Magazine

Blake Edwards – « slowburn life »

Publié le 06 octobre 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

Je cherchais un texte à écrire, j'avais beau regarder dans l'actualité, rien ne me semblait vraiment intéressant, toujours les mêmes cloportes qui vont finir par se choisir un roi ou une reine pour de très mauvais motifs, de cloportes, et ne pas en démordre quitte à se faire écraser sous le talon du premier opportuniste qui passe.

013106-XXYRF.JPG
Par contre, je n'arrête pas de penser aux films de Blake Edwards, les quelques métrages sérieux et dramatiques, et les comédies faussement légères, comme « Breakfast at Tiffany's » (dans la vie les amours perdues se tirent parfois à Buenos Aires comme Holly à la fin du roman, dans le film ça finit bien, mais aussi à Berlin mais ça ne change pas grand chose à l'histoire) avec les gags en « slowburn » étirés sur dix minutes ou plus. Soit un gag comme un incendie qui met du à prendre mais finit par tout emporter sur son passage. Comme dans les films de Franck Tashlin avec Jerry Lewis, qui invente le concept. Blake Edwards s'est longtemps caché derrière de grandes lunettes noires couvrantes, sur les photos il est souvent presque ricanant, ou stoïque, surtout avec Peter Sellers, son pire ennemi, son meilleur atout, sa Nemesis et son porte-bonheur et un emmerdeur de première.

Je vais commettre un crime de lèse-Télérama et lèse-Figaro aussi (depuis que Carla Bruni fait de la figuration chez Woody, il a la carte à droite) mais les comédies actuelles de Woody Allen, réputées pour leur élégance, n'arrivent pas une seconde à la cheville de celles de Blake, même « le jour du vin et des roses », qui arrive à concilier classe internationale et dérision comme dans « la Grande course autour du monde » avec Tony Curtis, Ross Martin et Peter Falk.

h-20-1944173-1266328569.jpg
On enlèvera du lot « Darling Lily », une resucée de l'histoire de Mata Hari, tourné pendant une embellie avec Sellers, pour lui faire plaisir, et qui n'est pas terrible. Pour Peter Sellers, Blake Edwards était une figure paternelle consistante, lui qui avait eu pour père sa maman irlandaise et autoritaire, ça le rassurait et l'agaçait en même temps. A la mort de Peter Sellers qui venait juste de tourner avec Hal Hasby un film qui ressemble à du Blake Edwards dépressif, mais tout aussi caustique, comme « S.O.B » ou « Son of a Bitch », une expression américaine typique désignant la mère d'un homme sur la moralité de laquelle on émet quelques doutes, Blake Edwards se venge de Sellers et de tous les emmerdements subis à cause de lui en tournant un dernier « Panthère Rose » pour la route en montant des rushes inutilisés de tous les autres films.

L'inspecteur Clouseau, une sorte d'imbécile ultime, et français, est leur plus belle création à tous les deux, un crétin tellement candide et naïf qu'il en deviendrait émouvant comme un gosse qui veut se faire passer pour un homme, un vrai, un dur. Il recherche sans cesse la reconnaissance de son chef, le « Tchief inspecteur Dreyfus », doté d'un adjoint flegmatique qui ne s'étonne de rien, François (ou plutôt « Franssouâ »). Clouseau, grâce à qui même un nul en anglais peut regarder le film sans crainte car il comprendra tout en VO. L'accent de Clouseau décomplexe ceux qui ont un accent franchouillard quand ils parlent une langue étrangère. Il est une combinaison de Laurel et Hardy dans son comportement, infantile et régressif autant que maladroit comme le premier, il est vaniteux et sûr de lui voire donneur de leçons comme le second. Je retiens surtout le deuxième "Pink Panther", de loin le plus drôle.

Blake Edwards est né William Blake Edwards le 16 Février 1922 à Tulsa en Oklahoma en plein milieu du Midwest américain, c'est donc un « redneck » qui est devenu l'auteur des comédies les plus intelligentes Hollywood. Il devient californien en partant à Los Angeles dès l'âge de 3 ans. Son grand-père et son père travaillent tous deux dans ce qui est déjà l'industrie cinématographique. Cela lui permettra de s'intégrer au personnel des studios dès 1942 comme coursier, grouillot puis ensuite figurant. Il jouera des petits rôles dans des films de John Ford ou William Wyler, et apprend le métier en les observant. Jusqu'à ce qu'il rencontre Richard Quine. En son contact, il s'apercevra qu'il n'est pas fait pour être acteur et devient alors scénariste notamment pour Quine, son ami. Ainsi ,il travaillera pour la radio et la télévision dont "Peter Gunn" dont le générique par Henry Mancini reste encore célèbre.

Dick Powell qui interprète le personnage principal de ce qui est d'abord un feuilleton radiophonique créé par Blake ( sous le pseudo de Richard Diamond) lui permet de se lancer dans la mise en scène en poussant les producteurs à transformer « Peter Gunn » en série télévisée.

aff_party.jpg
Et au bout de trois films seulement après le succès de la série, il se fera un nom grâce aussi à Tony Curtis excellent interprète mais qui n'aura pas avec lui la même synergie que Sellers. Blake Ewards après un premier mariage et deux enfants a fait la connaissance de Julie Andrews qu'il a alors dirigée plusieurs fois avant de l'épouser à son tour. Il casse l'image de sa femme, qui a joué dans « Mary Poppins » et aussi dans « la Mélodie du Bonheur », dans « S.O.B » où elle incarne une actrice aux mœurs légères, dans un film qui raille les mœurs hollywoodiennes. Et surtout dans « Victor,Victoria » qui est basé sur le thème du mensonge et du travestissement nécessaire pour réussir dans une société pourrie par le fric et les faux-semblants ainsi que dans "Certains l'aiment chaud". 

Hélas, dans les années 80, 90, Blake Edwards perd la main quant à la réalisation et les films de cette dernière période sont assez oubliables...

Ci-dessous la bande-annonce de "Victor, Victoria"


Victor Victoria - Trailer
envoyé par enricogay. - Les dernières bandes annonces en ligne.


Retour à La Une de Logo Paperblog