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Éric Brunet est-il vraiment réac ?

Publié le 08 novembre 2010 par Amaury Watremez @AmauryWat

eric-brunet-2.jpgIl y a quelques temps est apparu sur nos petits écrans un réac que l'on nous présente comme « étant pire que Zemmour », qui ne l'est pas tant que ça, comme réac, un vrai de vrai ; Éric Brunet, ancien journaliste à « France 3 », nid de réactionnaires comme chacun sait.
Il me fait penser au « réac de service », qui rejoint parfois le « catho de service », dans les groupes d'étudiants, où l'on accepte sa présence tant qu'il n'ouvre pas trop la bouche.
Il a le look « ad hoc ». « Weston », « Burberry's » et tout le saint frusquin caricatural. On le laisse parler par charité pour mieux faire ensuite son édification.
On le voit de temps en temps chez Ardisson (ce qui n'est pas forcément réac) ou chez Taddeï, face entre autres au chanteur Raphaèl. Face à ce chanteur on me dira que tout le monde paraît avoir de la personnalité, je m'étais presque laissé prendre à ce moment. Mais entendre Éric Brunet énoncer quelques lieux communs sur le libéralisme et ses bienfaits je n'ai pas trouvé ça très réactionnaire, plutôt conservateur, ce qui ne va pas forcément de pair. Éric Brunet a néanmoins des goûts sympathiques, il aime bien lire Barbey d'Aurevilly, qui n'était pas réac, mais surtout extrêmement indépendant, par exemple, mais je ne suis pas sûr que ce soit exactement par goût que Brunet le lise, ce qui change tout. Peu importe ses opinions personnelles quand on lit les livres de ce « vieux viking au verbe sifflant » ainsi que le décrit Léon Daudet (note didactique : par contre il paraît que c'est très réac de citer Léon Daudet comme source pour une critique littéraire).
Je pense simplement qu'Éric Brunet est de droite, c'est tout, mais pas réac. Tout part de l'enfance, on n'oublie jamais l'enfant qu'on a été, ni l'adolescent. Venant d'une famille de gôche, je suis sûr que cette posture de Brunet est en somme un prolongement de sa crise d'adolescence, de son besoin de révolte contre PapaMaman, et rien de plus. Ce n'est pas que je rejette tout chez Éric Brunet, j'ai beaucoup aimé sa description du 10 mai 1981 en particulier, quand la France est passée de l'ombre à la lumière. Les professeurs faisaient sortir les élèves dans la cours et leur servaient pendant une bonne heure toute la vulgate exaltée de l'électeur de gôche qui était certain que c'était l'heure de la Révolution et des grands changements, l'avènement de l'utopie gràce à un président tellement de gôche que ça n'était pas possible, j'ai nommé François Mitterrand, ancien d'Action Française, ayant certainement eu des accointances avec les philantropes utopiques de « la Cagoule ».
Deux ans après, quand on demandait aux mêmes ce qu'ils avaient voté en 1981, on pouvait noter comme une sorte d'amnésie étrange.
Je n'ai pas vécu le 10 mai de la même manière qu'Éric Brunet, après tout, je viens d'une longue lignée d'anars de droite irrécupérables par la bonne société et le « penser correct ». Je m'en souviens à peine d'ailleurs, j'avais une grippe carabinée, et c'est dans un brouillard cotonneux que j'avais vu émerger le crâne chauve de Mitterrand qui provoqua un second murmure déçu de mes parents, qui ont cru dix secondes que c'était Giscard ce qui provoqua chez eux le premier murmure.
On parle de réac d'ailleurs sans trop savoir ce que l'on met là-dedans :
Un réactionnaire c'est un type (ou une femme) qui a du bon sens ? Qui n'a pas envie de souscrire aux pires bêtises en vogue de son temps ? Qui n'a pas envie de suivre le mouvement du troupeau ? Qui n'aime pas la médiocrité de son époque ? Qui n'a pas envie de prêter allégeance aux théories globalisantes ?
Alors c'est plutôt intéressant d'être réac à mon avis, ça n'a rien de honteux.
Bien sûr dans l'acception actuelle, être réac c'est :
capture-d_ecran-2010-07-19-a-12.00.16-94af7.pngNe pas hésiter à se dire catholique (- dix points sur l'échelle du « bien-penser », - vingt pour ceux qui affirment apprécier le Pape actuel, et je ne parle même pas de ceux qui aiment la messe selon la liturgie traditionnelle), au « réac » qui se dit catholique on répondra que « l'on a rien contre sa foi mais que ce qu'on aime pas c'est les intégristes » ,
souverainiste (- dix points aussi), au « réac » qui n'aime pas l'Europe on prétendra que « quand même l'Europe c'est la paix », on laisse souvent sous-entendre que le souverainiste est une sorte de facho,
littéraire (-10 points itou), le littéraire fait rire, chacun sait en notre époque brillante et de progrès que la littérature ne sert strictement rien.
Rien que pour ça j'ai déjà trente points en moins facilement.
Ne parlons pas du refus de se laisser aller à la « positive attitude »; là on part pour les abîmes de l'échelle de la bien-pensance.
Critiquer c'est mal, or le réac adore pointer du doigt les travers de son époque. Il voit tout en noir alors que les petits z-oiseaux chantent dans les prés et que c'est tellement bô d'être ému par la joie dans les yeux d'un n'enfant. Pour en revenir à Éric Brunet ce n'est pas tellement sa démarche, il se borne à exprimer les mêmes opinions qu'un « encarté » UMP, ce qui pour les bien-pensants qui n'ont pas beaucoup de culture ou de cervelle suffit pour passer pour un réac. Il est même bien moins à droite que Benjamin Lancar qui écoute Pierre Laval dans son I-pod, ce qui n'est pas très réac mais simplement un peu sot.
On peut enfin se demander si être réac c'est forcément être de droite, et de cela je ne suis pas tout à fait sûr, après tout on peut être réac et de gauche. Et la gauche est parfois extrêmement réactionnaire, et parfois même à juste titre.

Sur Agoravox, on se pose des questions aussi sur Éric Brunet


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