Magazine Cinéma

“Wall Street : L’argent ne dort jamais” d’Oliver Stone

Publié le 28 septembre 2010 par Boustoune

Au départ, on a pensé qu’il s’agissait d’une bien curieuse idée que de donner une suite, plus de vingt ans après, à Wall Street, gros succès au box-office en 1987, mais un peu oublié depuis…

Wall street - l'argent ne dort jamais - 4

Puis on s’est dit : pourquoi pas ? Après tout, le projet, initié en plein pendant la panique boursière liée à la crise des subprimes, n’était pas inintéressant. En partant de cette crise, symbolique des dérives de l’ultralibéralisme, Oliver Stone, cinéaste dont on connaît l’engagement politique et les idées de gauche,  avait un matériau de premier choix pour dresser un portrait féroce de son pays, livré aux requins des affaires et aux politiciens corrompus, ou pour livrer une critique sans tabou du monde de la finances et des magouilles bancaires… Le décalage temporel entre les deux films pouvait aussi montrer l’évolution de l’économie du pays, depuis la fin de l’ère Reagan jusqu’à la fin de l’ère Bush Jr, et en dresser le bilan, pas des plus reluisants…

Et puis, on a vu le film et on a conclu que non, finalement, ce n’était définitivement pas une bonne idée de sortir du placard Gordon Gekko, le golden boy manipulateur et sans scrupules incarné par Michael Douglas, car ce mélo familial cheap sur fond de crise économique et de boursicotages s’avère particulièrement mollasson et conformiste, dénué du cynisme, de la méchanceté et de la pointe de noirceur désabusée qu’il aurait fallu lui insuffler.

Wall street - l'argent ne dort jamais - 2

Certes, nos lecteurs de plus de trente ans nous rappelleront probablement que le premier épisode n’était guère plus transcendant au niveau du scénario ou de la mise en scène, qu’il reposait surtout sur l’affrontement entre un Michael Douglas ravi de jouer les salauds finis et un Charlie Sheen annoncé – à tort – comme l’un des jeunes acteurs les plus prometteurs d’Hollywood. Grâce à leurs joutes verbales, leurs petites magouilles et leurs coups tordus, on suivait le film sans trop s’ennuyer, à défaut d’être éblouis par le propos ou la mise en scène assez balourde d’Oliver Stone (1).

Ce second volet est exactement conçu sur le même moule : Wall Street : l’argent ne dort jamais est surtout prétexte à un show Michael Douglas, tout en sourires carnassiers et clins d’oeil charmeurs. Et face à lui, un acteur annoncé – à tort ? (2) – comme l’un des jeunes acteurs les plus prometteurs d’Hollywood…
Sauf que là, ça fonctionne nettement moins bien. La description du milieu des finances et de la haute-voltige boursière laisse place, le plus souvent, à un méli-mélo familial entre Gekko, qui vient de purger sa peine de prison, suite aux malversations du premier volet, sa fille, qui ne lui adresse plus la parole depuis des années, et son futur gendre, un jeune arriviste qui veut réussir un peut trop vite et en mettre plein la vue à tout le monde…
Tout est terriblement prévisible. On devine dès le début que le jeune homme va tomber dans le piège tendu par le vieil escroc, que son couple va s’en retrouver en péril, et qu’in fine, tout s’arrangera… Donc, on trouve vite le temps long…

Wall street - l'argent ne dort jamais - 6

D’autant qu’on ne peut guère s’accrocher à la mise en scène platounette de Stone (3), ni au héros fadasse aux yeux de cocker, incarné par LaBeouf, et encore moins à Carey Mulligan, si brillante dans Une éducation et totalement sous-exploitée ici…
Reste Michael Douglas, très à l’aise dans ce rôle de pourri intégral n’hésitant pas à sacrifier ses propres enfants pour assurer sa propre réussite. Un personnage fascinant, finalement assez symptomatique de la mentalité dominante : égocentrique, ambitieux, plus obsédé par le profit que par le bonheur, plus porté sur l’avoir que sur l’être…

