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La compromission et l'art d'écrire : Lecture de Michel Crépu

Par Juan Asensio @JAsensio
Gustave Caillebotte, La Sieste, 1877Gustave Caillebotte, La Sieste, 1877.
«Il y a des livres dont les phrases ressemblent à des sentiers assez tortueux qui mènent le long de précipices dissimulés par d’épais buissons, et parfois même le long de cavernes spacieuses et bien cachées. Ces profondeurs et ces cavernes ne sont pas remarquées par ceux qu’occupe le travail et qui se hâtent vers leurs champs; mais elles deviennent graduellement connues au voyageur oisif et attentif.»
Leo Strauss, Le caractère littéraire du Guide pour les perplexes, in Maïmonide (Puf, 1988), pp. 256-7.

Rappel
Charles Du Bos l'irréprochable ?
Michel Crépu lecteur de George Steiner : tout va bien !
Solitude de la grenouille de Michel Crépu.
41j+9oTX7GL._SS500_.jpgÀ propos de Lecture. Journal littéraire 2002-2009. La Revue des Deux Mondes (Gallimard, coll. L'infini, 2009).LRSP (livre reçu en service de presse).
Selon le grand Leo Strauss, l'écrivain ou le penseur contraints, pour ne pas risquer d'être inquiétés par le pouvoir, d'adopter un art d'écrire ésotérique (au sens premier de ce mot), se dévoilent brusquement, presque à leur propre insu, par une seule phrase aux motifs répétés au cours de l'ouvrage, une phrase qui livrera au lecteur attentif la clé lui permettant d'ouvrir la porte dont les lecteurs pressés, les mauvais lecteurs, n'ont même pas soupçonné l'existence. Cette clé de lecture sera infiniment plus que savoir pétrifié dans la gangue philosophique : un commandement, une invitation à se tenir debout, une entrée en résistance intérieure, voire en dissidence pour les cas les plus graves de persécution. Pour certains, la corne de taureau que Michel Leiris disposait dans L'Âge d'homme pour encorner les fesses grasses des esthètes rêvant d'action plutôt qu'agissant est bien réelle. Pour certains, écrire, oui, est une question de vie ou de mort, je note cette phrase en étant bien certain qu'elle fera ricaner l'habituelle engeance des pleutres mous et des doctes planqués.
Michel Crépu jouit, exulte, sollersise (ne dit presque rien sur presque tout, succombe au stupide tropisme du tout-cela-se-tient-bien-sûr-sans-que-je-daigne-vous-en-expliquer-la-raison, cf. p. 381), dort, rêve, lit, aime, écrit, dort encore, barthise (ne dit presque rien sur presque tout, le style en plus), marche, dort toujours (cette fois, les livres, comme il dit), fait la sieste (ce qui n'est point tout à fait dormir), critique (un tout petit peu) mais, à moins que je n'aie rien compris à son Journal, n'agit pas, au sens le plus noble de ce terme. Il ne crée rien, ne lutte contre rien, esthétise tout, jouit et dort de tout, s'énerve (rarement) et nous donne la clé de son apparent et enviable bonheur d'être... Michel Crépu, en toute simplicité.
C'est à la cent-sixième page de son Journal que Michel Crépu, durement persécuté par un pouvoir autocratique et policier qui ne plaisante pas, vous pouvez me croire, avec les esthètes inoffensifs et les jouisseurs frottés à l'eau de Jacques Bénigne Bossuet, écrit la phrase qui constitue non seulement la clé de son livre mais, probablement, si je me souviens de ce que j'ai lu sous sa plume, de bien de ses autres textes, plus haut rappelés, peut-être même de tous, de tous ceux que je n'ai point lus. Cette clé, heureux lecteurs et vous, lecteurs pressés, messieurs les critique littéraires dont je guette avec gourmandise les phrases creuses saluant le journal de lecture roboratif d'un homme décomplexé et jouisseur ou le goût exquis et tellement rare de nos jours de la lecture bien faite, cette clé, je vous la donne : «Amusant de penser que l'anti-politiquement correct absolu serait aujourd'hui de faire l'éloge du tiède, de la demi-teinte, voire du frileux», phrase ô combien évocatoire conclue par cette autre : «Rien de plus subversif qu'une paire de charentaises en relisant un bon vieux Lundi de l'oncle Beuve !».
