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Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens hors du périphérique

Publié le 20 juillet 2010 par Yann Gourvennec @ygourven

Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens hors du périphériquePourquoi pas les autres… ?
« Si je l’ai fait, pourquoi d’autres ne le feraient pas également ? » S’est dit Xavier de Mazenod, entrepreneur et consultant (cf. sa société adverbe). Ayant quitté en 2004 sa maison à Nanterre et la région parisienne tout court, il est allé s’installer avec sa famille à 20 km d’Alençon et 10 km de Sées (beaucoup de lecteurs doivent se demander où ça se trouve !), à la frontière du Perche et de la Normandie. Et il a créé Zevillage, un site communautaire devenu la référence pour ceux qui s’intéressent au travail à distance. Mais ce n’est pas tout !

À moins de 2 heures de Paris… Mais ça dépend du train

L’Orne finalement, ce n’est pas si loin de la capitale. Moins de 2 heures de Montparnasse, ce qui somme toute n’est pas bien pire que certains trajets entre deux points extrêmes de la très grande banlieue. Mazenod et sa famille ont trouvé une maison du XVIe siècle dans un petit village de cette région, Boitron. De toute façon, confie Xavier de Mazenod, « je ne vais pas souvent voir mes clients à Paris, et quand j’y vais, j’y reste pour la journée, notamment pour y donner des formations » précise-t-il. « La petite ligne de chemin de fer, tout le temps en panne » ne simplifie pas les choses, mais ce n’est pas un handicap selon l’entrepreneur.

Du 1.0 au 3.0 de l’usage de l’Internet

6 familles en 3 ans ont suivi les conseils de Xavier de Mazenod et sont venues s’installer dans son canton, grâce à l’aide et l’accueil du conseil général et notamment d’un de ses responsables « qui a pigé très vite » qu’un accueil meilleur et une politique favorable au haut débit rural serait bénéfique aux nouveaux arrivants et au canton lui-même : un site Web, une politique d’accueil et un encouragement au télétravail furent mis sur pied suite à cette rencontre. Et ce n’était pas gagné : « Dans la campagne en est encore à l’usage 1.0 de l’Internet » ajoute Mazenod, mais le premier résultat fut encourageant. Est venue la question suivante : « soit j’arrête » s’est-il dit « car tout cela est chronophage, soit je passe à la vitesse supérieure ». C’est cette dernière proposition qui fut retenue.

Passer à la vitesse supérieure

La vitesse supérieure, Xavier de Mazenod l’a passée en rencontrant Alain Lambert, président du conseil général et sénateur, mais aussi un « bon blogueur et bon twitterer ». Il a « tout de suite compris » même si le reste de l’intendance a suivi plus lentement, mais « il a su secouer ses troupes » ajoute Mazenod, montrant ainsi qu’avec un peu de volonté… Cette deuxième étape passait par un plan de financement de cette idée de télécentres ruraux. Il a donc travaillé avec la région et le conseil général, malgré les différentes couleurs politiques. La région s’est engagée sur le très haut débit dans toute la Basse-Normandie. Ceci n’est pas une mince affaire car en absence de fibres, il a fallu recourir à d’autres techniques, via le faisceau hertzien, une solution radio qui fournit en théorie 150 Mbs (non garantis) gérée par un opérateur alternatif (altitude).

Boitron 2.0

Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens hors du périphérique
C’est ainsi qu’est né le projet du télécentre à Boitron, petit village où Mazenod et sa famille ont élu domicile. Le projet a démarré dès début janvier 2009 et il a fallu un an de travail pour le monter. 15 k€ ont été apportés par la mairie, 15 k€ par le conseil général pour la rénovation d’un bâtiment, plus de 60 k€ pour une deuxième phase avec un bâtiment haute qualité environnementale (HQE) dont on voit un plan crayonné ci-dessous, le tout dans une ancienne école qui va ainsi retrouver une seconde vie. Dans le pire des cas ajoute Xavier de Mazenod, le bâtiment aura été réhabilité, mais le pire des cas n’est pas envisagé ici, c’est l’avenir qu’on construit, et c’est beau un village qui revit.

Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens hors du périphérique
Mais ce n’est pas tout, le bâtiment c’est bien, mais sans très haut débit, aucun travail n’est possible dans la campagne, ni même en ville. 60 k€ supplémentaires ont été investis pour la connectivité, avec un abonnement noyé dans cet investissement, ce qui fait diminuer les coûts variables et ramène le loyer à 100 € par mois pour 50 Mbs. Assez pour que le lieu puisse servir à organiser des formations, qu’il fasse office de bureau de passage, de lieu de séminaires (au vert bien sûr) et d’événements.

Côté recettes : location et abonnement

La location de la salle de réunion sera placée à 100 € par jour, mais ce n’est pas si simple pour les ruraux, explique Mazenod : « la facturation à l’acte n’est pas possible » car ce n’est pas contrôlable ». Il a donc été convenu d’un abonnement annuel avec un nombre de jours d’utilisation inclus dans cet abonnement.

« Nom@de100R » Keçako ?

Le projet a fait des petits. Et notamment un programme du conseil général intitulé « Nom@de100R » (le « 100R » étant censé représenter « center »), un espace pro pour le télétravail. Mais comme souvent en France, le marketing est là où le bât blesse. Trop de noms, parfois pas très habilement choisis, trop de projets, pas de cohésion, pas de normalisation et une myriade de projets dans tous les sens. La Cantine et les nombreuses autres initiatives à Paris, les centres professionnels de mairie (à Paris mais aussi ailleurs) et des projets périphériques autour de la Capitale avec le projet Actipole21 où sont impliqués des industriels comme Steelcase entre autres ; un projet prometteur selon Mazenod, « pas rural, pas bobo et pas dans les aéroports où tout est déjà prévu ». Un vrai projet où sont alliés physique et virtuel.

« télétravail, télécentre  : des noms incontournables »

Hors de ce maelström de projets, Zevillage poursuit son développement. Il a un atout pour lui : un nom marrant, évocateur et … une bonne communication (voir la couverture presse de Zevillage ici) qui ont même donné de la visibilité au projet sur TF1 et le Figaro (c’est là d’ailleurs que j’ai repéré Xavier avant de l’interpeller via Twitter). Car il faut aller de l’avant ; pragmatique, Mazenod nous rappelle l’évidence, trop souvent oubliée : « télétravail, télécentre » sont des noms qui ne sont pas beaux mais qui sont incontournables » ajoute-t-il, inutile de créer un nouveau concept, et Dieu sait qu’il en existe ! Le futur pour Zevillage est de trouver des partenaires, de professionnaliser son site Web et le « faire monter d’un cran ». D’autres télécentres sur le modèle de Boitron vont s’ouvrir : 1 dans l’Orne en 2011, 1 autre en 2011 ou 2012 dans l’Orne également. En deux ans on en aura 10 ajoute Mazenod. 5 candidatures et 1 opérateur privé (entre Falaise et Argentan) se sont déjà manifestés.

Zevillage : un pionnier des télécentres ruraux fait sortir les Parisiens hors du périphérique
Celui qui va imposer la norme va gagner

Pas certain qu’une logique de labellisation soit adaptée à la consolidation de ce foisonnement d’initiatives, Mazenod nous précisant en effet que « personne n’est habilité à le faire ». Il croit par contre à un « cahier des charges minimum qui aboutisse à la création d’un standard de facto » ; le rural et l’urbain sont tous les 2 concernés selon lui. les défis en région sont cependant nombreux : une tentative d’implantation d’un nouveau télécentre en Ariège s’est soldée par l’arrachage du Wifi par les Robins des Toits selon Xavier de Mazenod (NDLR : je n’ai pu vérifier cette information). La cohabitation entre ruraux, néo ruraux hippies et modernes urbains retournant à la nature n’est pas et ne sera pas sans générer des frictions importantes.

« Celui qui va imposer la norme va gagner » ajoute Mazenod, mais il ne faudra pas de projets en sous-main ajoute-t-il. Soit une société impose ouvertement ce standard, soit il s’agira d’un agrégat d’acteurs neutres et divers. On peut prédire qu’une bataille entre les standards descendants et la norme de facto va probablement faire rage dans le futur développement des télécentres. Gageons que, comme souvent, ce sera le meilleur acteur économique qui imposera la norme. Des acteurs internationaux déjà fort développés d’ailleurs ne sont pas en reste (Regus, e-office), même s’ils ne s’intéressent pas à Boitron en priorité, ils font évoluer leurs concepts.

La période des 10 ans qui viennent risque d’être riche en rebondissements et en développements pour les télécentres et le télétravail, et pas seulement à Boitron. À suivre …



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