarité. On serait alors obligé de renoncer à des enseignements modernes qui sont d'une importance majeure. »*

-Faire évoluer l’écrire, c’est respecter la tradition historique.

Si les changements de viennent pas d'en haut, ils viendront d'en bas. L'utilisation des multiples outils  de communication écrite (blog, microblog, texto, chat, ...) l'imposera.

On ne défend pas une langue en la momifiant écrit François de Closets. Pourquoi faut-il que dans ce pays tout soit objet de rapport de force, et qu'il faille forcément un vainqueur et un vaincu ? s'interroge l'écrivain. Pourquoi les choses passent-elles toujours par une phase de blocage et d'affrontement avant de trouver une solution ? 

Jérôme Bondu

*Les parties en italiques ont issues de l’article : "Réformer l'ortografe pour l'enseigner"

Article paru dans l'édition du 5 Décembre 2008

Interview d’André Chervel , spécialiste de la langue française.

Voir aussi Le Point "Orthographe, la grande injustice" dossier réalisé par François de Closets.


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