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Saint-Pol-Roux, grand ordonnateur des fêtes camarétoises

Publié le 27 avril 2010 par Spiritus
Saint-Pol-Roux, grand ordonnateur des fêtes camarétoisesIl n'est peut-être pas mauvais, alors que Camaret prépare d'estivales festivités en son honneur, de rappeler combien Saint-Pol-Roux participa hyperactivement à l'animation sociale, culturelle, patrimoniale de ce petit port du bout-du-monde, qui l'adopta dès 1905. J'en veux donner aujourd'hui un seul exemple, mais particulièrement emblématique.
En 1912, soit sept ans seulement après son installation dans son manoir du Boultous, Saint-Pol-Roux se chargea, ou fut chargé, d'organiser la Grande Régate de l'été, dont il fit un spectaculaire Hommage à la Victoire : ample et ambitieuse commémoration de "la victoire que Vauban remporta en 1694 contre la flotte anglo-hollandaise qui tentait un débarquement pour surprendre Brest".
Le Magnifique ne lésina pas sur les moyens de la reconstitution - reconstitution conçue toutefois comme célébration de la paix ; il pouvait en effet compter sur l'assistance d'un autre "citoyen de Camaret" d'importance : André Antoine, qu'il sollicita pour le prêt des costumes, et qui, amicalement, s'exécuta. L'inattendue grandeur de la manifestation du 11 août, attira l'attention des journaux de Paris, qui lui dédièrent mieux qu'un entrefilet. Voici d'abord, du Journal des débats politiques et littéraires (12 août 1912, p. 3) :
La fête de la Victoire à Camaret
Brest, le 11 août. - On sait que la baie de Camaret fut, en 1694, le théâtre du débarquement de la flotte anglo-hollandaise, alors en guerre contre notre pays. La célèbre chapelle de Rocamadour, dont une partie fut récemment détruite par un incendie et qui fut aussitôt restaurée grâce à l'initiative du poète Saint-Pol Roux, eut sa flèche abattue par les canons ennemis. Ce furent à peu près les seuls dégâts que put commettre la flotte anglo-hollandaise, car le marquis de Vauban veillait. Prévoyant qu'une tentative de débarquement s'opèrerait à Camaret, il fit établir des batteries.
Le 18 juin, à la faveur du brouillard, sept frégates ennemies viennent s'embosser à portée des batteries françaises. La canonnade commença.
L'ennemi effectue sa descente, mais nos troupes, aidées des paysans et des pêcheurs camarétois, le met incontinent en déroute et le rejette à la mer.
Une frégate hollandaise, s'étant échouée sur le "Sillon" de Camaret, fut obligée d'amener pavillon. Un transport anglais fut coulé par les Français.
Après cette défaite, les bâtiments des alliés levèrent l'ancre et regagnèrent leurs ports d'attache.
Pour immortaliser cette victoire, Louis XIV fit frapper une médaille à son effigie, dont le revers représente, au premier plan, Minerve appuyée sur un bouclier auprès d'un trophée naval ; la mer couverte de vaisseaux forme le fond du tableau.
Le poète Saint-Pol Roux, qui passe tous ses étés à Camaret [les quatre saisons en vérité], a décidé d'illustrer les régates camarétoises, dont il a été nommé président, et qui ont lieu aujourd'hui dimanche, en commémorant cet important événement historique.
Il a imaginé, pour réaliser son idée, un éblouissant programme de fêtes, qui n'a pas manqué d'obtenir un très grand succès.
Cette "Victoire de Camaret" était personnifiée par une belle jeune fille camarétoise, Mlle Lisette Duédal, âgée de dix-neuf ans.
Portant les armes de France, elle était entourée par deux compagnes d'honneur portant l'une les couleurs d'Angleterre, l'autre les couleurs de Hollande.
Le fond décoratif sur lequel évoluait cette gracieuse trinité était constitué par des régates fleuries dans le port, celles-ci faisant face au corso fleuri du quai.
Ce qui donnait à cette fête sa véritable signification, c'est qu'elle avait été conçue dans un sens pacifique.