Amis lecteurs, ne faites plus un mouvement, pas même de vos yeux aux prunelles élargies par la peur ! Plus un geste, ne vous retournez pas car la seule lecture de ces phrases inoffensives en apparence a déclenché tout un tas de savantes alertes qui ont mis en branle de complexes robots naviguant sur la Toile. C'est trop tard, vous êtes déjà fichés et serez cueillis par une escouade d'hommes en noir portant masque sur le visage dès que vous piquerez votre prochain roupillon, vous endormant, sans doute, sur Journal de Michel Crépu. Attention, on peut dormir en lisant, lisant, même, en dormant un livre, comme nous l'apprend le spécialiste Crépu.
C'est que nous avons touché, sans tambours tendus de peau humaine ni roulements d'yeux exorbités, le comble de l'intrépidité révolutionnaire. Ne vous en étiez-vous donc pas rendu compte ? Pardi, c'est que, comme tous les vrais révoltés, Michel Crépu est un as du camouflage et de la vie double, triple, quadruple : tranquille patron de la très vénérable Revue des Deux Mondes le jour, au bureau de laquelle il se rend en bus, le soir impitoyable Mr. Hyde, lecteur fanatique d'ouvrages qui feraient passer le Necronomicon pour une gentille bluette situationniste, le Formicarius du peu amène Jean Nider pour une bluette de mirliton signée Paul Eluard.
Ces deux phrases de Crépu que l'on dirait extraites des rugissantes Thèses d'avril de Lénine, phrases qui n'en font assurément qu'une dans la veulerie de leur intention, par quoi sont-elles précédées ? Par l'évocation de Bernanos, celui de La Grande Peur des bien-pensants, le Bernanos que Crépu n'aime pas du tout, celui ayant écrit ce «livre consternant [qui] a été lu avec les belles lunettes de l'esprit rebelle, en guerre contre les bourgeois paisibles, etc.». Et caetera, comme c'est facile... Michel Crépu, comme Philippe Sollers dont il parodie (involontairement, espérons-le) jusqu'au style fait de suggestives ellipses et de phrases courtes privilégiant l'absence de verbes et de conjonctions de subordination, Michel Crépu lâchant, dans une courette assez grande pour contenir la niche de Médor et son écuelle, de simples notations juxtaposées (1) qui se veulent cinglantes et ne sont que de minuscules banderilles incapables d'exciter le taurillon de la langue, Crépu copiant Sollers et de fait pouvant prétendre au plus habile plagiaire du meilleur de nos plus mauvais écrivains, ne nous dira rien de ces prétendues lectures bienveillantes de La Grande Peur. C'est à toi, lecteur expert ou pressé, que le flambeau est passé ou plutôt jeté, avec une mou de dédain, afin non point de remplir du beau travail de ton imagination ce que Crépu ne fait que suggérer mais plutôt combler ses lacunes pour le moins patentes. On ne demande point au maître, créateur de l'immense fresque concurrençant la Création, de fignoler les boucles des perruques des badauds fixant l'éther la tête renversée, etc.
Comme si tous ces panneaux publicitaires, new-yorkais par leur ravissant manque d'ostentation, ne suffisaient point, les lignes écrites le vendredi suivant cet héroïque mercredi anti-bernanosien sont consacrées à Léon Bloy, lorsque Michel Crépu, qui décidément, de voyages en dîners, de promenades en siestes, rencontre un monde fou, évoque un mystérieux P. G. (derrière lequel doit se cacher Pierre Glaudes, le meilleur spécialiste du Mendiant ingrat), puis nous avoue que la «détestation vomitive» l'ennuie et ne l'excite pas, affirme même que les gens qui vomissent à longueur de livre, comme Philippe Muray, lui font de la peine (p. 107) et que, lui, Michel Crépu qui aime diablement son époque et ne veut surtout pas en changer, oppose l'abbé Mugnier à Bloy et qu'enfin il se contrefiche, au cas où quelque importun aurait le culot de le lui faire remarquer, qu'on lui dise que Mugnier est un écrivain pas même mineur, non, mais simplement plaisant et anecdotique, bref, un écrivain en charentaises, comme Michel Crépu est un critique en charentaises, comme Patrick Kéchichian est un pamphlétaire ouaté.
