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La lassitude du blogueur

Publié le 07 avril 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

geek-quotidien-humour.pngJe viens de lire une interview de « Chronicart » d'Éric Naulleau au sujet du nouveau journalisme, de l'écriture « gonzo » et des blogs. Elle « m'interpelle quelque part (mais où ?) au niveau du vécu et de l'expérience extime qu'est un blog », voilà qui fait très coool pour une introduction liminaire, le blogueur se doit d'être coool et de parler à la fois djeun et cultureux.

Je suis assez d'accord avec lui sur le fait que ce que retienne la plupart des blogueurs de Hunter Thompson entre autres personnalités hors-normes à la mode c'est surtout tout le folklore autour de la drogue et de l'alcool, la défonce en général, tout ce que l'on peut voir là-dessus dans le film de Terry Gilliam de 1998 d'après « Fear and Loathing in Las Vegas », et je l'approuve quant à la quantité de déchets non recyclables que l'on trouve sur la toile.

Car les rares pékins qui s'en réclament, du gonzo, n'ont vu que le film, ils n'ont pas lu les livres, pour d'autres, les grands pervers qui pullulent sur le réseau, le « gonzo » ce sont surtout des pornos amateurs tournés rapidement avec la voisine du dessus, qui trompe ainsi son ennui, ce qui permet de montrer le plus possible de scènes de cul entre dégénérés mous de la fesse en un minimum de temps dans des intérieurs dignes des pires cauchemars que l'on a pu voir dans les catalogues Roche-Bobois. Ils se contentent de l'apparence, de la pose que l'on peut en tirer. Pour plaire aux filles, la plupart restant dans leur cervelle de moineau des puceaux fiévreux et égocentriques une bonne partie de leur âge adulte, des adolescents moins frais qu'ils veulent bien le prétendre.

Le caquetage des uns ou des autres autour de la culture geek n'arrange pas les choses, celle-ci encourageant le « vieux jeune con » à rester cloitré chez lui à draguer sur « MSN » ou « Meetic » pour ensuite poster des réactions vengeresses bien planqué derrière son écran contre les z-étrangers, les juifs, les bobos, les fachos, les bolchos, obéissant tranquillement à ce que la pub, les médias, les commentateurs télévisuels, lui intime de faire.

Le degré de la réflexion politique, littéraire ou musical est à zéro, d'aucuns croient y trouver une vengeance sur les esprits un peu plus brillants qu'eux, un peu moins formatés, quand certains et certaines parmi ce genre de commentateurs ne sont pas persuadés que l'auteur de l'article leur parle personnellement, un peu comme ces personnes souffrant un peu trop de la solitude qui étaient certaines que Mourousi ou Jean-Claude Bourret leurs tapaient la discute de manière exclusive à l'heure du journal. Les mêmes voient des aliens ou des gens morts dans la « neige » à la fin des programmes.

On oublie aussi que les auteurs sus-cités ou sub-cités étaient avant tout des travailleurs acharnés. Je sais, c'est aussi un autre cliché, il y a des écrivains qui sont bons dés le premier jet, mais le talent inné est d'une extrême rareté.

Ce qu'il retient d'un dingue comme Hunter c'est je suis une icône car « je bois trooop, je me drogue trooop, je fais la fêêête, j'écoute des musiques de diingue, je parle de moiiiii tout le temps, je suis vraiment un type drôlement dans le vent, dis donc ».

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Quant à l'écriture c'est un souci, un questionnement qui vient largement après, le but ultime étant d'être connu, d'être célèbre même si c'est juste une seule petite journée, même si c'est pour rien. Il suffira de balancer un ou deux gros mots, de dire quelques horreurs de fin de banquet sur les filles, et, croit-on, roulez carosse. Si ça ne marche pas c'est que tous les autres sont des jaloux, des nuisibles, des malfaisants, il ne lui viendrait pas à l'idée de se remettre en question, l'écriveur de blog qui veut être bien vu à la fois d'Ardisson et de sa crémière, ce qui revient au même. Il ne comprend pas qu'il n'ait pas encore été invité au « Grand Journal », même s'il prétend que cette émission est le parangon du politiquement correct et du cirage de pompes. Il voudrait bien s'asseoir à côté de Bedos pour dire que le racisme c'est mâââl, ou alors jouer les politiquement incorrects de service en balançant une ou deux piques perfides sur le système dont il désire pourtant ardemment faire partie.

Et si d'aventure, il y va quand même il adore quand sa concierge lui demande le lendemain : « Il est sympa Michel Denisot ? ». Il répondra : « Ce n'est pas si impressionnant que ça », il jouera les blasés.

Par contre, on oublie très vite que ce qui caractérise Hunter Thompson, entre autres icônes, c'est l'indocilité, pas celle du minable qui se venge de ses frustrations sur Internet et se prétend rebelle alors qu'il rêve de rentrer dans le rang, non la véritable indocilité, celle qui consiste à être soi-même et ne plus tricher, quitte à passer pour un parfait salaud auprès de deux ou trois agneaux ou agnelles. Après Thompson, il y eut aussi Pacadis, Yves Adrien et les « jeunes gens modernes », que vénèrent les « z-inrocks » ou « Technikart », dans lesquels écrivent des jeunes gens bien sages et bien polis, ils n'ont jamais lu ou compris l'un ou l'autre, c'est toujours la posture qui compte, et ce qu'il en reste en 2010 c'est surtout un louque « eighties » vintage.

Finalement, à leurs yeux, Jacno, un des représentants de ce mouvement aurait été infréquentable eux qui sont surtout des ilotes, car c'était plutôt un dandy et aussi un anarchiste de droite de la plus belle eau, quelqu'un qui déteste son époque pour des bonnes raisons, la médiocrité, la sottise, la lâcheté. Quant à Pacadis, il finissait un peu trop souvent dans le ruisseau et ne prenait pas de douches tous les jours et ne mangeaient pas cinq fruits et légumes par jour, se nourrissant exclusivement de « Valstar » chaude, le petit garçon bien sage, ou la petite fille, qui joue les affranchis(es) n'aurait pu s'empêcher de froncer le nez et de le trouver bien crade.

Cet attrait envers les postures soit-disant hors-normes ou rebelles, ce n'est qu'une manifestation de la pédophilie de la société actuelle, qui a peur et de la mort, et de la maturité, et de la vieillesse. Chacun doit rester bloqué sur ses douze ans toute sa vie, cherchant absolument à se singulariser, tout en recherchant le même genre de singularisation que les ados tous habillés en jeans ou en survêts. C'est le « Meilleur des Mondes » pour tous, le plus nul des epsilons pouvant se persuader par un blog, sa page sur n'importe lequel des réseaux sociaux qu'il a quelque chose d'intéressant à dire, même quand il enfiles des perles ou débite des banalités.


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