S.M. George V, roi d'Angleterre, a fait écrire par son ambassadeur à M. Saint-Pol Roux, pour lui témoigner sa joie personnelle de voir commémorer la journée historique du 18 juin 1694. - (De notre correspondant.)
Voici, ensuite, extrait du même journal, le lendemain :
La fête de la Victoire à Camaret, organisée dans un cadre grandiose, fut un beau succès d'entente cordiale.
Après la lettre de satisfaction du roi George, ce fut le maire de Plymouth qui adressa une splendide écharpe de soie blanche destinée à Lisette Duédal, personnifiant la Victoire. Les vapeurs brestois, pavoisés de drapeaux français, anglais hollandais, décorés de verdure, amenèrent des milliers de spectateurs.
Le ministre de la guerre avait autorisé une section d'artillerie du fort de Lagatjar à venir avec de petits canons de campagne qui tirèrent de multiples salves pendant les divers épisodes de la fête, et la musique du 19e d'infanterie prêtait son concours. A une heure, la Victoire accompagnée de deux demoiselles d'honneur portant les couleurs anglaises et hollandaises, arrive dans un superbe char à la Tour dorée de Vauban, classée comme monument historique. Le corps de garde de la tour est occupé par des soldats de Vauban. Au sommet se tiennent le Roi Soleil, Vauban, Jean Bart entourés de seigneurs, de mousquetaires, gardes françaises, corsaires.
Après avoir reçu leurs hommages la Victoire prend la tête d'un cortège historique ; puis, sur les quais, pendant que se courent les régates à la voile, se déroule corso fleuri avec bataille de fleurs.
A quatre heures commencent les régates fleuries, auxquelles prennent part des multitudes de barques toutes fleuries et pavoisées aux drapeaux des trois nations.
La fête se termine par un épisode de mer réglé par le poète Saint-Pol Roux qui déclame un poème d'hommage à la Valeur et célèbre la Fraternité.
La poètesse Perdriel-Vaissière, habillée en paysanne bretonne, déclame également un poème. La fête devait se continuer le soir par des bals en plein vent et des fêtes vénitiennes, mais à partir de six heures la pluie est tombée diluvienne. - (De notre correspondant.)
Saint-Pol-Roux, grand ordonnateur des fêtes camarétoises Ces poèmes furent recueillis dans une plaquette, éditée par l'Imprimerie de la Dépêche de Brest. On y peut lire l'Hymne à la Victoire de Saint-Pol-Roux, La Combattante (Notre-Dame de Rocamadour en Camaret) de Jeanne Perdriel-Vaissière, et, plus inattendu, un poème de Coecilian, le fils aîné du Magnifique, alors âgé de 20 ans. Il s'intitule Camaret-la-Victoire :
CAMARET-LA-VICTOIRE
Au légendaire temps des bâtiments à voilesAlors que les marins n'avaient que les étoiles,Tu vis, ô Camaret, sur tes flots assagisBondir dans le soleil les lourds boulets rougis.
Aujourd'hui ce soleil qui dora ta victoireA mis dans ses rayons des hymnes pour ta gloireEt demandé des fleurs aux moindres arbrisseauxAfin de mieux gréer les mâts de tes vaisseaux.
De la Pointe du Gouin à la Pointe Espagnole,Les parfums et les chants te font une auréole,Et même tes menhirs semblent ragaillardisSous l'obstiné lichen dont ils se sont verdis.
Partout le rire clair et la franche allégresse,Partout le geste ancien qu'amende une caresse,Chacun sent naître en soi comme un nouvel étéOù ces fleurs en s'ouvrant montrent de la beauté.
O fleurs qui remplacez les boulets et les piques !O fils mâles et bons des ancêtres tragiques !Spectacle noble et pur de trois coeurs différentsUnis dans un exploit de plus de trois cents ans !
O petit port entré pour toujours dans l'histoire,Tu portes bien ton nom : Camaret-la-Victoire !Reste digne des vieux qui l'inscrivirent haut,Dis-toi que c'est par eux que ce nom dure et vaut !
COECILIAN.

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