Pardi, mais nous le tenons, notre rebelle, notre catholique festif qui fait le malin sans avoir jamais pris le plus petit risque physique depuis qu'il est né (je ne demande qu'à être contredit sur ce point), s'imaginant «être otage quelque part en Orient, avec cette chance d'avoir sous la main (laissé par un précédent otage) l'édition dudit Journal [d'Amiel]» (p. 155), notre amateur de Barthes et de Sollers (deux des noms les plus cités de ce Journal, je l'ai dit) apparemment jamais inquiété par un soupçon de désespoir (cf. p. 134) ! Le voici donc, notre explosif subversif atteint du haut-mal de la sieste (2), notre Sainte-Beuve jouisseur, l'un des maîtres de Crépu, ainsi que Du Bos qu'il confond sans doute avec Gide et dont il n'a retenu que la «disponibilité» ou la capacité, comme il l'écrit, d'éprouver, où qu'il soit, «la fluidité physique du poisson qui peut faire demi-tour à la seconde même, repartir dans l'autre sens» (p. 139), l'idée encore de «la plaque sensible réfléchissante» (p. 153), Sainte-Beuve, grand criminel selon l'auteur puisqu'il a l'effronterie d'aimer «le bourgeois confortable» (p. 121). Décidément, c'est la grande, et peut-être même l'unique idée de Michel Crépu, qu'il nous serine une fois encore à propos de Roland Barthes (pp. 330-7), moins «antimoderne» selon Compagnon que prince tranquille de «la subversion tiède, plus dérangeante que l'autre» (p. 337).
Michel Crépu, grand lecteur, donc straussien sans le savoir, fait des merveilles lorsqu'il plaque ses yeux sur les livres qu'il lit. À vrai dire, il est ainsi capable de diriger notre regard admiratif vers la ligne fulgurante qui résume le livre et en est son ventre mou, son âme veule, sa petite pelote de trouille recuite lui servant de cœur. Ainsi du «splendide livre» d'un universitaire ayant publié dans la revue de Crépu (laquelle, comme il nous l'apprend, est un must obligé dans les salons feutrés des plus grandes et prestigieuses ambassades), auteur d'un essai sur les écrits de Joseph de Maistre, dont il note le passage suivant, qu'il juge essentiel je le suppose puisqu'il est le seul qu'il cite (3) : «Ce qui doit susciter notre intérêt pour Joseph de Maistre est cela même qui devrait nous détourner de le lire : le caractère proprement scandaleux d'une œuvre appliquée scrupuleusement à justifier l'injustifiable, délibérément faite pour provoquer l'indignation» (p. 175). C'est bien sûr, de la part de notre tireur d'élite tranquille, frapper en plein centre de la cible : la prudence jouant aimablement du paradoxe forcé, bourgeois, distillant le frisson le long d'une échine molle, ou bien, pour reprendre les propres termes de Michel Crépu évoquant le Journal de Gide à la date du 11 octobre 1942, une «sensation de mollesse veule, prudente, de cogito en plaid, remettant une bûche» (p. 181).
Comme un archer expérimenté, ne croyez pas que Michel Crépu n'aurait qu'une seule corde à son arc : ailleurs (pp. 189-91), surtout lorsqu'il s'agit, en notant les phrases creuses d'un bouquin de Philippe Sollers (Une vie divine), de devenir vague, poétique, impressionniste même, notre admirable lecteur tartine sa toile enduite de margarine de quelques généreuses couches sur Nietszche, le barbouillant ainsi sans gêne ni pudeur, nous donnant envie de tout, y compris de relire tous les livres du grand philosophe plutôt que d'acheter le bouquin, de toute façon sollersien donc à peu près nul, du patron de la collection L'Infini (ayant édité le Journal de Crépu). Parfois, souvent même, notre Charles Du Bos approximatif devient carrément augure lorsqu'il affirme qu'il «y a davantage de théologie dans la description d'une soucoupe par Mario Praz qu'il y en a dans les surcharges apocalyptiques de Bloy» sur Napoléon (p. 193). En saurons-nous plus ? Crépu va-t-il dérouler le parchemin apocalyptique dans lequel il a précieusement consigné sa vision ? Bien sûr que non, puisqu'il s'agit de ne flatter que l'impression, nous faire croire qu'il y a dans ces fulgurances de boule de sapin de Noël et dans ces éclairs d'allume-cuisinière des trésors insoupçonnés de profondeur, d'intelligence établissant des ponts surprenants de grâce au-dessus des abîmes. Michel Crépu, ne vous l'ai-je pas dit, copie Philippe Sollers jusqu'au ridicule.
Non, j'exagère : parfois, il se contente de paraphraser ses livres comme Un vrai roman (pp. 301-4). Qu'obtenons-nous ? L'infâme galimatias d'un Sollers apprenti qui, pour goûter la rengaine fade de sa petite berceuse, demanderait à son secrétaire particulier de se forcer à l'imiter : gageons que le Doge de la bêtise ne se prête à ce jeu malsain qu'à seule fin de partir d'un grand rire en constatant que son pauvre William Wilson si machiavéliquement torturé, à mesure qu'il échoue dans sa tâche, se liquéfie.
Impressionniste ? Mais enfin, Michel Crépu, certes néo-impressionniste de place de bourg, un dimanche après-midi après la sieste, disons quelque Maximilien Luce d'arrière-sale de vide-grenier, ne l'est-il point depuis la toute première ligne de son Journal (ces deux mots sont de janvier 2002 : «Mardi, sieste», p. 17) déclinée à l'infini par petites touches ridicules et mièvres didascalies contentes de leur petit effet sfumatif : «Musique dans la hutte. Fauteuil, dans le noir» (p. 192), «Tuileries, bleu-gris» (p. 187), «Pigeonnier, store, sieste» [la sixième depuis le début du livre] (p. 135), «Cet après-midi, le tilleul. Son lent frémissement morose. De l'autre côté du mur, la plaine» (p. 90), etc. comme l'écrirait Crépu, car il y en a des dizaines, de ces petites gouaches que l'on dirait réalisées par un Monet devenu gâteux (celle de la page 368 vaut ainsi son pesant de croûtes).
Il s'agit, en somme, de ne point se couper de la réalité, dans l'esprit de Crépu qui a «terriblement besoin de rester en contact avec la boue, le sang, le sperme», surtout lorsqu'ils se trouvent dans les livres (p. 177), pourvu qu'ils se trouvent dans les livres corrigerais-je.
Les livres justement, c'est le grand objet de ce Journal après tout, qui, remarquable absence de définition ou indéfinition si chère à notre auteur, consiste en «collections, notes, commentaires, pièces, monnaies, marqueterie, mosaïque, almanach, citations, médailles, fragments, échantillons, etc.» (p. 256) : pour une fois, la manie du et caetera nous sauve du bâillement et même du sourire sardonique lorsque nous lisons cette remarque méprisante à l'endroit du «fourre-tout blogueux illimité» (p. 277). Ah non, il y a une suite à notre etc. : «Choses du monde et de la pensée dont on pense que ça vaut la peine de les garder.» Les moments qu'il s'agit de retenir, les livres qu'il s'agit de lire en somme ? Avons-nous bien compris ce que nous tenons entre les mains ? Un livre qui est un journal de lectures. Qu'est-ce qu'une lecture selon Crépu ? «collections, notes, commentaires, pièces, monnaies, marqueterie, mosaï...»; non voyons, c'est beaucoup plus complexe que cela, c'est en somme très sollersien, nous répond Crépu : un journal n'a d'intérêt que parce qu'il se veut ou se désire le creuset des livres qu'il s'agit de dormir. Voici comment, en dormant un livre, Crépu nous endort : «j'ouvre un livre, le livre m'endort cinq minutes, ensuite la lecture commence. Je suis passé de l'autre côté, j'ai les yeux ouverts» (p. 273).