Wall street - l'argent ne dort jamais - 5

Mais, sans vouloir trop dévoiler ce qui reste d’intérêt à l’intrigue, même ce personnage délicieusement sans foi ni loi (sauf vis à vis du Dieu Dollar) finira écrasé par le passage du rouleau-compresseur moralisateur chargé de lisser tout scénario un peu trop déviant ou politiquement incorrect… Las…
Le rêve américain n’est plus ce qu’il était – dans tous les sens du terme…

(1) : Bon, j’avoue que je ne suis pas un inconditionnel du cinéaste. J’ai apprécié Salvador et Platoon d’accord… Et un peu U-turn, mais pour le reste, ça oscille entre le moyen et le franchement pas bon…
(2) : Bon, j’avoue, je ne suis pas fan non plus de Shia LaBeouf, que je ne trouve ni charismatique, ni très bon acteur. Ce n’est pas parce que le garçon est le petit protégé de Spielberg qu’il a du talent…
(3) : mauvais jeu de mot inside… Désolé…

_______________________________________________________________________________________________________________________________________

Wall street - l'argent ne dort jamais
Wall Street : l’argent ne dort jamais
Wall Street : money never sleeps

Réalisateur : Oliver Stone
Avec : Michael Douglas, Shia LaBeouf, Carey Mulligan, Josh Brolin, Franck Langella, Susan Sarandon
Origine : Etats-Unis
Genre : opérette de quatre sous
Durée : 2h16
Date de sortie France : 29/09/2010
Note pour ce film :
contrepoint critique chez :  Filmosphère
_______________________________________________________________________________________________________________________________________


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Mulberry Street

    Mulberry Street

    genre: horreur (interdit aux - 16 ans)année: 2008durée: 1h20l'histoire: A new York, plusieurs personnes sont les victimes d'attaques de rats. Lire la suite

    Par  Olivier Walmacq
    CINÉMA, CULTURE
  • Rolling with stone

    Rolling with stone

    Documentaire réalisé par Sarah Bertrand. L'histoire: En janvier 2009, la réalisatrice Sarah Bertrand accompagne le cinéaste Oliver Stone dans son périple en... Lire la suite

    Par  Carobrunelli
    CINÉMA, CULTURE
  • Wall street

    Wall street

    Film réalisé par Oliver Stone. L'histoire: Wall Street, New York : en plein krach boursier de 2008, un jeune trader, Jacob Moore, est prêt à tout pour venger so... Lire la suite

    Par  Carobrunelli
    CINÉMA, CULTURE
  • Stone

    Stone

    Edward Norton manipule Robert De Niro. Stone c'est le titre du nouveau thriller de John Curran (Le Voile des illusions) avec en tête d'affiche un duo d'acteur a... Lire la suite

    Par  Popmovies
    CINÉMA, CULTURE
  • Oliver Stone accusé d'antisémitisme !

    Oliver Stone accusé d'antisémitisme

    Oliver Stone est dans le collimateur d’Abraham Cooper, rabbin et codirecteur du centre Simon-Wiesenthal de Los Angeles, qui a pour but de préserver la mémoire d... Lire la suite

    Par  Dime
    CINÉMA, CULTURE
  • Après des propos sur les juifs, Oliver Stone fait son mea culpa

    Après propos juifs, Oliver Stone fait culpa

    Oliver Stone Crédits : GRAHAM WHITBY BOOT / ALLSTARS PICTURES / VISUAL Press Agency - Agrandir L e week-end dernier, Oliver Stone accordait une interview au... Lire la suite

    Par  Ozap
    CINÉMA, CULTURE, TÉLÉVISION
  • Rihanna et Zac Efron réunis pour Oliver Stone ?

    Rihanna Efron réunis pour Oliver Stone

    Zac Efron, Rihanna et Oliver Stone sont les trois ingrédients qui formeront la très attendue adaptation de "Memphis". Oliver Stone, le réalisateur à qui l'on... Lire la suite

    Par  Redac Cinéstarsnews
    CINÉMA, CULTURE

A propos de l’auteur


Boustoune 2983 partages Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines