Magazine Culture

Balzac. Portrait 9. Valérie et Samson et Dalila. La cousine Bette, 1846

Par Mmediene

Valerie Marneffe: peintres et sculpteurs

Samson et Dalila expliqués par Valérie

Samson n'est rien, là. C'est le cadavre de la force. Dalila, c'est la passion qui ruine tout.

- Eh bien! reprit-elle, voilà comment je comprends la composition. Samson s'est réveillé sans cheveux comme beaucoup de dandies à faux toupets. Le héros est là sur le bord du lit, vous n'avez donc qu'à en figurer la base, cachée par des linges, par des draperies. Il est là comme Marius sur les ruines de Carthage, les bras croisés, la tête rasée, Napoléon à Sainte-Hélène, quoi! Dalila est à genoux, à peu près comme la Madeleine de Canova. Quand une fille a ruiné son homme elle l'adore. Selon moi, la Juive a eu peur de Samson, terrible, puissant, mais elle a dû aimer Samson devenu petit garçon. Donc, Dalila déplore sa faute, elle voudrait rendre à son amant ses che­veux, elle n'ose pas le regarder, et elle le regarde en sou­riant, car elle aperçoit son pardon dans la faiblesse de Samson. Ce groupe, et celui de la farouche Judith, seraient la femme expliquée. La vertu coupe la tête, le vice ne vous coupe que les cheveux. Prenez garde à vos toupets, messieurs!

  

1

   Artus Quellinus, Samson et Dalila, vers 1640

08.jpg

   Gustave Moreau, Samson et Dalila, 1882

Valérie Marneffe et Titien

Dans ce ménage, primitif (disait-il), le baron était aussi dieu que chez lui. M. Marneffe paraissait être à mille lieues de croire que le Jupiter de son ministère eût l'intention de descendre en pluie d'or chez sa femme, et il se faisait le valet de son auguste chef.

Mme Marneffe, âgée de vingt-trois ans, bourgeoise pure et timorée, fleur cachée dans la rue du Doyenné, devait ignorer les dépravations et la démoralisation courtisanesques qui maintenant causaient d'affreux dégoûts au baron, car il n'avait pas encore connu les charmes de la vertu qui combat, et la craintive Valérie les lui faisait savourer, comme dit la chanson, tout le long de la rivière.

     La cousine Bette, 1846

 

6j-Titien---danae.jpg

   Titien, Danaë recevant la pluie d'or, 1553-54

La courtisane Josépha et Judith d'Alloris

 

Après avoir entendu ouvrir et fermer des portes, elle aperçut enfin Josépha. La cantatrice ressemblait à la Judith d'Alloris, gravée dans le souvenir de tous ceux qui l'ont vue dans le palais Pitti, auprès de la porte d’un grand salon: même fierté de pose, même visage sublime, des cheveux noirs tordus sans apprêt et une robe de chambre jaune à mille fleurs brodées abso­lument semblable au brocart dont est habillée l'immortelle homicide créée par le neveu du Bronzino.

judith-1.jpg

   Cristofano Alloris, Judith  (Palais Pitti)

Adeline Hulot et Raphaël


Adeline
, alors âgée de seize ans, pouvait être comparée à la fameuse Mme du Barry, comme elle, fille de la Lor­raine. C'était une de ces beautés complètes, foudroyantes, une de ces femmes semblables à Mme Tallien, que la nature fabrique avec un soin particulier ; elle leur dispense ses plus précieux dons : la distinction, la noblesse, la grâce, la finesse, l'élégance, une chair à part, un teint broyé dans cet atelier inconnu où travaille le hasard. Ces belles femmes-là se ressemblent toutes entre elles. Bianca Capella dont le portrait est un des chefs-d'œuvre de Bronzino, la Vénus de Jean Goujon dont l'original est la fameuse Diane de Poitiers, la signora Olympia dont le portrait est à la galerie Doria (...),  toutes ces femmes, restées belles en dépit des années, de leurs passions ou de leur vie à plaisirs excessifs, ont dans la taille, dans la charpente, dans le caractère de la beauté des similitudes frappantes, et à faire croire qu'il existe dans l'océan des générations un courant aphrodisien d'où sortent toutes ces Vénus, filles de la même onde salée !


Adeline Fischer, une des plus belles de cette tribu divine, possédait les caractères sublimes, les lignes serpentines, le tissu vénéneux de ces femmes nées reines. La chevelure blonde que notre mère Eve a tenue de la main de Dieu, une taille d'impératrice, un air de grandeur, des contours augustes dans le profil, une modestie villageoise arrêtaient sur son passage tous les hommes, charmés comme le sont les amateurs devant un Raphaël  (…)

1176196J-copie-1.jpg

   Raphaël, Jeanne d'Aragon, 1518

  

Bette Fischer et Van Eyck

Qui voyait la Bette pour la première fois, frémissait involontairement à l'aspect de la sauvage poésie que l'habile Valérie avait su mettre en relief en cultivant par la toilette cette nonne sanglante, en encadrant avec art par des bandeaux épais cette sèche figure olivâtre où brillaient des yeux d'un noir assorti à celui de la chevelure, en faisant valoir cette taille inflexible. Bette, comme une Vierge de Cranach et de Van Eyck, comme une Vierge byzantine, sorties de leurs cadres, gardait la roideur, la correction de ces figures mysté­rieuses, cousines germaines des Isis et des divinités mises en gaine par les sculpteurs égyptiens. C'était du granit, du basalte, du porphyre qui marchait. 
 

   Van Eyck, Margarethe Van Eyck, 1439

  


Retour à La Une de Logo Paperblog

LES COMMENTAIRES (1)

Par Balzacomanie
posté le 23 septembre à 09:49
Signaler un abus

Belle idéee de mettre en rapport les descriptions de Balzac et les oeuvres peintes ou sculptées dont il s'inspire. On en veut encore.

A propos de l’auteur


Mmediene 1502 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog

Magazines