La perfection dans l'excellence comme dans la nullité n'étant pas de ce monde, il y a tout de même quelques bons passages dans le Journal de Crépu, qui sont, pour le coup, excellemment portés par son style qui, dans ses réussites, ressemblerait à celui de quelque Aloysius Bertrand incapable de se réveiller d'un sommeil agité : une étonnante vision, d'une fugacité baudelairienne (p. 373), quelques pages sur le nihilisme ambiant à partir d'une lecture de Maurice Merleau-Ponty (pp. 265 et sq.), de superbes passages sur Soljenitsyne, lorsque, Crépu, en Russie, rencontre l'immense écrivain (pp. 307-328), ses portraits par exemple, où son style syncopé privilégiant les phrases de sémantisme vide fait mouche, qu'il s'agisse de Jean-François Revel (pp. 218-20) ou de Nicolas Sarkozy (pp. 225-6) alors qu'il est ridicule dès qu'il est appliqué à un livre qu'il peint par petites touches ou plutôt petits points qui jamais ne composent un ensemble, que le livre soit mauvais comme celui de Jérôme Garcin, Cavalier seul (p. 211), très bon comme La Possibilité d'une île de Michel Houellebcq (pp. 172-4) sur lequel Crépu ironise sottement ou excellent comme l'est Le XIXe siècle à travers les âges de Philippe Muray, avec lequel d'ailleurs Crépu se montre injuste (p. 207) voire jaloux, lui-même n'étant, après tout, qu'un commentateur.
PS : qui a osé écrire que Facebook ne servait à rien ? Il me fallait, pour le titre de cet article, un terme se terminant par -ion et évoquant le plus exactement possible le contraire de ce que Leo Strauss entend par persécution, un état qui suppose, chez le grand écrivain, une réponse digne et d'une grande hauteur morale de la part de celui qui le subit, voire un certain courage purement physique. Je fis appel aux compétences de mes amis (plus ou moins virtuels) qui me donnèrent, en quelques minutes, cette éloquente liste : capitulation, fellation, soumission, comprotection, abdication, abjuration, lamentation, déploration, acceptation, renonciation, soumission, lèche-fion, plébosrophisation, plébomaculation, gangrénisation, castration, renonculation, grégarisation, veulerisation, mussolinisation, fornonculisation, flagellation, sanscouillisation, arrivismisation, trahisonsination, populismation, chaosisation, atrophisation, plébéisation, reddition, adoration, vénération, recommandation, préservation, préservation, recommandation, conservation, bastion, bénédiction, caution, religion, sedanisation, abnégation et enfin, cajolation !
Relisant cet article, je me rends compte que le mot digestion eût peut-être mieux encore convenu à notre propos que celui de compromission.
PS2 : cher Michel, plutôt que de vous plaindre (p. 338), à demi-mots, que Paul Gadenne ne soit pas autrement connu que par la plume de votre collègue et néanmoins ami Jérôme Garcin, publiez donc les articles que l'on voue envoie sur ce magnifique écrivain. À tout le moins, ayez la politesse élémentaire de dire non, voire d'expliquer à votre correspondant les hautes raisons littéraires, philosophiques et religieuses qui vous font lui dire non.
Notes
(1) «Neige sur Paris, jardin des Tuileries fermé, obligé de passer par le pont du Carroussel pour arriver à la Revue [des Deux Mondes]. Le petit escalier qui mène au quai, le fleuve d'un seul coup, à quelques centimètres. Soleil dans le dos, prémisse d'une douceur printanière», p. 136.
(2) Ce point mérite sans doute vérification tatillonne mais j'ai cru compter, dans ce livre de 476 pages, 8 mentions de Sollers, ce qui est finalement peu, 22 de Barthes, ce qui est bien plus que je n'en puis supporter, et enfin une petite dizaine de siestes esthétiques et plotiniennes. Il y aussi 399 fois l'emploi du terme etc., qui vous donne la fâcheuse impression que Michel Crépu, par paresse et incapacité de se tenir correctement à table, termine chaque relation de ses hauts-faits dînatoires par une moue de dédain, comme s'il chassait d'une main un moustique importun, et de l'autre vous passait la salière en renversant la moitié de son contenu sur votre succulente assiette de pintade aux truffes de Sibérie arrosée d'un flacon, dirait Matzneff, de Château Sans Douves cuvée 1856. Par exemple : «Les cariatides, l'odeur de sciure, le pompier dans la coulisse, le grand rideau baissé avec ses trous où l'on devinait l'œil inquiet d'un acteur, etc.», p. 169. Et caetera, effectivement...
(3) Michel Crépu est un lecteur à ce point impeccable qu'il se mélange les pinceaux : page 176, c'est ce même universitaire qui «dit aussi que Maistre aurait voulu garder devant lui le cadavre embaumé de son père» alors que, page 405 de son Journal, cette remarque est attribuée à Sainte-Beuve.

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